Le prodige de 15 ans qui fascine la planète hockey

Anthony Martineau
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Que faisiez-vous lorsque vous étiez âgé de 15 ans?
Connor Bedard, lui, est actuellement bien installé au sommet des pointeurs de la Ligue junior de l’Ouest (un circuit composé de joueurs âgés entre 16 et 20 ans), vient d’apprendre qu’il allait représenter le Canada au Championnat mondial U18 et... est comparé par d’innombrables experts et partisans de hockey à Connor McDavid et à Sidney Crosby. Juste ça!
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En mars 2020, Bedard a vu Hockey Canada lui octroyer le statut de «Joueur exceptionnel», mention lui donnant l’autorisation d’effectuer ses débuts dans la Ligue canadienne de hockey à 15 ans. Natif de Vancouver, il a été sélectionné par les Pats de Regina dès le repêchage suivant et est donc devenu le tout premier «Joueur exceptionnel» de l’histoire de la WHL.
L’an dernier, bien rares ont été les gens qui se sont insurgés de voir le jeune homme obtenir une exemption pour évoluer dans la WHL un an plus tôt qu’à l’habitude. Après tout, Connor Bedard, alors âgé de 14 ans, venait d’exploser la Canadian Sport School Hockey League en récoltant 84 points en 36 matchs contre des adversaires parfois quatre ans plus vieux que lui.
Et si certaines personnes doutaient toujours de son potentiel, le jeune homme, une fois débarqué dans la Ligue junior de l’Ouest a pris les choses en main pour les séduire.
Quittant prochainement pour rejoindre ses coéquipiers de l'équipe nationale, Bedard a conclu sa première saison junior avec 28 points en... 15 matchs!
«C’est un joueur spécial comme on en voit que très rarement», lance sans hésiter le directeur du personnel des joueurs chez Hockey Canada, Alan Millar.
Évidemment, les performances de l’adolescent et son histoire attirent l’attention.
L’auteur de ces lignes, emballé, s’apprêtait d’ailleurs à réaliser une longue entrevue avec le jeune prodige jeudi dernier, lorsque le directeur des communications des Pats, visiblement secoué, l’a contacté pour lui annoncer que l’entretien ne pourrait avoir lieu comme prévu.
Le motif derrière ce changement de programme est aussi triste que tragique : Connor Bedard venait d’apprendre le décès de son grand-père Garth, victime d’un accident de la route.
Dave Struch, l’entraîneur-chef de Bedard chez les Pats, avoue avoir été renversé par la façon dont son attaquant a encaissé la nouvelle.
«Il est venu me voir de son propre chef, m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : "je veux jouer le prochain match. C’est ce que mon grand-père aurait voulu."
«Cette réaction est incroyable pour un joueur d’à peine 15 ans. Ça démontre sa force de caractère et son amour pour son sport.»
Ce match, Connor Bedard l’a finalement disputé. Résultat? Il a marqué les deux buts de son équipe, dont celui de la victoire en prolongation, fixant ensuite le plafond de l’amphithéâtre en guise d’hommage à son grand-père.
An OT winner for Grandpa Garth. What a tribute from Connor Bedard.#JoinTheRegiment #SubwayWHLHub pic.twitter.com/lvqeGr5NaE
— Regina Pats (@WHLPats) April 10, 2021
Incroyable, n’est-ce pas?
Incursion dans le monde d’un jeune homme qui fait (déjà) tourner bien des têtes...
«Il oblige tous les gars de l’équipe à tenter de le suivre!»
Dave Struch occupe un emploi d’entraîneur dans la WHL depuis 11 ans. Il en a vu passer, des joueurs talentueux!
Pourtant, il ne craint pas d’affirmer d’emblée que Connor Bedard fait partie des meilleurs patineurs qu’il a pu diriger. Et selon l’instructeur, l’actuel succès de son poulain est très loin de relever du hasard.
«La façon qu’il a de prendre soin de son corps à un si jeune âge... C’est déconcertant. Ce qu’il mange, comment il s’entraîne en gymnase... tout est calculé dans sa tête. Et il adore ça! Écoutez, vous devriez le voir s’échauffer avant un simple entraînement du mercredi matin. Il se donne tellement à fond dans tout ce qu’il entreprend que c’en est drôle. À 15 ans, il oblige tous les gars de l’équipe à tenter de le suivre. C’est d’une beauté à voir!
«Une fois sur la glace lors des entraînements, ce qu’il parvient à accomplir est, croyez-moi, remarquable. Son niveau d’engagement, lors d’une simple pratique, est plus élevé que celui de plusieurs gars que j’ai vu jouer à l’occasion d’un match important. C’est fou. Il parvient à exécuter les consignes et les petits jeux à un rythme très élevé, en tout temps. Tout a l’air si facile pour lui. Il n’y a tout simplement pas de demi-mesures avec Connor. Il lance chaque fois pour marquer, que ce soit lors d’un exercice de routine ou dans le cadre d’une vraie partie.»
