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Les bébés paient le prix du choc inflationniste: préparations à +129%, légumes à +9% et des mères enceintes qui perdent du poids malgré les hausses salariales

Photo portrait de Julien McEvoy

Julien McEvoy

2025-10-18T04:00:00Z

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Qu’on gagne le salaire minimum ou non, l’épicerie de base dévore une part croissante du budget familial au Québec, à tel point que des femmes enceintes coupent à présent les protéines et sautent les légumes frais pendant leur grossesse.

«C’est les deux choses qu’on coupe en premier», observe la nutritionniste Calila Tardif, de l’organisme Alima. Le centre de nutrition sociale a publié des chiffres alarmants mercredi dans son Panier à provisions nutritif et économique (PPNE) 2024-2025.

Une famille de quatre personnes doit dépenser 290$ par semaine ou 15 080$ par année à Montréal pour se payer les aliments de base. S’ajoutent à cette facture beaucoup de temps: à l’épicerie, dans les circulaires et dans la cuisine.

Avant le choc inflationniste de 2021, les aliments de base coûtaient 25% de moins au Québec.

Évolution du coût d'une épicerie de base
Pour une famille de quatre personnes (2 adultes 31-50 ans, 1 garçon 14-18 ans, 1 fille 9-13 ans)
Par semaine Par mois Par année
2021 217 $ 940 $ 11 287$
2022 - - -
2023 272 $ 1 178 $ 14 137$
2024 292 $ 1 267 $ 15 212 $
2025 290 $ 1 257 $ 15 080$
Panier à provisions nutritif et économique (PPNE), Alima, rapports 2021-2025

Malgré une légère baisse entre 2024 et 2025, le choc des dernières années continue de faire mal aux familles québécoises. «On le voit sur le terrain», explique Julie Paquette, directrice d’Alima.

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Le prix des préparations commerciales pour nourrissons a explosé de 129% depuis 2021, ce qui retranche 130$ par mois au budget des familles dont un enfant en consomme.

Juste au cours des 12 derniers mois, le prix des poissons surgelés et en conserve a bondi de 12%, celui des légumes surgelés et en conserve de 9% et celui des viandes de 6%. Les options abordables sont en train de disparaître, constatent les intervenantes d’Alima.

«Les gens faisaient déjà le choix d’abandonner les fruits et les légumes frais par manque d’argent», laisse tomber Calila Tardif.

Le salaire monte, le panier rapetisse
Camila Tardif, nutritionniste chez Alima, suit entre 35 et 40 femmes enceintes vulnérables chaque mois. Trois quarts d’entre elles vivent en insécurité alimentaire modérée ou grave.
Camila Tardif, nutritionniste chez Alima, suit entre 35 et 40 femmes enceintes vulnérables chaque mois. Trois quarts d’entre elles vivent en insécurité alimentaire modérée ou grave. Photo Julien McEvoy

La nutritionniste de 28 ans suit de 35 à 40 femmes enceintes vulnérables, qu’elle voit aux deux semaines en période prénatale. Entre les murs de son bureau, le paradoxe prend chair.

Malgré quatre hausses du salaire minimum depuis 2021, la part du revenu consacrée à l’alimentation de base a grimpé de 17% à 20% pour les personnes seules qui font 16,10$ l’heure. Alima estime que ces individus doivent débourser 520$ par mois pour une alimentation équilibrée de base.

«L’insécurité alimentaire, c’est quand on ne sait pas si on va pouvoir acheter assez d’aliments à la fin du mois. Ça devient sévère quand on a juste moins d’aliments, qu’on a faim, qu’on mange moins. On peut perdre du poids, même pendant la grossesse», résume Camila Tardif.

Les experts en nutrition fixent la barre à 20%. Au-delà, les familles doivent couper dans l’essentiel. Les familles demandeuses d’asile consacrent 44% de leur revenu à l’alimentation, indique Alima.

«On voit des parents se priver d’une certaine quantité d’aliments pour en offrir suffisamment à leurs enfants», rapporte Julie Paquette.

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