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Le Tour de France: Pogacar invincible

Photo portrait de Jean-François Racine

Jean-François Racine

2022-07-08T01:58:29Z

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Couteau entre les dents, le Belge Wout van Aert s’est lancé comme Superman dans une cavale un peu absurde aujourd'hui au Tour de France, mais il a dû céder le maillot jaune au tenant du titre, Tadej Pogacar, qui envoie avec sa victoire d’étape un sérieux avertissement à la veille d’une arrivée en montagne.

À l’attaque comme un forcené malgré le jaune sur ses épaules, Wout van Aert voulait-il vraiment abandonner la tunique de meneur ou s’est-il fait prendre à son jeu?

Lui seul connaît la vérité, mais le baroudeur de 27 ans a mis son réservoir à sec en se moquant du peloton, avant d’échouer au 103e rang de cette sixième étape à plus de sept minutes de Pogacar. Il conserve toutefois le maillot vert aux points.

«Je ne comprends pas ce qu’il a fait», a lancé le Québécois Antoine Duchesne à l’arrivée.

Panache ou tactique, la réponse de van Aert n’était pas plus évidente. Une journée supplémentaire en jaune était facilement à sa portée.

Insuffisant

«C’était difficile pour nous de contrôler. J’ai donc essayé d’être dans l’échappée, mais à trois, ce n’était pas assez», a expliqué le Belge, un peu énigmatique.

Un peu égarée dans ses stratégies, la formation Jumbo-Visma pourra maintenant se concentrer sur une victoire finale de Jonas Vingegaard.

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Juste avant la première arrivée au sommet à la Super Planche des Belles Filles, Pogacar a montré qu’il était le patron.

«Mais ce n’était pas le but», a-t-il dit.

Dans la plus longue étape du Tour (220 km), l’arrivée était réservée aux puncheurs après une série d’ascensions courtes. La côte de Pulventeux et la côte des Religieuses ont écrémé le groupe des favoris jusqu’à ce que le Slovène porte le coup de grâce à moins de 300 m de la ligne.

Pour une deuxième journée consécutive, nul ne pouvait accuser les cyclistes de dormir au gaz avec un début d’étape ultrarapide, lors duquel ils ont roulé à plus de 52 km/h pendant deux heures.

Le Belge persiste

Wout van Aert est finalement parvenu à fuir avec l’Américain Quinn Simmons, le plus jeune cycliste du peloton à 21 ans, et le vétéran danois Jakob Fuglsang, 37 ans.

Voyant l’échec de l’aventure, Fuglsang a fini par se relever, mais van Aert a poursuivi la folle aventure avec Simmons, puis en solitaire jusqu’à 10 kilomètres de l’arrivée à Longwy, au nord-est de la France.

Dans l’une des étapes les plus rapides de l’histoire, à plus de 49 km/h de moyenne, le Français Alexis Vuillermoz a vainement tenté sa chance.

Explosion

Au sprint, l’Australien Michael Matthews a pris la deuxième place, devant le Français David Gaudu et le Britannique Thomas Pidcock.

Si des interrogations persistent sur la stratégie de Groupama-FDJ, Gaudu a marqué ses premiers points.

«Il est toujours aux avant-postes. C’est un coureur d’avenir. Il a pris son temps pour arriver à maturité. Il est en progression constante et c’est normal qu’on lui donne sa chance», a expliqué son directeur, Marc Madiot.

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«C’était une étape très très dure. C’était long et très rapide. Le vent de face s’est écrasé et il n’y a que Pogacar qui nous explose en lançant à 250 mètres. Il n’y a pas à rougir sur la performance», a ajouté Gaudu.

Intentions claires

Vendredi, la septième étape se terminera en altitude à la Super Planche des Belles Filles. Déjà en jaune, Pogacar n’a pas caché ses intentions.

«Nous allons essayer de contrôler la course. Ce ne sera pas un désastre si l’échappée va au bout. Mais je vais essayer de gagner.»

Alors que le Tour terminera sa première semaine, il reste beaucoup de chemin à faire jusqu’aux Champs-Élysées, mais le Slovène de 23 ans reste en plein contrôle de la situation.