Et cette obsession qu’entretient Bedard pour la perfection lors des entraînements a évidemment des répercussions très positives lorsqu’il dispute des matchs.
«Il appartient déjà à l’élite», lance sans détour un recruteur œuvrant pour le compte d’une équipe de l’Association de l’Ouest dans la Ligue nationale de hockey (LNH).
«Il est très impressionnant à voir jouer. Il parvient à se faufiler partout. Mais son intelligence est vraiment ce qui saute aux yeux. Après ça, quand tu combines sa compréhension du jeu et ses autres atouts, comme son lancer et son coup de patin, tu te retrouves devant un joueur extrêmement difficile à contrer. Il dicte le jeu et force les autres à s’adapter à lui. Ce n’est pas le gars qui va attendre la rondelle. C’est lui qui l’a sur son bâton... ou qui veut l’avoir.»
Alan Millar d’Hockey Canada est également charmé par l’intelligence hockey de Bedard.
«Ultimement, ce qui sépare Connor des autres joueurs, c’est son sens du jeu qui en est un de classe élite. Il sait constamment où se rendre sur la patinoire pour bien paraître et pour placer son équipe dans une situation avantageuse. J’aime aussi la façon qu’il a de repérer un coéquipier peu importe la vitesse à laquelle il patine. Il peut distribuer la rondelle aisément, même lorsque la situation devient corsée.»
The rookie Connor Bedard with a beautiful pass😳 pic.twitter.com/pu7NYheG4j
— HockeyNewsMD05 (@HockeyMD05) March 30, 2021
Amélioration fulgurante
Avant de débarquer chez Hockey Canada (où il a notamment le mandat de sélectionner et d’évaluer les joueurs canadiens en vue des compétitions internationales), Millar a occupé le poste de directeur général chez les Warriors de Moose Jaw dans la WHL jusqu’en février dernier.
Il a donc suivi de très près le cheminement de Connor Bedard dans les rangs Bantam... pour une raison bien précise.
«L’an dernier, les Warriors avaient une chance légitime de repêcher Connor via le repêchage Bantam, explique-t-il. Je m'étais donc souvent déplacé pour le voir jouer lorsqu’il avait 14 ans.»
«Cette année, j’ai eu l’opportunité de me rendre à Regina pour voir ses cinq ou six premiers matchs avec les Pats dans la WHL. En le voyant performer, j’ai tout de suite constaté à quel point il avait cheminé depuis la dernière fois où je l’avais vu jouer dans les rangs Bantam. Sa force physique semblait carrément avoir atteint un autre niveau et sa vitesse, qui était déjà impressionnante, s’était également améliorée.»
C’est d’ailleurs ce qui explique en grande partie la sélection de Bedard au sein de l’équipe nationale U18.
«De la façon dont il performe en ce début d’année, il a certainement mérité sa place avec notre groupe malgré son jeune âge. Il sera selon moi une pièce très importante du club. Après tout, il est quand même au sommet des pointeurs de la WHL! Il occupe déjà un important rôle au sein de son équipe et notre comité de sélection est convaincu qu’il saura aider Équipe Canada.»
Lorsque Millar parle de «l’important rôle» que le jeune patineur occupe chez les Pats, il ne pourrait pas vraiment dire mieux.
Souvent utilisé plus de 20 minutes par match par son entraîneur, Bedard cumule déjà les gros mandats au sein de sa formation. Et selon Dave Struch, il accomplit la plupart de ses missions avec brio.
«Ce n’est pas le cas avec tous les joueurs de cette équipe, mais Connor a le feu vert pour tenter ce qu’il veut sur la glace. Il possède assurément les atouts pour bénéficier de cette latitude. C’est un talent naturel. Il faut comprendre qu’il peut commettre des erreurs, ici. Nous vivons avec cela et nous sommes conscient que ça fait partie des risques de donner carte blanche à un joueur de 15 ans. Mais il n’en commet pas beaucoup! Et quand il se fait prendre, il apprend rapidement à ne plus retomber dans le même piège.»
L’instructeur poursuit :
«Entraîner Connor est un privilège. Tous les entraîneurs sans exception donneraient beaucoup simplement pour avoir l’occasion de le diriger. Mon travail avec lui n’est pas très compliqué. Je ne fais que lui donner des opportunités de briller.»
Pas de complexes face aux plus gros
À 5 pieds 9 pouces, Connor Bedard n’est certainement pas le plus gros sur la patinoire. S’il faut évidemment prendre en considération que son développement physique n’est pas encore achevé, les différents intervenants sondés dans le cadre de ce reportage sont unanimes : le jeu robuste de l’Ouest n’est vraiment pas un problème pour l’habile droitier.
«C’est sûr que ce n’est pas le plus gros sur la patinoire, mais il est déjà très fort sur ses patins. De toute façon, son intelligence du jeu lui permet de savoir quand il doit se rendre dans la circulation lourde. Il ne se rend pratiquement jamais vulnérable», analyse le recruteur de la LNH.
