Le temps est venu de faire éclater le premier trio

Jean-Charles Lajoie
Partager
Personne ne sait vraiment comment ça se passe au cœur du centre de commandement du Canadien.
Lorsque Kent Hughes, Jeff Gorton, Trevor Letowski, Stéphane Robidas, Marco Marciano et quelques autres lieutenants émettent des opinions, font des suggestions, comment le général Martin St‐Louis réagit-il ? Est-ce que le patron de la glace a le regard intéressé, mais ne fait qu’entendre... ou est-ce qu’il écoute, réfléchit et prend acte ?
Mon point est que j’ai beaucoup de difficultés à imaginer que personne dans la colonne de pouvoir de l’organisation ne suggère de faire éclater le premier trio de Nick Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovsky en vue du crucial match de mercredi à Tampa Bay.
Le 11 décembre dernier, Martin a envoyé son grand Slovaque en mission : celle de dynamiser le deuxième trio de l’équipe. Joint à Ivan Demidov et Oliver Kapanen, « Slaf » a cumulé 12 buts et 19 passes pour 31 points en 31 matchs, lui qui n’avait amassé que 16 points en 29 rencontres avant cette mutation. La saison de « Slaf » a décollé lorsqu’il a été promu capitaine de son unité.
Demidov et Kapanen ont eux aussi profité de cet ajout significatif à leur trio, cumulant 25 et 17 points respectivement.
Dans le même laps de temps, privés de leur grand ailier, le capitaine Suzuki et le petit Cole n’ont pas été en reste. Suzuki a récolté 36 points, dont 20 à forces égales. Caufield, 29, dont 19 à cinq contre cinq. Suzuki produit à un rythme de 1,25 point par match cette saison, contre 1,16 sans « Slaf ». Caufield passe de 1,13 à 0,94 sans le premier choix de l’encan de 2022. Une baisse, oui, mais rien de dramatique.
Conclusion : celui à qui cette mutation a le plus profité personnellement est Juraj Slafkovsky, tandis que l’impact a été formidable au niveau collectif.
Lors de cette séquence de 31 matchs, l’éclosion de « Slaf » a permis au Tricolore d’accumuler 18 victoires, sept revers et six défaites au-delà des 60 minutes réglementaires. Quarante-deux points de classement en 31 matchs, pour une moyenne d’efficacité de 0,738, la meilleure de l’équipe lors d’une séquence donnée d’au minimum 22 matchs.
L’inconnu actuel est le réel état de santé de Slaf. Le Slovaque ne s’était pas fait frapper au centre de la glace comme dimanche depuis sa deuxième saison, en 2023‐2024. Est-il apte à subir le rythme effréné des séries, surtout après la mise en échec de Brandon Hagel qui l’a couché dans le deuxième match de la série ?
Si la réponse est oui, il ne fait aucun doute à mon esprit que Slafkovsky, Kapanen et Demidov doivent être réunis. Pendant ce temps, Josh Anderson doit obtenir le mandat de créer de l’espace tout en sécurisant Suzuki et Caufield. J’ai toujours pesté contre les tentatives de greffer Anderson au premier trio du CH en saison régulière.
Mais là, ce sont les séries. C’est une autre affaire. C’est en fait un autre sport. Plus permissif. Plus violent. Plus intense. Un sport dans lequel Anderson exploite son ADN au maximum.
En 2021, finale de la Coupe Stanley. Le Canadien perd en cinq matchs devant le Lightning. La seule victoire de l’équipe survient le 5 juillet, un gain de 3 à 2 en prolongation. Ce soir‐là, Dominique Ducharme réunit Josh Anderson, Suzuki et Caufield. Anderson marque une première fois, aidé des deux jeunes, puis tranche le débat en prolongation sur une passe de... Caufield.
Alors, qu’est-ce que Martin Saint‐Louis a à perdre en réunissant Anderson, Suzuki et Caufield, ainsi que Slafkovsky, Kapanen et Demidov ?