Le Québec a perdu un monument du hockey


Jean-Nicolas Blanchet
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L’aide médicale à mourir a été donnée à un immortel, Gaston Marcotte, le 5 janvier. Il avait 89 ans. Il est parti sereinement à Québec, tout en contrôle, avec la musique de Frank Sinatra.
Les plus vieux le connaissent. Les autres moins. Voilà donc qui était Gaston Marcotte, avec qui j’échangeais régulièrement dans les dernières années. J’ai écrit cette chronique après une bonne discussion avec Dany Bernard, docteur en psychologie sportive.
Pour lui, Gaston Marcotte était un deuxième père. Il a été son modèle et son mentor durant 35 ans.
Gaston Marcotte, c’était celui qu’on a surnommé l’un «des docteurs du hockey» au Québec, notamment avec Charles Thiffault, qui a été entraîneur adjoint avec les Nordiques, les Rangers et bien sûr, le Canadien.
Gaston Marcotte, c’est lui qui a francisé le hockey. La plupart des termes qu’on utilise aujourd’hui comme «tir frappé», «arrêt brusque», «pivot», «tir du revers», ça vient de lui.
La Série du siècle
En 1972, lors de la Série du siècle, c’est lui qui avait dit en direct à la télé qu’il ne fallait pas considérer l’URSS comme faible, car le Canada serait dans le trouble.
Il s’était fait ramasser par tout le monde, rappelle Dany Bernard, d’un ton moqueur.
C’est lui qui a révolutionné l’enseignement du hockey. Dans les années 60, tu l’avais ou tu ne l’avais pas. Le hockey, c’était inné.
Quand l’URSS est débarquée lors de la Série du siècle, tout le monde a compris que nos façons de faire n’étaient pas si bonnes au Canada et que le hockey pouvait beaucoup mieux s’apprendre.
Mais Gaston Marcotte avait déjà commencé ce travail. Durant sa maîtrise à l’Université du Michigan, il était allé en URSS, en Tchécoslovaquie et en Suède pour comprendre comment on enseignait le hockey et pour amener cette façon de faire chez nous.

Il avait acheté deux ballons en Suède pour mesurer le VO2 Max des joueurs de hockey. Personne ne pensait à accoler la science et le hockey chez nous, à l’époque.
L’enseignement du hockey
Gaston Marcotte, c’est lui qui a écrit les premiers livres scientifiques sur l’enseignement du hockey. Pour analyser, décortiquer les gestes techniques, développer des outils de progression du débutant jusqu’au joueur élite.
Comme conseiller avec les Nordiques, c’est lui qui a aidé Peter Stastny à améliorer son coup de patin durant un camp d’entraînement en lui disant «un peu de problèmes, hein?»
Furieux, mais curieux, Stastny est allé travailler un élément très technique avec Gaston Marcotte dans un coin de patinoire et le problème était réglé.
Il a aussi été analyste à la télé pour les matchs des Nordiques. Et c’est lui qui est à l’origine de la fondation de la Fédération québécoise de hockey sur glace.
Gaston Marcotte, c’est aussi le premier directeur du PEPS de l’Université Laval. Cette mégaconstruction faisait peur à beaucoup de contribuables qui y voyaient un potentiel éléphant blanc qui n’allait pas être si utile.
La brillante, mais controversée idée pour être certain que ça n’arrive pas, c’est Gaston Marcotte qui l’a eue: ouvrir le PEPS à toute la population. Dès son inauguration, l’infrastructure est devenue archipopulaire et, surtout, un équipement essentiel pour la santé physique à Québec.
Il a enseigné 40 ans à l’université, a présidé l’ancêtre de Sports Québec et a été intronisé au Temple de la renommée du hockey québécois.
Bref, c’est tout un monsieur que le Québec vient de perdre.
Inarrêtable
Mon père était un de ses grands admirateurs, l’ayant connu à l’Université Laval. J’ai donc toujours été aussi contemplatif de l’œuvre de Gaston Marcotte pour le hockey au Québec.
J’ai aussi eu quelques discussions avec M. Marcotte, dans son bureau un peu bordélique au PEPS (comme on peut le voir sur la photo).
Il y a trois ans, à 86 ans, il y allait encore souvent pour ses recherches et ses projets en éducation. Il y a à peine un an, Gaston Marcotte m’envoyait encore des textes d’opinion pour publier dans Le Journal.
Il était passionné, il ne voulait jamais arrêter. Il m’en a envoyé des dizaines, dont plusieurs que nous avons publiés. Ça m’impressionnait.
Sa dernière croisade a malheureusement reçu moins de considérations. Il lançait un cri d’alarme pour que les valeurs humaines deviennent le fondement du système d’éducation.
Autrement dit, au lieu de former de bons comptables, de bons avocats, de bons médecins, il faut d’abord former de bons individus.
Selon lui, la société aura moins de problèmes en développant d’abord de bonnes personnes qu’on pourra ensuite spécialiser.

Ç’a pris des heures de discussions avec lui pour que je comprenne exactement tout ça.
Et c’était un peu ça, le problème. Il n’a pas été capable de le vulgariser comme il aurait voulu et a écrit dans une lettre qu’il m’a envoyée le 9 décembre 2022: «Mes jours sont maintenant comptés [...], je viens de gaspiller 4 ans de mon énergie à essayer de convaincre, en vain».
Je ne suis pas de son avis. L’enseignement des valeurs humaines prend une place de plus en plus importante dans l’éducation et dans le sport.
Je pense que M. Marcotte, comme durant toute sa vie, était dans le mille.
Et j'ai bien peur que les hommages plus officiels ne pulluleront pas comme il le mérite dans les prochains jours. Car M. Marcotte, aussi sympathique qu'il était, ne s'est pas toujours fait d'amis. Il pouvait être très sévère contre le gouvernement ou le milieu de sport quand il s'inquiétait de certaines décisions. Quand cela concernait la qualité de l'éducation, il se fichait pas mal des bonnes relations, de son image ou des perceptions. Il disait ce qu'il avait à dire, même si ça pouvait brusquer. Il l'a fait toute sa vie.