Les chansons québécoises sur nos petits écrans

Emmanuelle Plante
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Les chansons expriment des émotions, nourrissent la nostalgie, nous transportent dans des univers. En cette fin de semaine de l’ADISQ, observons comment se gère l’intégration de chansons d’ici en fiction et quel en est l’impact. Réalisateurs, producteurs et monteurs y sont sensibles.
Jean-Marc Vallée en a fait sa signature. Idem pour Xavier Dolan dont les œuvres sont toutes teintées par la musique. Et Fabienne Larouche garde toujours un budget pour intégrer quelques chansons à ses productions.
«Il y avait une utilisation grandissante de chansons québécoises avant la pandémie, remarque Valérie Gauthier, gestionnaire de droits et contrats pour David Murphy et cie. Mais depuis 2 ou 3 ans, on observe un creux qui est attribuable aux problèmes de financement de l’audiovisuel.»
Josée-Anne Tremblay est consultante en synchronisation (musique sur images) et en libération de droits chez La négo. Elle est aussi agente de synchro auprès de l’étiquette hip-hop 7e ciel et a conçu un lexique pour l’APEM afin que tous les intervenants du milieu aient un langage commun. Elle encourage régulièrement les producteurs à souscrire au programme de bonification de la SODEC pour intégrer des chansons d’ici à leurs productions.
Ce travail demande une immense culture musicale pour faire des suggestions, offrir des options.
Plus d’ouverture
«Je travaille souvent avec Passez Go. Leurs demandes reflètent tout à fait la tranche d’âge des créateurs. Pour Ils vécurent heureux, ils ont grandi avec Marjo et Céline Dion, et ils écoutent aussi Les Louanges. Chez Pamplemousse, il y avait ce désir d’utiliser la musique pour appuyer le propos de Veille sur moi et le niveau de vie des personnages. J’ai eu beaucoup de liberté pour faire des propositions.»

La musique instrumentale, les artistes qui chantent dans un français international ou ceux qui composent en anglais ont une petite longueur d’avance, selon Josée-Anne, qui réussit à placer du rap québécois sur certains projets.
«Les plateformes prennent plus de risques», observe-t-elle.
Le directeur général adjoint d’Editorial Avenue, Guillaume Lafrance, ne s’étonne pas de l’intérêt des réalisateurs et producteurs pour la chanson québécoise. Il remarque que le milieu musical y est davantage ouvert qu’il y a 20 ans.
«Quand on vendait encore des disques, certains artistes boudaient la télé. Maintenant, comme les plateformes génèrent beaucoup moins de revenus, les artistes sont plus enclins à donner leur accord [pour l’utilisation d’une chanson].»
Guillaume fait partie des éditeurs actifs qui s’affairent à proposer les titres de leur catalogue d’auteurs-compositeurs aux artisans de la télévision. Il peut négocier les licences de 2000 utilisations de chansons dans une année pour la télé, la pub ou le cinéma.
«Des réalisateurs ont mon numéro. Il arrive qu’ils me demandent des suggestions pour rehausser le côté émotif ou soutenir une scène», souligne-t-il.
«Quand le réalisateur a une chanson en tête dès le début de la production, ça a une valeur, affirme Valérie Gauthier. Si elle accompagne un moment significatif du scénario, ce n’est pas comme un fond sonore. Le contexte dans lequel la chanson est utilisée a une incidence. La notoriété de l’artiste aussi. Et il faut se demander: est-ce pour le Québec, le Canada, le monde? Pour un réseau de télé ou une plateforme? Les droits sont-ils octroyés pour cinq ans ou à vie? Il n’existe pas de tarif préétabli. C’est à la pièce. On considère aussi le budget global de la production. Il y a chaque fois un équilibre à trouver.»
Il ne faut donc pas tenir pour acquis que l’utilisation d’une chanson est automatiquement hors de prix. On dit qu’ils peuvent varier entre 500$ et 20 000$. Aux États-Unis, un producteur peut payer jusqu’à 100 000$ pour la chanson d’une grosse pointure internationale.
Cela dit, «souvent, la musique arrive en postproduction alors qu’il ne reste plus d’argent. On renonce alors à la musique québécoise pour se tourner vers une librairie musicale», observe Valérie Gauthier, qui est aussi formatrice pour l’APEM et qui encourage l’utilisation de chansons d’ici.
L’impact
Guillaume Lafrance constate que l’impact d’une présence dans une série est bien réel.

