Le prix de l’essence va-t-il monter en raison du conflit en Iran?
Pierre-Olivier Zappa
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Chaque semaine, le chroniqueur économique Pierre-Olivier Zappa répond aux questions touchant la consommation et les finances personnelles.
QUESTION DE MICHAEL BEAUPRÉ : Pierre-Olivier, à chaque crise au Moyen-Orient, on nous prédit le pire pour les prix de l’essence. À quoi doit-on s’attendre cette fois-ci avec la guerre en Iran ?
Michael, on doit s’attendre à beaucoup de perturbations en début de semaine sur les marchés ! Avant même que les marchés rouvrent, les analystes anticipaient une hausse du prix du brut de 5 à 15 % dès l’ouverture.
Le baril de Brent avait déjà grimpé de plus de 20 % depuis le début de l’année, en anticipation de cette guerre en Iran. Il se vendait 73 $ vendredi soir. Ce pourrait n’être que le début.
À la pompe, ça donne quoi concrètement ? Si le baril atteint 100 $, scénario que plusieurs experts jugent plausible, préparez-vous à payer entre 20 et 30 cents de plus le litre. Sur un plein de 60 litres, c’est 12 à 18 $ de plus à chaque arrêt à la station.
Si les prix grimpent à 120 $ et s’y maintiennent, ce serait un coup très dur pour l’économie mondiale. Les analystes de Barclays estiment que chaque tranche de 10 $ supplémentaire peut amputer la croissance économique de 10 à 20 points de base sur 12 mois.
Gardez en tête que le pétrole, c’est la colonne vertébrale du coût de presque tout. Ce n’est pas juste votre essence... C’est le transport de vos marchandises, la fabrication de vos produits ou le chauffage de vos bâtiments. Des économistes estiment qu’un baril à 100 $ pourrait faire bondir l’inflation américaine de 2,4 % à plus de 4 %.
Le robinet iranien
Pourquoi une guerre en Iran ferait bondir le prix du pétrole ? Pas parce que l’Iran est un énorme producteur... c’est moins de 3 % de l’offre mondiale. Le vrai nerf de la guerre, c’est la logistique.
Laissez-moi vous expliquer avec une image simple. Il existe, à l’autre bout du monde, ce corridor maritime de 50 kilomètres de large : le détroit d’Ormuz. Ce détroit, c’est le robinet de la planète. Par ce couloir qui longe la côte iranienne circule un baril de pétrole sur cinq dans le monde entier. C’est 21 millions de barils par jour, chaque jour, sans interruption.
En fin de semaine, ce robinet s’est presque fermé. Deux pétroliers ont été touchés par des missiles. Des dizaines de navires se sont immobilisés à l’entrée du détroit, en attendant de savoir si c’était sécuritaire de passer. Même sans fermeture totale, les perturbations pourraient coûter cher.
Un gros choc
Les pays producteurs pourraient-ils ouvrir les vannes pour calmer tout le monde ? C’est exactement ce que l’OPEP+ a essayé de faire en fin de semaine. Le groupe mené par l’Arabie saoudite a annoncé une hausse de production de 206 000 barils par jour dès avril.
Mais c’est nettement insuffisant. 206 000 barils supplémentaires par jour face à un détroit qui en transporte 21 millions ? C’est comme appliquer un diachylon sur une plaie ouverte !
Puis, rappelons que cette guerre arrive au pire moment : les tarifs douaniers de Trump ont déjà ébranlé les chaînes d’approvisionnement, les marchés boursiers sont sous pression, et la confiance des entreprises est dans les talons. Ça fait beaucoup de chocs en même temps !
Perturbations
Les perturbations économiques ne se limitent pas au prix du baril. Cette semaine, voici ce qu’on devra surveiller.
Les trois plus grandes compagnies de transport maritime au monde, MSC, Maersk et CMA CGM, ont suspendu leurs services dans le Golfe. Ces trois sociétés transportent ensemble une part énorme des biens de consommation qui atterrissent dans nos magasins.
Les ports, eux aussi, ferment les uns après les autres. Jebel Ali, à Dubaï, l’un des ports à conteneurs les plus achalandés de la planète, a suspendu ses opérations après qu’un incendie a éclaté dans ses installations.
Puis, si vous avez un vol prévu dans les prochains jours, vérifiez votre itinéraire dès maintenant. Dubaï, l’aéroport le plus achalandé au monde, est fermé, tout comme ceux de Doha et d’Abu Dhabi. Près de 2000 vols ont été annulés samedi, et plus de 1500 autres dimanche.
Air Canada, Emirates, Qatar Airways, British Airways... toutes ont suspendu ou réduit sérieusement leurs opérations dans la région. Les effets de ce cafouillis mondial se feront sentir pendant plusieurs jours.
La grande question des marchés cette semaine : combien de temps Trump laissera durer ce conflit ? Historiquement, il privilégie les opérations militaires rapides. Une guerre prolongée avec l’Iran irait directement à l’encontre de trois de ses priorités affichées : être le « président de la paix », éliminer l’inflation, et faire descendre l’essence à deux dollars le gallon.