Lendemain d'élections en France: Macron demande à son premier ministre de rester pour «la stabilité du pays»

AFP
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Le président français Emmanuel Macron a refusé lundi la démission de son premier ministre, lui demandant d’expédier les affaires courantes au lendemain de législatives qui ont porté la gauche en tête des forces politiques du pays, mais sans majorité absolue.
Gabriel Attal est arrivé à l’Élysée en fin de matinée pour proposer sa démission, conformément à la tradition républicaine. Mais M. Macron lui a demandé de rester en fonction afin d’» assurer la stabilité du pays», selon l’Élysée, alors que Paris accueille dans moins de trois semaines les jeux Olympiques.
Après la surprise des législatives où la déferlante de l’extrême droite a été nettement freinée, la France se cherche une majorité parlementaire avant de désigner une personnalité capable de rassembler et de diriger un gouvernement.
Un casse-tête alors que ni le Nouveau Front populaire (NFP, gauche, autour de 190 sièges), ni le camp présidentiel (autour de 160 sièges), ni le RN et ses alliés (extrême droite, plus de 140 sièges) ne peuvent atteindre, seuls, la majorité absolue (289 députés).
Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a mis en garde contre un risque de «crise financière» et de «déclin économique». Mais le spectre de l’extrême droite écarté, la Bourse de Paris a réagi mollement. L’indice CAC 40 a ouvert en baisse de 0,49%, mais revenait en positif quelques heures plus tard.
La gauche, elle, a lancé les grandes manœuvres. «Il faut que dans la semaine, nous puissions être en mesure de présenter une candidature» pour Matignon, a déclaré le patron du Parti socialiste Olivier Faure, évoquant soit un consensus, soit un vote.
La cheffe des écologistes, Marine Tondelier, a estimé pour sa part que le chef de l’État «devrait appeler aujourd’hui» le NFP à lui soumettre un nom.
Cependant, l’alliance de gauche, fabriquée à la hâte au lendemain de la dissolution de l’assemblée nationale par Emmanuel Macron, réunit des forces en désaccord sur de nombreux points, entre la gauche radicale de la France insoumise (LFI), les socialistes, les communistes et les écologistes.
Le dossier Mélenchon
Comme depuis des semaines, c’est la gauche radicale qui cristallise les tensions, en particulier son chef charismatique et provocateur, Jean-Luc Mélenchon, considéré comme un repoussoir y compris dans son propre camp.
Son cas continue d’occuper l’avant-scène. Dimanche, la LFI Clémentine Autain avait appelé les députés de gauche à se réunir dès lundi «en assemblée plénière» pour proposer au président un premier ministre qui ne soit ni François Hollande, ancien président socialiste élu député, ni Jean-Luc Mélenchon.

Mais la responsable LFI Mathilde Panot a estimé lundi que ce dernier, 72 ans, «n’était absolument pas disqualifié», arguant qu’il était «celui qui a réappris à la gauche à gagner, celui qui a redonné de l’espoir à des millions de personnes en faisant 22% à l’élection présidentielle» de 2022.
Simultanément, les discussions se multiplient aussi au sein de la majorité présidentielle, devenue la deuxième force nationale au prix d’une résilience que nul ne lui prêtait après le premier tour.
Le scrutin «n’a pas rendu son verdict pour la répartition des forces» et «le paysage n’est pas encore clarifié», a estimé François Bayrou, leader centriste allié de Macron. «Donnons-nous tois jours pour voir qui rassemble le plus de sièges de parlementaires», a-t-il prôné, estimant possible une majorité sans LFI.
Moscou «sans illusion»
Quant au RN, il a progressé comme jamais au Parlement mais finit bien loin de la majorité relative promise par les sondages, plus encore de la majorité absolue rêvée.
«Notre victoire n’est que différée», a réagi la cheffe de file de l’extrême droite Marine Le Pen, quand le candidat à Matignon Jordan Bardella fustigeait «l’alliance du déshonneur» du front républicain formé contre son camp.
Le RN est la seule force assurée lundi d’être dans l’opposition, mais avec une voix plus forte que dans l’assemblée sortante.
Ses responsables faisaient profil bas lundi, condamnés à accepter qu’une majorité de Français ne veuille pas de l’extrême droite aux affaires, et que le plafond de verre qu’ils espéraient casser a été plus solide que prévu.
Dimanche soir, des milliers de personnes se sont réunies place de la République, à Paris, pour fêter sa défaite dans une ambiance joyeuse de feux d’artifice, clameurs et explosions de joie.
À l’étranger, où le feuilleton politique français a été largement suivi depuis des semaines, les premiers ministres polonais et espagnols se sont réjouis de la défaite de l’extrême droite dans un des piliers de l’Union européenne. Le gouvernement allemand a lui exprimé un «certain soulagement».
Quant au Kremlin, réputé proche du RN, il a indiqué n’avoir ni «l’espoir» ni «l’illusion» d’une amélioration de ses relations avec Paris.