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Le troisième lien n’est pas une catastrophe

Des documents internes, accompagnés de ces photos aériennes (1972 versus 2016), démontrent que, depuis 1991, le secteur ouest de Lévis a connu une plus grande croissance du nombre de constructions (résidentielles, commerciales et industrielles) que le secteur est, à raison d’une augmentation de 13 674 bâtiments.
Des documents internes, accompagnés de ces photos aériennes (1972 versus 2016), démontrent que, depuis 1991, le secteur ouest de Lévis a connu une plus grande croissance du nombre de constructions (résidentielles, commerciales et industrielles) que le secteur est, à raison d’une augmentation de 13 674 bâtiments. Illustration courtoisie
2022-04-27T16:00:00Z

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Le point de départ de ce dossier est la congestion des deux ponts de Québec pendant de longues heures tous les jours. C’est un fait indéniable et c’est une situation qui va empirer en raison de l’augmentation prévue de la population et du parc automobile de Québec et de Lévis.  

Pour contrer cette évolution, qu’est-ce qu’un gouvernement peut faire? Limiter, voire diminuer, l’accroissement des véhicules? Empêcher les déménagements inter-rives? Ce type de solutions et les moyens qui seront nécessaires pour les mettre en œuvre ne recevront pas facilement l’aval des populations concernées. Le troisième lien s’impose d’emblée comme l’alternative la plus simple et non comme la catastrophe écologique annoncée par certains. 

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À problème régional, solution régionale

La congestion des ponts ne constitue pas seulement un problème de circulation. C’est aussi un problème de sécurité. On a vu encore récemment que lorsque l’un des deux ponts est bloqué par des travaux (ce sont des infrastructures qui vieillissent) ou par des accidents (dont le risque augmente avec le nombre de véhicules), ce sont tous les services publics de santé et de sécurité qui sont entravés.  

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C’est également le développement économique qui est affecté car il repose sur la fluidité des échanges de biens et de personnes entre les deux rives du fleuve Saint-Laurent. Des deux côtés, les entreprises se développent, investissent, créent de l’emploi et de la prospérité. Leurs besoins en main-d’œuvre croissent et attirent plus de gens de part et d’autre du fleuve. Une meilleure connexion inter-rives est devenue nécessaire. Attendre encore ne fera qu’aggraver le problème et restreindre les possibilités de développement régional.  

Que le gouvernement pense en termes de développement régional, c’est son rôle et la perspective qui doit être la sienne. On attend de lui qu’il s’élève au-dessus de la mêlée et priorise l’intérêt collectif sur les attentes particulières de chacune des parties. On a vu dans le passé les difficultés qu’ont les deux villes à s’entendre sur des projets communs de transport intégré.  

Tramway, troisième lien et système de transport régional

Il serait illusoire par ailleurs de penser qu’améliorer la circulation automobile dans chacune des villes contribuerait à alléger la circulation aux ponts.   

En ce sens, opposer le tramway au troisième lien, comme certains le font, constitue une aberration parce que l’un et l’autre ne poursuivent pas les mêmes fins. De même pour Lévis avec ses parcours structurants d’autobus. Certes, dans les deux cas, il est légitime de chercher une circulation plus fluide par des transports collectifs améliorés, mais penser que leur effet sur la congestion des ponts serait déterminant est peu réaliste. 

Leur effet ne pourrait être que limité. Ce qu’il faut, c’est un système intégré de transport entre les deux rives. Dans cette perspective, l’ajout d’un troisième lien Québec-Lévis apparaît comme le chaînon manquant pour revoir dans un contexte dynamique l’interconnexion des deux rives tout en intégrant les différents modes de transport. Profitons de l’occasion qui est offerte plutôt que de tenter de la torpiller, et que les deux villes travaillent avec le gouvernement du Québec pour faire en sorte que le projet de système intégré de transport soit le mieux adapté à leurs besoins. Ce genre d’opportunité pourrait ne pas revenir avant longtemps. 

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L’étalement urbain entre réalisme et idéalisme environnemental

Il semble que la question de l’étalement urbain soit au cœur des réticences des opposants au projet de troisième lien. Deux éléments devraient pourtant amener à reconsidérer cette opposition: d’abord l’impact de l’automobile et ensuite les besoins de la population. Dans le premier cas, si le nombre d’automobiles continue d’augmenter à Québec, l’émission de GES augmentera elle aussi même sans étalement vers la rive sud. Ce n’est pas l’étalement en lui-même qui causera des problèmes de pollution mais le nombre croissant d’automobiles. 

Dans le deuxième cas, il faut se demander quels segments de la population seraient attirés par cette nouvelle banlieue. Ce sont essentiellement les jeunes familles qui alimenteront cette poussée migratoire, comme ce fut le cas au sud des deux ponts. Pourquoi? Parce qu’elles cherchent un cadre de vie paisible et sécuritaire pour élever leurs enfants et que leurs moyens ne leur permettent pas facilement de le trouver dans les villes centres. On n’a qu’à examiner l’exode des centres-villes de Montréal et de Québec pour s’en rendre compte. C’est une donnée structurelle.  

Les efforts de densification des villes se poursuivront, ce qui est souhaitable, mais il ne faut pas penser que cela répond aux besoins de toute la population. On peut ralentir l’étalement urbain, le contraindre, mais on ne peut pas l’empêcher. L’acceptabilité sociale dont on parle tant suppose une saine dose de réalisme dans la conception et la mise en œuvre des projets. Par idéalisme, on est porté à oublier que le mieux est parfois l’ennemi du bien. On doit continuer de vouloir le mieux mais ça ne doit pas empêcher de composer avec la réalité. Il n’existe pas une telle chose qu’un devoir d’exemplarité indépendant des circonstances et des besoins. 

Le troisième lien «bitube»

La nouvelle proposition de troisième lien présentée la semaine dernière par le gouvernement du Québec est substantiellement modifiée par rapport à la précédente. Avec deux tunnels, elle représente un moins grand défi technique et son coût est significativement moindre. Les questions du transport collectif et des véhicules lourds restent à préciser de même que de nombreux éléments, dont l’aménagement des entrées et sorties et l’insertion dans les réseaux routiers des rives nord et sud.  

Il faut dès maintenant que toutes les parties prenantes au dossier, le gouvernement et les deux villes, commencent à travailler ensemble pour concevoir un système intégré et structurant de transport régional qui réponde au mieux aux besoins des citoyens.  

Photo courtoisie
Photo courtoisie

Pierre Cliche, professeur associé à l’ENAP

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