Les Américains passent d’un extrême à l’autre

Richard Martineau
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Méchant changement de température !
En quelques heures, on est passé de la vulgarité glaciale de Trump à la grandiloquence fiévreuse de Biden.
De mononcle qui poussait des jokes cochonnes à grand-papa qui multiplie les sermons, parle de guérison spirituelle et cite la Bible.
D’UN EXTRÊME À L’AUTRE
Autant l’un manquait de grandeur et d’élévation, autant l’autre donne le vertige avec ses références incessantes aux géants qui ont construit les États-Unis et à la mission quasi divine de son pays.
Trump traitait l’État comme une business dont la seule et unique mission était de distribuer de généreux dividendes à ses actionnaires ; Biden, comme un temple qu’il faut vénérer.
« Entre la sainte et la putain, y a-t-il un autre modèle ? » demandaient les féministes, il y a quelques décennies.
On aurait le goût de poser la même question à propos de la conception que les Américains se font de leur nation.
Pour Trump, la Constitution américaine n’était qu’un contrat. Pour Biden, c’est un texte sacré.
Et si c’était quelque chose entre les deux ?
Ni un simple document d’affaires ni les Dix Commandements ?
Et si les Américains cessaient de considérer leur pays comme l’enfer ou le paradis, mais juste comme... un pays ?
DÉRACINER LE TRUMPISME
Hier, quand on regardait CNN, on avait l’impression d’assister au retour du Messie.
Je comprends que les journalistes de CNN étaient contents de voir le Grand Orange partir, je l’étais aussi, mais à ce que je sache, un journaliste n’est ni un disciple ni une cheerleader.
« Je comprends que des Américains entrevoient l’avenir avec crainte et appréhension, a dit Joe Biden hier. Je comprends qu’ils s’inquiètent pour leur boulot. Qu’ils se couchent dans leur lit le soir et regardent le plafond en se demandant : pourrai-je payer mon hypothèque ? Qu’ils pensent à leur famille, à ce qui les attend, je vous le promets, je le comprends, vraiment. »
J’espère que ce n’étaient pas des mots vides de sens.
Car la seule façon d’unir à nouveau les Américains et de couper l’herbe sous le pied des zozos qui se promènent avec des cornes de bison sur la tête est de parler autant à l’élite des côtes est et ouest qu’à Joe Six-Pack de Milwaukee.
Autant aux gagnants de la mondialisation qu’à ses perdants.
Chose que les démocrates, il faut le dire, ne faisaient plus, aveuglés qu’ils étaient par leur propre magnificence.
On l’a dit et redit : Trump n’était pas la maladie. Trump était le symptôme.
Et si les démocrates ne s’attaquent pas rapidement – je dirais même : en priorité – aux problèmes qui ont permis au trumpisme de prendre racine et de croître, celui-ci repoussera avec encore plus de force.
Avec ou sans Trump.
LES ÂNES
« La suffisance et le contentement sont le propre des ânes », disait Dostoïevski.
C’est ce que je souhaite aux démocrates : cesser de faire l’âne.
« Il faut nous écouter les uns les autres », disait Biden.
En France, les laissés-pour-compte de la mondialisation ont enfilé des gilets jaunes pour qu’on les voie.
Aux États-Unis, ils ont voté pour un gueulard pour qu’on les entende.
Espérons que les démocrates les ont entendus. Écoutés.
Et compris.