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Le train de minuit se rendra-t-il à Montréal? Owen Protz a «quelque chose que tu ne peux pas enseigner»

MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTREAL
Photo portrait de Nicolas Cloutier

Nicolas Cloutier

2025-09-17T03:25:00Z
2025-09-17T03:26:28Z

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«Sur la glace, Owen Protz détient le monopole de la violence», écrivait avec prose le service indépendant Elite Prospects avant que les Canadiens de Montréal ne jettent leur dévolu sur le défenseur gaucher au quatrième tour (102e au total) du repêchage de 2024. Constat tiré du tournoi des recrues tenu la fin de semaine dernière au Centre Bell : ce n’était pas de l’hyperbole.

À plusieurs reprises, Protz est passé tel le train de minuit pour oblitérer des rivaux avec la tête baissée. Le timing et la pure vélocité de la charge avaient de quoi rappeler les belles années d’Alexei Emelin.

La scène est devenue familière pour Jay McKee, son entraîneur-chef chez les Bulldogs de Brantford dans la Ligue junior de l’Ontario (OHL). Protz est doté, à sa façon, d’un talent unique qui n’a rien à voir avec la vivacité des mains ou la précision chirurgicale d’un tir.

«Il est juste bâti différemment, confie notre interlocuteur au bout du fil. Si je remonte à ma génération, un gars comme Michael Peca avait cette habileté innée de synchroniser les mises en échec. Certains ont ce rare pouvoir explosif qu’ils peuvent déployer pile au bon moment.

«Protz a ça. Tu l’as ou tu ne l’as pas. Ce n’est pas vraiment quelque chose que tu peux enseigner.»

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«Bâti différemment», aussi, parce que Protz est l’un de ceux chez qui la motivation est intrinsèque. McKee ne sentira jamais le besoin de le pousser. «À sa première année avec nous, au lendemain de notre élimination en séries, il était déjà revenu d’Ottawa et il faisait bouger 520 livres au soulevé de terre (deadlift).»

Personne ne se fait d’illusions sur le genre de rôle ou d’ADN qui définira Protz au niveau professionnel, voire dans la Ligue nationale de hockey (LNH), s’il réussit à déjouer les pronostics vis-à-vis son rang de sélection dans quelques années.

«Peux-tu imaginer un attaquant regarder de l’autre côté de la patinoire et apercevoir Arber Xhekaj et Owen Protz? Penses-tu que le troisième ou quatrième trio de l’autre côté aurait hâte de jeter la rondelle dans le fond du territoire?» expose malignement McKee.

• Écoutez aussi cet épisode balado tiré de l'émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

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Il n’était rien

Il y a deux ans à peine, Protz était en voie de sombrer dans l’oubli, submergé dans l’océan de joueurs marginaux du junior majeur canadien. Jusqu’à ce qu’un ancien recruteur du CH démontre du flair.

Matt Turek, alors directeur général des Bulldogs de Brantford, s’était mis sur la trace de cet arrière utilisé de façon très limitée par les Wolves de Sudbury, mais qui multipliait les passes précises sous pression.

«On regardait ses matchs, moi et Matt, et on en arrivait toujours au même constat : il faisait très peu d’erreurs, raconte McKee. J’observais des séquences contre les meilleurs clubs, London ou Kitchener à l’époque, et je pense qu’en cinq ou six matchs, il a dû se compromettre seulement deux fois.

«Aussi, il a roulé comme un camion sur à peu près huit différents joueurs.»

Acquis par les Bulldogs, Protz s’est soudainement retrouvé à jouer une vingtaine de minutes par match et vous connaissez le reste de l’histoire.

Sans dominer sur le plan offensif, Protz est devenu un joueur craint à travers l’Ontario. Il se passait quelque chose quand un joueur adverse daignait lober la rondelle derrière cette boule de quilles sur patins.

«Les joueurs savent qu’essayer de contourner Protz en utilisant la largeur de la patinoire pourrait être douloureux et, s’ils jettent la rondelle dans le coin, même s’ils ont une longueur d’avance, ils vont retirer le pied de la pédale et lui laisser les honneurs de la cueillir. Sinon, ça fait mal», explique McKee.

Voilà l’impact bien tangible que Protz peut exercer sans même apparaître sur la feuille de pointage.

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«Je ne veux rien enlever à ses aptitudes offensives parce qu’il en a, nuance son entraîneur, mais je n’envisage pas un rôle offensif pour lui au prochain niveau. C’est un hybride, puisqu’il est capable de faire bouger la rondelle et de faire des jeux.

«Mais on va lui demander de jouer simple parce que je sais que c’est le style qu’il devra préconiser.»

Un Salei ou... McKee

Et Protz dans la LNH, ça ressemblerait à quoi concrètement?

«À Jay McKee», répond du tac au tac cet ex-défenseur de la LNH en nous prenant au dépourvu. Notre interlocuteur qui propose son propre nom en guise de comparaison, c’est une première.

Défenseur offensif qui frappait comme un train dans le junior, McKee a dû se reconvertir lorsqu’il est arrivé dans la LNH. Il considère 1998-1999 comme sa meilleure saison : zéro but et six aides en 72 matchs, mais un différentiel de +20.

Cette année-là, les Sabres de Buffalo s’étaient rendus en finale de la Coupe Stanley et s’étaient inclinés devant les Stars de Dallas en raison d’un des buts les plus controversés de l’histoire, marqué par Brett Hull avec un patin dans le demi-cercle du gardien Dominik Hasek.

«J’ai rapidement compris dans la LNH qu’il y aurait toujours des gars plus dynamiques que toi offensivement. Grâce aux conseils de Lindy Ruff, je suis devenu un défenseur défensif, physique, qui bloque des tirs. J’ai réalisé toute la valeur de ce type de joueur.

«Et c’est ce que je vois en Protsy chez les pros. Ce style avec la possibilité d’engranger des points ici et là grâce à une bonne première passe. Un genre de Ruslan Salei.»

Avant de songer au niveau professionnel, Protz a une participation au Championnat mondial junior avec Équipe Canada dans le viseur. On doit présumer qu’il fait au moins partie des candidats depuis son invitation surprise à la vitrine estivale à Minneapolis.

«Je l’ai trouvé fantastique contre les États-Unis, fait remarquer le pilote des Bulldogs. Je crois qu’il a tout fait pour apparaître sur le radar des décideurs. Ils vont certainement le garder à l’œil. Il ne figure pas parmi les favoris, mais il a une chance.»

Voilà qui aurait été impensable lorsque Protz moisissait sur une troisième paire à Sudbury. Et sa cote pourrait continuer de grimper cette semaine. Les Canadiens ont vraisemblablement l’intention de voir ce qu’il a dans le ventre lors du calendrier préparatoire, puisque Protz a survécu à la première vague de coupes et sera du camp principal.

On conseille aux jeunes joueurs qui auront eux aussi tout à prouver, de l’autre côté de la patinoire, de garder la tête bien haute. Ce train de minuit ne sert pas d’avertissement avant de frapper.

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