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Les bonis à la Caisse sont-ils mérités?

Le grand patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Charles Emond, le mois dernier, à l’Assemblée nationale, alors qu’il répondait aux questions des élus, notamment au sujet des bonis à la CDPQ, dans le cadre de l’étude des crédits.
Le grand patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Charles Emond, le mois dernier, à l’Assemblée nationale, alors qu’il répondait aux questions des élus, notamment au sujet des bonis à la CDPQ, dans le cadre de l’étude des crédits. Photo tirée du site web de l’Assemblée nationale
Photo portrait de Michel Girard

Michel Girard

2023-06-15T04:00:00Z

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Sous prétexte que Charles Emond et ses collègues de la haute direction avaient surperformé en 2022 en rapportant une supposée «valeur ajoutée» de 10 milliards $, alors que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) avait perdu en réalité 25 milliards $, la Caisse a versé à ses hauts dirigeants 10,6 millions $ en bonis.  

Ces juteux bonis étaient-ils mérités? Absolument pas, si l’on en croit l’étude que viennent d’effectuer les experts du Centre sur la productivité et la prospérité – Fondation Walter J. Somers de HEC Montréal, soit Robert Gagné, Jonathan Deslauriers, Claude Laurin et Jonathan Paré.  

Cette étude de HEC, disent-ils, vient jeter «un pavé dans la mare» de la Caisse, alors que si les hauts dirigeants «avaient été évalués sur la base d’un processus d’analyse plus rigoureux, les conclusions n’auraient peut-être pas été les mêmes». 

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L’indice par excellence

Si la Caisse avait utilisé comme indice de référence celui d’Investissements RPC, le gestionnaire des 570 milliards $ d’actifs du Régime de pensions du Canada, la Caisse n’aurait réalisé aucune «valeur ajoutée positive». Au contraire, la Caisse afficherait plutôt une «valeur ajoutée négative». Ou si vous préférez, une «valeur réduite» par rapport à l’indice de référence. 

À preuve, les experts de HEC Montréal ont calculé que le rendement obtenu par la Caisse lors de la période de 2009 à 2021 a généré un actif 11 % inférieur à l’actif sur papier qu’aurait généré durant la même période l’indice de référence de Investissements RPC. 

Et dire que les gestionnaires de portefeuilles de la Caisse nous ont fait croire depuis 2009 qu’ils nous ont enrichis avec de la «valeur ajoutée». À 10 reprises lors des 14 dernières années, la Caisse a rapporté avoir dépassé «son» indice de référence.  

Depuis 2019, précise-t-on dans l’étude de HEC, le niveau de risque de l’indice de référence du RPC équivaut à un portefeuille composé à 85 % d’actions sur les marchés mondiaux (indice mondial S&P des sociétés à forte et à moyenne capitalisation) et à 15 % d’obligations des gouvernements canadiens (indice tous gouvernements FTSE Canada).  

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«Panne d’efficacité» à la Caisse

La Caisse, quant à elle, préfère comparer la performance de ses gestionnaires de portefeuilles aux rendements moyens obtenus sur les divers marchés dans lesquels la Caisse est active.  

De l’avis des quatre experts de HEC, la Caisse est en «panne d’efficacité». 

Ils en sont venus à la conclusion suivante: «La société d’État ne parvient pas à assumer efficacement son mandat, et à ce chapitre, un certain nombre d’aspects additionnels doivent être considérés.» 

  • Les charges d’exploitation, soit les «frais versés pour la gestion et l’administration des portefeuilles et des investissements gérés à l’interne», ont augmenté de 128 % entre 2014 et 2021, une hausse qui témoigne d’une augmentation de 68 % de l’effectif de la Caisse ; 
  • Les coûts de transactions, soit les frais «attribuables à l’acquisition, à la vente et à l’émission d’instruments financiers», ont augmenté de 247 %; 
  • Les frais de gestion externe associés aux marchés boursiers, soit «les sommes versées directement à des gestionnaires de fonds institutionnels pour gérer les titres boursiers appartenant à la CDPQ», sont 13 fois plus élevés qu’en 2014 ; 
  • Les frais de gestion externe associés aux placements privés, soit «les frais pour la gestion des placements sur les marchés privés effectuée par des gestionnaires externes», comptaient pour au moins le tiers des charges de la CDPQ. 

Les placements privés

Que pensent les experts de l’étude de HEC de la remarquable performance des 81 milliards $ que la Caisse a investis dans des placements privés?  

«Rien ne garantit que l’évaluation du rendement et la valeur ajoutée associée au portefeuille de Placements privés est adéquate, ce qui constitue un enjeu majeur lorsqu’on sait que l’essentiel de la valeur ajoutée dégagée par la Caisse depuis 2014 repose sur ce portefeuille.» 

Depuis la débâcle de 2008, la Caisse a rapporté un rendement annuel moyen de 9,5 %.  

Le hic? «Ce rendement s’avère relativement faible lorsqu’on le compare à celui obtenu par les autres principaux gestionnaires de caisses de retraite au Canada.»  

Sur les huit plus grandes caisses canadiennes, la Caisse arrive au sixième rang. Investissements RPC, deuxième au classement, a rapporté 10,9 % de rendement annuel moyen. 

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