«Le produit est trop dilué»: celui qui a vu des milliers d’équipes pee-wee dans sa vie explique les problèmes de développement du hockey au Québec


Jessica Lapinski
Partager
En 25 ans comme directeur général du Tournoi pee-wee de Québec, Patrick Dom en a vu passer, des équipes de hockey. Des milliers, dont des québécoises, des canadiennes, des américaines, même des marocaines et des sud-coréennes. Il est donc bien placé pour identifier l’une des lacunes actuelles du développement du hockey au Québec et au Canada: «Le produit est dilué et ça se voit», a-t-il affirmé, lundi.
• À lire aussi: Tournoi pee-wee de Québec: Une victoire sud-coréenne qui va changer des façons de faire
• À lire aussi: Le Tournoi pee-wee de Québec en quête de solutions pour le stationnement
«Il y a de la place pour tout le monde, mais il faut cesser de faire plaisir à tout le monde, a ajouté M. Dom. Quand tu as 35 équipes en D1, 23 équipes de niveau AAA, le produit est dilué, et ça ne date pas d’hier. On vit les répercussions aujourd’hui. Il y a peu de Québécois au Championnat du monde junior.»

Une machine de hockey
Dans les deux dernières semaines, la Confrontation des 4 nations se déroulait parallèlement au Tournoi pee-wee. Un événement qui a été remporté par le Canada, oui, mais durant lequel la mainmise des représentants de l’unifolié sur le hockey mondial a été remise en question.
Les Américains étaient-ils devenus les grands favoris dans les compétitions internationales?
Qui plus est, un seul Québécois, Samuel Montembeault, du Canadien, portait la feuille d’érable sur son chandail, ce qui a une fois de plus alimenté les discussions sur le développement du hockey au Québec.
«Les programmes de développement aux États-Unis, ils sont vraiment ailleurs, a souligné Patrick Dom. Ça part de là. On l’a vu [dimanche, à Québec] avec les Rangers de Mid Fairfield, qui ont remporté la classe AAA. C’est une machine de hockey. Mais ça commence à cet âge-là.»
«Je l’ai dit à plus d’une reprise, a-t-il ajouté. Les meilleurs doivent jouer avec les meilleurs. Aux États-Unis, c’est le cas à 12 ans, à 16 ans, à 18 ans, puis aux Jeux olympiques.»

«Beaucoup trop d’équipes»
La victoire du Canada à la Confrontation des 4 nations a rendu M. Dom «extrêmement fier», mais il estime que la gestion du hockey au pays, dont au Québec, doit changer. «On n’est plus en 1966. On est rendu en 2025. Il faut qu’on évolue vers ce modèle-là.»
«Ici, tu as un bon joueur, deux bons joueurs par équipe, a pointé Patrick Dom. Et il y a beaucoup trop d’équipes. Mais la bonne chose, c’est que les [décideurs] en sont conscients. Aussi, on demeure une puissance, on n’est pas rendu en division 3B [du hockey international]! Il faut toutefois que des correctifs soient apportés, et je pense qu’ils vont les apporter.»
Pas qu’une question d’argent
Aux États-Unis, toutefois, on ne lésine pas sur la dépense pour réunir les meilleurs talents. Du côté des parents comme du côté des organisations. Dans certains programmes, une saison coûte plusieurs dizaines de milliers de dollars, en frais d’adhésion seulement.
Des équipes n’hésitent pas non plus à débourser afin qu’un joueur, même au début de l’adolescence, déménage d’un bout à l’autre du pays pour qu’il joigne ses rangs. Elles vont jusqu’à trouver un nouvel emploi à sa famille afin qu’elle le suive.
Les gens du Québec et du Canada ont-ils le portefeuille pour suivre le pas, si jamais pareil modèle était établi ici?
«C’est sûr qu’ils ont de l’argent de l’autre côté, a acquiescé Patrick Dom. Mais ici aussi, il y a des parents bien nantis. Sauf que je ne crois pas [que l’enjeu au Canada] en soit un financier. Je pense que c’en est un de programmes et de développement.»