«Ça dépend de différents cas de figure. Une chanson d’Aliocha Schneider à la fin d’un épisode sur une image marquante où il y a une charge émotive a un impact.
«On voit l’impact quand un artiste devient the talk of the town. Les montants du streaming sont microscopiques, mais la visibilité que donne un journaliste qui en parle a une incidence pour attirer de nouveaux fans et vendre des billets de spectacles», affirme-t-il.
Les séries destinées à un public ados ou jeunes adultes s’avèrent de belles vitrines pour de nouveaux artistes.
«Les artistes émergents ont une façon différente de gérer leurs réseaux sociaux. On assiste à de la promotion croisée. Si un artiste rejoint 200 000 personnes sur Tik Tok, faire une publication est dans l’intérêt de la production», explique-t-il.
Quand un artiste voit une chanson apparaître dans une série vue à l’extérieur de notre pays, ses droits sont un revenu récurrent. C’est de l’argent frais pour le Québec. Le marché américain est toutefois dur à pénétrer.
«C’est un peu une loterie, tranche Guillaume Lafrance qui se souvient avoir géré les droits de Lhasa de Sela dans The Sopranos et qui reçoit toujours des demandes pour la défunte artiste. Tu te bats contre la planète.» Les grandes étiquettes comme EMI, Sony, BMG ou Universal sont les premiers appelés.
Certaines productions offrent une visibilité supplémentaire en publiant une liste sur des plateformes comme Spotify. Une pratique de plus en plus fréquente pour les productions destinées aux jeunes adultes. Ça devient un outil de promotion tant pour la série que pour les artistes musicaux. C’est ce qui a été constaté avec la chanson Corbeau de Cœur de Pirate entendue dans The Summer I Turned Pretty sur Amazon Prime.
Protéger l’œuvre
«Certains artistes vont préférer faire un peu moins d’argent, quand ils peuvent se le permettre, pour protéger une chanson et ne pas la surexposer pour que l’on continue de l’aimer, explique Valérie Gauthier. C’est le cas de On va s’aimer encore de Vincent Vallières pour laquelle j’ai régulièrement des demandes. On l’a autorisé pour District 31 dans un des derniers épisodes. C’est un beau moment qui a rassemblé les gens devant leur télé. À l’inverse, d’autres artistes vont dire oui à tout. Il faut les retenir.»

Elle cite aussi un autre type de synergie en donnant l’exemple de Mentana (un groupe dans lequel on retrouve Viviane Audet et Robin-Joël Cool) qui a créé la musique de Temps de chien. Plusieurs des chansons se sont retrouvées sur leur album.
Chansons d’artistes québécois dans des séries américaines
Patrick Watson

The Great Escape dans Grey’s Anatomy
Noisy Sunday dans The Walking Dead
Broken dans The Good Doctor
Je te laisserai des mots dans The Summer I Turned Pretty
Cœur de Pirate
Corbeau dans The Summer I Turned Pretty
Charlotte Cardin
Confetti dans Shrinking

Soran

Lalala dans Ginny & Gloria

Arcade Fire

Cold Wind dans Six Feet Under

Alexandra Stréliski

Concerto in D Minor dans Sharp Objects
Martha Wainwright
Bloody Mother Fucking Asshole dans Big Little Lies

Lhasa de Sela
De Cara a la Pared dans The Sopranos

Chansons québécoises dans des séries d’ici
Libre dès maintenant
Les soeurs Boulay: Fais-moi un show de boucane et Pirère
Klô Pelgag: Le bonheur d’Edelweiss
Ariane Roy, Thierry Larose, Lou-Adrianne Cassidy: Le Roy, la Rose et le Lou(p)
Claudia Bouvette: Highly Unrecommended

Robert Robert et Hubert Lenoir: La nuit se plaindre
Elliot Maginot: Am I Here Now
Ils vécurent heureux
Marjo: Ailleurs
Céline Dion: Pour que tu m’aimes encore
Mario Pelchat: Pleure dans la pluie
Martine St-Clair: Ce soir l’amour est dans tes yeux
Veille sur moi

Marjo: Chats sauvages
Vilains Pingouins: Marche seul
Martin Deschamps: Quand
Sara Dufour: J’m’en va dans l’bois
Arielle Soucy: Soleil soleil (popularisée par Nana Mouskouri)
Doute raisonnable

Beyries: La promesse
Temps de chien
Mentana: Temps de chien (vent d’boutte)
Empathie
Viviane Audet: Maria
Pierre Lapointe: Je déteste ma vie

Fanny Bloom: Rêver mieux (écrite par Daniel Bélanger)
Charlotte Cardin: Somebody First (écrite avec Aliocha Schneider)
Ingrid St-Pierre: Le paquebot
Plan B
Avec pas d’casque: L’amour passe à travers le linge
Le retour d’Anna Brodeur
Jimmy Hunt: Nos corps
District 31
Vincent Vallières: On va s’aimer encore
Beyries: Maman
STAT
Cœur de Pirate: Corbeau
La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé
Robert Charlebois: Te v'la
Jean Leloup: Isabelle
Ginette Reno: Des croissants de soleil
Gabrielle Destroismaisons: Et Cetera
M’entends-tu?
Les Hay Babies: J’ai vendu mon char
Les Trois Accords: Le bureau du médecin
Karim Ouellet: Trente
Mitsou: Dis-moi, dis-moi
Étienne Coppée: Demain il fera beau

Unité 9
Beyries: Je pars à l’autre bout du monde (popularisée par Paul Daraîche)
Salomé Leclerc: La fin des saisons
Les beaux malaises

Mara Tremblay: Les aurores
Tire le coyote: Calfeutrer les failles
Les Colocs: Dehors novembre
Yann Perreau: Beau comme on s'aime
Éric Goulet: Comme un cave
Daniel Bélanger: Te quitter