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Les agents recrutent des jeunes de 12 ans: le malaise évident d’une «business malsaine»

Photo portrait de Kevin Dubé

Kevin Dubé

2026-03-14T04:00:00Z
2026-03-14T12:53:24Z

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L’engagement du jeune Liam Tep avec l’ancienne agence de Kent Hughes, Quartexx, à l’âge de 12 ans illustre une tendance grandissante dans le hockey mineur : les agents qui courtisent désormais des joueurs de plus en plus jeunes.


L’exemple du jeune Liam Tep, qui a signé un contrat avec l’agence Quartexx à l’âge de seulement 12 ans, n’est pas un cas isolé alors que la compétition dans le monde des agents les force à recruter des athlètes de plus en plus jeunes.

Il s’agit d’un dossier extrêmement sensible et délicat chez les agents, et on l’a rapidement réalisé en sondant certains intervenants du milieu. Dans le cadre de ce reportage, nous avons contacté une demi-douzaine de représentants afin de discuter de cette situation et ils ont tous accepté de nous parler, à condition de ne pas être nommés.

Parce que personne ne veut lancer la première pierre.

Une malaise palpable

Ironiquement, tous les agents consultés ont toutefois reconnu éprouver un malaise avec le fait de démontrer de l’intérêt pour de jeunes joueurs à partir de l’âge de 10 ans.

Plusieurs s’avouent toutefois pris dans un engrenage créé, notamment, par la multiplication des agences, dont certaines plus ou moins sérieuses, au cours des 10 dernières années, ce qui fait en sorte que le milieu est rendu plus compétitif que jamais.

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« Le problème, c’est que si ce n’est pas nous, ça va être quelqu’un d’autre alors on n’a pas le choix de jouer la game », nous lance un autre agent québécois.

« La business est rendue malsaine », ajoute un collègue d’une autre agence, qui déplore également la nouvelle tendance des agents à voler des clients à leurs compétiteurs.

Un troisième, qui œuvre pour une firme bien implantée, tempère, toutefois. Selon lui, la multiplication des agences n’est pas un bon argument pour recruter à un si bas âge.

« Si un jeune signe avec une agence indépendante et moins sérieuse à 12 ans, ça n’empêchera pas les plus grosses agences de le convaincre de changer à l’âge de 15 ans », assure-t-il.

Épiés dès 10 ans

Si vous trouvez que Liam Tep, 12 ans, est jeune pour s’entendre avec un agent, sachez que plusieurs des agences les plus réputées dans le monde envoient des représentants chaque année à l’Invitation Brick, un tournoi tenu annuellement à Edmonton qui réunit plusieurs des meilleurs joueurs de 10 ans en Amérique du Nord.

Vous avez bien lu, 10 ans.

C’est d’ailleurs là que Liam Tep a été remarqué pour la première fois, puisqu’il avait battu le record de points de Cole Caufield. Plusieurs agents québécois ont alors reçu le mandat de suivre avec attention le jeune attaquant. Sa famille a d’ailleurs confirmé au collègue Benoit Rioux avoir reçu des appels d’agents dès leur retour d’Edmonton.

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Du recrutement à grande échelle

En plus de Quartexx, plusieurs des plus grandes agences en importance dans le monde du hockey ont rencontré la famille Tep, dont la firme CAA de Pat Brisson.

Liam Tep alors qu'il s'alignait avec le Canadien de Montréal au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec en 2025.
Liam Tep alors qu'il s'alignait avec le Canadien de Montréal au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec en 2025. PHOTO D'ARCHIVES, DIDIER DEBUSSCHÈRE

Ces gros joueurs dans l’industrie ont tous, ou presque, des espions qui sillonnent les arénas afin de dénicher les potentielles pépites.

Au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec, où plusieurs des meilleurs jeunes de 12 ans au monde se réunissent pendant 12 jours, il est coutume que des représentants d’agences viennent faire du dépistage.

« Ils viennent tous, confirme le directeur général du Tournoi, Patrick Dom. Je peux te confirmer que les grosses agences envoient toutes quelqu’un. »

Cette année, plusieurs yeux étaient d’ailleurs tournés vers l’attaquant des Red Wings de Detroit Cameron Coombe, que certains considèrent comme la version américaine de Liam Tep.

Les deux jeunots ont d’ailleurs évolué ensemble lors d’un tournoi estival à Montréal en juin 2025.

« C’est un joueur exceptionnel, il a un méchant bon lancer pour son âge, très précis. Il a aussi des habiletés incroyables pour faire des passes et fabriquer des jeux », a déclaré Tep à propos de son ancien coéquipier.

On nous dit d’ailleurs que Coombe est lui aussi déjà accompagné par un « conseiller familial ».

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Rien d’illégal

Il est important de préciser qu’il n’y a absolument rien d’illégal dans le fait de signer un contrat de représentation avec un jeune de 12 ans. Aucun agent consulté n’a remis en question la décision des parents du jeune Tep, qui sont parfaitement dans leurs droits.

« Quand ça fait deux ans que tu reçois des appels à toutes les semaines et qu’il y a des agents à tes matchs, ça se peut que tu aies envie de prendre une décision », mentionne un représentant, qui n’était pas en lice pour représenter Tep.

Pour un agent consulté, toutefois, cette tendance pourrait être plus négative que positive à long terme.

« Est-ce que nos jeunes sont outillés à l’âge de 12 ans pour avoir ce statut de joueur vedette ? Je ne suis pas certain qu’on rend service à des jeunes en leur donnant le statut de supervedette à 12 ans. Parce que la vedette de 12 ans, au Québec, quand elle va sortir du Québec, elle va réaliser que le monde du hockey, c’est une jungle. À chaque jour, il faut que tu sauves ton lunch. Et est-ce qu’on lui donne tous les outils pour réussir dans cette jungle ? » se questionne-t-il.

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