Les Bulldogs de Georgia ont patienté 41 ans, mais l’attente aura valu le coup. En l’emportant 33-18 face au puissant Crimson Tide de l’Alabama, le programme a signé son premier triomphe au championnat national universitaire depuis la saison de 1980.

La victoire de Georgia, dans un match beaucoup plus serré que ce que le pointage final indique, a de quoi semer l’émoi pour plusieurs raisons. À commencer par le quart-arrière Stetson Bennett, un «walk-on» qui n’a pas reçu de bourse d’études pour s’enrôler avec l’Université Georgia.
Le pivot, qui ne devait même pas disputer la saison comme partant étant donné la présence de JT Daniels, a complété 17 de ses 26 passes pour 224 verges et deux passes de touchés. Pas mal du tout pour le match le plus important de sa vie!
Bennett a commis un échappé controversé avec 10 minutes à jouer, qui a mené à un touché portant la marque à 18-13 en faveur d’Alabama. Il n’a jamais bronché par la suite en complétant ses quatre passes suivantes pour 83 verges avec ses deux touchés, dont une bombe parfaite de 40 verges à Adonai Mitchell, seulement quatre jeux après l’échappé critique qui avait tous les airs d’une passe incomplète. Pas de complainte, pas d’excuse, pas de crise, que du sang-froid!

Si quelqu’un avait osé prédire il y a six mois qu’un quart-arrière au parcours sinueux comme Bennett triompherait sous les plus gros projecteurs qui soient dans un duel face à la machine du Crimson Tide, guidée par le lauréat du trophée Heisman en Bryce Young, il aurait probablement été lapidé sur la place publique.
Beau moment
Cette victoire a aussi été celle de l’une des plus belles unités défensives qui a été assemblée dans les dernières années. Une défensive qui a réussi trois sacs du quart, sept plaqués pour des pertes et deux interceptions. L’interception qui a cloué le cercueil du Crimson Tide a été ramenée dans la zone des buts pour le touché fatal par Kalee Ringo, dont la mère livre un combat contre le cancer.
À ce moment, le quart-arrière de l’Alabama, Bryce Young, tentait d’orchestrer une poussée pour les siens, en retard par 26-18, et se trouvait en territoire de Georgia, à la ligne de 44. Difficile d’imaginer un moment plus touchant que celui qu’a ensuite offert le jeune demi de coin.

Pour la défensive de Georgia, cette victoire est synonyme de rédemption, après la contre-performance face au même ennemi, en décembre, en finale de la conférence SEC. Toute l’année durant, cette défensive inébranlable ne donnait même pas 10 points par match et soudainement, le doute s’est installé. En jouant de cette façon hier avec plusieurs joueurs (Jordan Davis, Trevon Walker et Nakobe Dean entre autres) qui trouveront rapidement preneurs au repêchage de la NFL, cette défensive a confirmé sa place parmi les plus dominantes de son époque.
Contrairement au premier affrontement, Young s’est maintes fois retrouvé sous pression et malgré ses 369 verges de gains, il a lancé deux interceptions.
Smart savoure sa revanche
Bien sûr, cette victoire est aussi celle de l’entraîneur-chef Kirby Smart, face au tout-puissant Nick Saban, qui a remporté sept championnats nationaux.
Smart a fait partie du personnel d’entraîneurs de Saban pendant huit saisons avant de voler de ses propres ailes depuis 2015 à Georgia. En dépit des succès du programme qu’il a érigé, la grosse victoire tant attendue contre Alabama lui avait toujours échappé jusqu’au duel fort attendu de lundi. À quatre reprises, trois fois en finale de conférence et une fois au championnat national de 2017, Smart a mordu la poussière.
Smart, comme les nombreux partisans éprouvés de Georgia, peut enfin dire mission accomplie.
Dur coup
Du côté d’Alabama, la perte du receveur Jameson Williams a clairement changé le cours du match. Lors du dernier duel contre Georgia, il s’était amusé comme un fou. Sur un attrapé de 40 verges au milieu du terrain, le joueur étoile est tombé au sol sans contact, ce qui fait craindre le pire pour son genou.
Déjà privé de John Metchie, Young a par la suite peiné à faire voyager le ballon avec aisance, même s’il a rejoint sept autres receveurs. La commande devenait très lourde.
On ne peut qu’espérer que cette blessure ne nuise pas trop au statut de Williams pour le repêchage en avril. Avant la mauvaise nouvelle, il était clairement identifié comme un choix de premier tour. Dépendant de la nature exacte de sa blessure, ce sera un dossier à suivre.
Quoiqu’il en soit, les Bulldogs n’ont certainement pas volé leur triomphe. C’est un grand moment qu’ils méritent pleinement de savourer.
Quant à Young et au Crimson Tide, ils seront de retour en force l’an prochain, comme toujours. Ces deux programmes pourraient aussi bien se recroiser pour le championnat. Et on ne demanderait pas mieux que de revivre un aussi bon spectacle.