«Évidemment, certains de nos adversaires tentent de le déranger en jouant physique avec lui. Connor a dû s’ajuster à cette réalité. Il affronte parfois des gars de 20 ans, après tout! Mais il a vraiment su trouver sa niche et se fondre à une nouvelle façon d’approcher ses matchs», spécifie son entraîneur.
Et pour ce qui est de son jeu sans la rondelle? La question mérite d’être posée, surtout lorsqu’on entend les différents entraîneurs de la LNH répéter sans cesse la pertinence d’être efficace défensivement et sur l’échec-avant.
«Même s’il n’a pas souvent joué sans la rondelle dans sa jeunesse en raison de son grand talent, il parvient quand même à réaliser de bons jeux sans celle-ci. Bien sûr, il reste du travail à faire à cet égard, mais c’est tout à fait normal. Nous tentons de le guider du mieux que nous le pouvons, mais ce n’est pas difficile. Connor est très réceptif et surtout, il veut lui-même améliorer cet aspect de son jeu. Il pose beaucoup de questions. Il sait que c’est important pour graduer», mentionne Dave Struch.
Le recruteur de la LNH abonde dans le même sens.
«Évidemment, un joueur aussi talentueux que lui doit peaufiner son jeu défensif. Mais il est tellement engagé et compétitif qu’il n’aura aucun problème à ajouter cette corde à son arc. Ses replis défensifs sont déjà extrêmement rapides et efficaces...»
Le zoo médiatique
L’engouement que suscite l’arrivée de Connor Bedard dans la WHL n’est pas sans rappeler celui généré par Sidney Crosby en 2005 du côté de Rimouski. Rappelez-vous à quel point tous les médias se l’arrachaient...
La demande médiatique, précise Dave Struch, est également immense concernant Bedard.
«Parfois, nos journées de congé sont entièrement réservées à la gestion des entrevues concernant Connor. Mais avec la réalité de la COVID-19, nous devons procéder par téléphone, donc ça rend les choses un peu plus simples. Disons toutefois que nous tenons un calendrier bien établi pour tout ce qui touche Connor!»
Et ceux qui craignent que le jeune homme devienne imbu de lui-même avec toute cette attention peuvent se rassurer.
«Il y a un respect mutuel. Connor est un jeune homme très humble qui comprend l’importance d’un environnement sain. Il est vraiment du genre à vouloir passer inaperçu... Sauf sur la glace! Dans sa tête, il est un petit gars comme les autres qui ne veut que s’amuser. À l’inverse, les gars de l’équipe comprennent que Connor est un joueur spécial qui est très souvent sollicité par les médias. Mais Connor n’entre pas dans le vestiaire en se disant qu’il est plus important qu’un autre.»
Le prochain Connor McDavid?
Évidemment, les performances et statistiques phénoménales de Connor Bedard l’ont très rapidement fait entrer dans le jeu des comparaisons.
En ne regardant que les chiffres, il est effectivement facile de s’emporter.
À 15 ans, la moyenne de points par match de Connor McDavid, dans la OHL, avait été de 1,06. Au même âge, Bedard, lui, vient de terminer sa saison avec un ratio de 1,87 points par partie, le plus haut de l’histoire de la WHL pour un joueur de moins de 17 ans. L’écart est quand même considérable...
Toutefois, il faut prendre note que la moyenne de Bedard, aussi fantastique soit-elle, a été établie sur 15 matchs (il quitte pour le Championnat du monde U18 et ratera le reste de la saison), alors que celle de McDavid l’a été sur 63 parties. Et comme on dit, une saison ne fait pas une carrière, alors demeurons raisonnables pour l’instant.
L’entraîneur de Bedard est d’ailleurs assez clair sur le sujet.
«La seule chose que nous lui ayons dite au sujet des comparaisons avec McDavid, c’est de ne pas s’occuper de ça et de devenir la meilleure version de lui-même, tout simplement. On sait tous qu’il a un talent unique. Déjà, à 15 ans, il s’entraîne avec certaines vedettes de la LNH et a des contacts réguliers avec elles. Mais il doit penser en fonction de de qui il est et non pas en fonction du joueur à qui les gens voudraient qu’il ressemble. Les comparaisons, c’est pour les médias et les partisans. Ça n’intéresse pas vraiment Connor.»
Pour Alan Millar, le talent de Bedard ne fait aucun doute. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle il ne veut pas tomber dans le jeu des comparaisons. Il préfère, dit-il, laisser le futur parler de lui-même.

«Écoute... Connor a 15 ans et trône au sommet des pointeurs de la WHL devant Peyton Krebs, un joueur de 19 ans qui a été repêché en première ronde par les Golden Knights en 2019. C’est impressionnant.
«Je ne veux pas mettre sur un joueur comme Connor la pression de dire qu’il pourrait devenir un Sidney Crosby ou un Connor McDavid, mais ses débuts dans la WHL ont de quoi épater et il aura assurément l’occasion de devenir un joueur spécial dans le futur.»
Connor Bedard sera admissible au repêchage LNH de 2023. Il dispose donc de deux autres saisons pour continuer d’émerveiller la ville de Regina... déjà à ses pieds depuis un bon moment.