CLASSEMENT GÉNÉRAL

1. Tadej Pogacar, UAE Emirates

2. Neilson Powless, EF Education-EasyPost, à 4 s

3. Jonas Vingegaard, Jumbo-Visma, à 31 s

4. Adam Yates, Ineos Grenadiers, à 39 s

5. Thomas Pidcock, Ineos Grenadiers, à 40 s

6. Geraint Thomas, Ineos Grenadiers, à 46 s

LA VITESSE LES A TOUS FAIT SOUFFRIR

À plus de 49 km/h de moyenne, les Québécois n’ont pas eu le temps de discuter entre eux jeudi entre Binche, en Belgique, et l’arrivée en France.

«Toute la journée, ça a roulé en malade. J’ai rarement vu une étape de 220 km en 4 h 27 min avec quasiment 3000 m de dénivelé», a lancé Guillaume Boivin en grimaçant.

Comme bien d’autres, il s’est interrogé sur les intentions de Wout van Aert qui faisait souffrir tout le monde.

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«Il avait décidé de donner le maillot jaune et ils ont dû lui donner l’option de le défendre tout seul. Peut-être que son équipe ne voulait pas rouler pendant trois semaines, mais il voulait vraiment être dans l’échappée. Il a attaqué un million de fois», a ajouté l’athlète olympique.

Pénible

À son deuxième Tour de France, Boivin ne simule pas.

«Je ne sais pas comment je vais me rendre à Paris. Je n’étais vraiment pas bien», a-t-il affirmé avant de disparaître.

Pour sa part, Antoine Duchesne n’en revenait pas de la vitesse hallucinante de la course.

«C’était ridicule, de la science-fiction. Surtout que c’est juste un gars qui a attaqué pendant 75 bornes. Je comprends qu’il voulait être dans l’échappée, mais avec le tracé, tu te relèves. Il était capable de gagner. Il veut montrer qu’il est champion du monde.»

Le caribou de la Groupama-FDJ était encouragé par la prestation de son coéquipier David Gaudu.

«On a bien géré. C’est de bon augure avec sa troisième place. Ça sera un premier test», a terminé Duchesne en se faisant gronder d’être à l’extérieur de l’autocar sous la brise plus fraîche.

Chez Israel-Premier Tech, Hugo Houle continue d’afficher une condition physique exemplaire.

«J’avais pour mission de prendre l’échappée et j’ai mis beaucoup d’efforts, mais quand [Jakob] Fuglsang est parti, j’étais content.»

Difficile à battre

Malgré son expérience, Houle était heureux de pouvoir ranger sa bécane.

«L’avant-dernière montée, je me suis écarté. Je n’ai pas de visée au classement général. Une arrivée avec [Tadej] Pogacar, je ne pense pas gagner l’étape! J’ai choisi de m’économiser un peu.»

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La vitesse élevée a aussi chatouillé le cycliste de Sainte-Perpétue.

«Ça piquait avec le vent de côté. Ça chauffait encore plus les jambes. C’est clair que tu dois rester dans les roues à cette vitesse. Chaque fois que tu fais un effort, tu payes “cash” après. Pogacar, c’est une machine. Il fait ce qu’il veut. Il va être dur à battre.»

Enfin, sans dévoiler ses ambitions, Michael Woods a bien testé ses jambes à l’aube d’une étape tracée pour lui. Le Canadien a terminé au 20e rang à seulement 5 s de Pogacar.

«Je suis prêt», a-t-il simplement dit.

DANS LE CALEPIN...

 Après 220 kilomètres à plus de 49 km/h de moyenne, que font les cyclistes lorsque l’étape est terminée? Du vélo stationnaire. Ça permet d’assouplir les jambes contractées.

 Site d’arrivée demain, la Super Planche des Belles Filles est un sommet (1148 m) du massif des Vosges en Haute-Saône. En 2019, Dylan Teuns a devancé au sprint son dernier compagnon d’échappée Giulio Ciccone, qui prenait le maillot jaune à Julian Alaphilippe.

 Le Tour ne compte plus que 172 coureurs avec le forfait de Daniel Oss (TotalEnergies) et l’abandon d’Alex Kirsch (Trek-

Segafredo).

 Quelques cyclistes ont écopé d’une amende pour ne pas avoir uriné assez discrètement pendant les deux dernières étapes.

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