Le soir où tout a changé
Le Canadien a perdu son aura quand il a quitté le Forum le 11 mars 1996


Marc de Foy
Partager
Il y a 25 ans aujourd’hui, le rideau tombait sur le Forum. On ne se rappelle pas tant le match qui opposait le Canadien aux Stars de Dallas, ce soir-là, que les émouvantes cérémonies qui avaient suivi.
• À lire aussi: Il y a 25 ans, la fin du Forum de Montréal
• À lire aussi: Depuis la fermeture du Forum, plus rien
On se serait crus à un spectacle sur scène. Réjean Tremblay avait écrit le scénario et le comédien Denis Bouchard avait procédé à la mise en scène.
L’événement était venu nous chercher.
On était sortis du Forum la tête remplie de beaux souvenirs. On avait versé des larmes pendant la puissante démonstration d’amour de la foule envers Maurice Richard.
Les téléspectateurs avaient ressenti les mêmes émotions devant leur écran.
Mais on avait le cœur lourd aussi.
On se séparait d’un amphithéâtre qui avait fait vibrer nos grands-parents, nos parents et les gens de ma génération.
C’était un pan de nos vies qui s’envolait.
Mais on était encore moins préparés à ce qui s’en venait à l’approche des années 2000.
Business d’abord
Tout a changé à partir de cette soirée d’adieux.
Le Canadien est passé de PME au rang de grosse entreprise. Le côté business a pris le dessus sur l’aspect sportif.
L’émotion a fait place au mercantilisme. Tout est devenu monnayable.
Exemple parmi tant d’autres : tous les espaces du Centre Bell sont vendus. Même les premières marches des gradins pour que l’on puisse voir à la télévision les publicités qui y sont affichées.
Autre exemple : vous pouvez vous habiller aux couleurs du CH de la tête aux pieds à la boutique souvenir.
Et que dire des revenus provenant de la billetterie et des contrats de télévision ?
Plus besoin d’en ajouter. Vous avez compris.
Ne pas vivre dans le passé
Les amateurs qui n’ont jamais vu le Canadien remporter la coupe Stanley disent à ceux qui ont eu cette chance de cesser de vivre dans le passé.
C’est vrai que plus rien n’est pareil par rapport à autrefois.
Le plafond salarial force les directeurs généraux à remanier souvent leur personnel de joueurs.
La majorité des plus hauts salariés ne changent pas d’équipe, mais les joueurs de soutien sont appelés à déménager souvent.
N’empêche.
Plus maître à la maison
Les partisans du Canadien méritent tellement mieux qu’une équipe qui se bat pour une place dans les séries et qui n’a pas franchi la première ronde depuis six ans.
Il y a belle lurette que les équipes adverses ne se présentent plus au domicile du Tricolore avec la sensation qu’elles ont perdu d’avance.
Depuis son entrée au Centre Bell, le Tricolore présente un pourcentage de points récoltés de ,544 sur sa patinoire.
On est loin de la moyenne de ,714 qu’il avait maintenue en 72 ans au Forum.
Depuis l’an dernier, le Canadien montre une fiche de 19-22-7 à la maison. Ce n’est pas le genre de chiffres qui aide une équipe à obtenir un laissez-passer pour les séries.
À la recherche d’une Identité
On ne pensait pas que le Tricolore en viendrait à perdre son aura, le soir du 11 mars 1996.
Plus tôt dans la saison, Serge Savard et Patrick Roy s’étaient vu indiquer la sortie à deux mois d’intervalle.
Mais parce que le Canadien fait partie de notre quotidien et qu’on aime le voir connaître du succès, on se disait que c’était un mauvais moment à passer que les choses finiraient par aller mieux à un moment donné.
Mais son identité a disparu avec les fantômes du Forum.
L’importance de la représentativité québécoise au sein du personnel des joueurs varie selon les âges.
Pour les plus vieux, ça demeure primordial. Pour les jeunes, ce n’est pas important. On fait valoir qu’il y a de bons joueurs partout où le hockey se joue sur la planète.
On veut bien, mais comment expliquer que le Canadien repêche si peu de joueurs québécois ?
Le Rocket en pleurerait sans doute de rage !