Le Québec développe plusieurs joueurs de petit gabarit: «On perd de la crédibilité», juge un recruteur de la LNH


Kevin Dubé
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En misant souvent sur des joueurs plus petits et de finesse, le Québec, « perd de la crédibilité » dans le monde du hockey professionnel, juge un recruteur de la LNH.
Ce dernier estime que la raison pour laquelle les cas de Jordan Dumais, de Justin Poirier ou de Philippe Veilleux ont créé et créent toujours autant de polémique vient du fait que le Québec a une mentalité différente de celle des autres provinces en matière de développement, ce qui lui nuit depuis plusieurs années. Et il n'est pas le seul recruteur à le penser. Deux autres dépisteurs contactés ont tenu le même discours.
Selon eux, les statistiques individuelles et les habiletés pures sont au centre des décisions des programmes d’élite, ce qui fait en sorte qu’on laisse de côté des éléments importants qui permettent à des joueurs de faire le saut chez les professionnels.
«La LHJMQ a fait un choix de ne plus développer un certain style de joueur: les gros bonshommes physiques, efficaces en échec avant. Déjà, on n’en produisait pas beaucoup et, maintenant, on les enlève complètement de l’équation. Dans les autres ligues, ils en ont encore.
«De notre côté, on arrive avec nos stars qui sont souvent des joueurs plus petits et de finesse, et on perd de la crédibilité en tant que ligue.»
Une mentalité à changer
C’est d’ailleurs au fil de conversations avec des hommes de hockey de la LHJMQ que ce recruteur estime avoir compris qu’il s’agissait d’une «mentalité de ligue».
«On entend de plus en plus de dirigeants dire: "Ouain mais je fais du junior". Donc ils vont prendre des plus petits joueurs avec des habiletés parce qu’ils savent qu’ils vont les avoir plus longtemps avec leur club, plutôt que de les perdre aux professionnels après leur année de 19 ans.»
Un autre recruteur d’expérience abonde en ce sens.
«C’est un problème majeur et qui est relativement nouveau. Je dirais que depuis cinq ou six ans, les dirigeants trouvent ça normal. Pour moi, c’est aberrant. Je comprends qu’il y a une partie de business mais si tout le monde reste indifférent, il n’y a rien qui va changer. L’an dernier, il y a eu sept joueurs de moins de 5pi10 qui ont été repêchés en première ronde dans la LHJMQ. Ce sont ces joueurs-là qu’on va présenter pour le repêchage de la LNH. Rendu à ce niveau, les statistiques, ça ne compte tellement plus dans la balance.»
Cet argument, celui des stats, est d’ailleurs revenu souvent au fil de nos conversations. Un troisième recruteur a tenu à mettre en garde ceux qui pensent que le recrutement se fait sur le site HockeyDB.
«Je pense que c’est un phénomène typiquement québécois. Ici, on valorise trop les statistiques et pas assez la manière de jouer et le potentiel professionnel. On pense que si un gars est bon dans le junior, il va automatiquement l’être dans la LNH. Ce n’est pas aussi simple que ça.»
Pas seulement à la LHJMQ
Notre premier intervenant ne jette toutefois pas tout le blâme sur la LHJMQ.
«Si on veut produire plus de joueurs de la LNH, il va falloir arrêter d’évaluer les joueurs en fonction de leurs statistiques, mais regarder comment ils jouent. Ce message est aussi bon, sinon meilleur, pour les gars qui font du midget AAA et qui prennent des petits joueurs parce qu’ils veulent gagner un mardi soir d’octobre plutôt que de développer des joueurs sur le long terme.»
Il a d’ailleurs une suggestion à faire au commissaire de la LHJMQ, Mario Cecchini.
«Ce qui manque le plus dans la structure de la LHJMQ, c’est une personne à temps plein, un gars d’expérience à qui on donnerait le titre de directeur du développement. Ce gars-là travaillerait avec les équipes et les joueurs, il serait connecté avec Hockey Canada, et il amènerait une vision et assurerait un suivi pour aider à développer les joueurs.»