Le possible «dernier honneur» de Gaétan Boucher... et celui auquel la légende s'attendait le moins


Jessica Lapinski
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Gaétan Boucher ne pensait pas être un jour honoré par l’organisation d’une compétition à laquelle il a « probablement terminé dernier » il y a 55 ans, à Saskatoon.
« C’est sans doute pour le reste de ma carrière que je reçois cet honneur, mais je trouve ça le fun. [...] Aux Jeux du Canada, j’avais 12 ans. Je n’étais pas parmi les médaillés, j’étais un simple participant », évoque le légendaire patineur de vitesse.
Boucher, la hockeyeuse Hayley Wickenheiser, le joueur de basketball en fauteuil roulant Patrick Anderson et la cycliste Catharine Pendrel sont les athlètes de haut niveau qui ont été intronisés au Hall d’honneur des Jeux du Canada, hier, à Québec.

Premier athlète masculin canadien à décrocher l’or olympique aux Jeux d’hiver, Boucher garde peu de souvenirs de sa participation aux Jeux du Canada, à l’aube de son adolescence.
En fait, il garde surtout peu de souvenirs des épreuves auxquelles il a participé.
« À l’époque, je patinais contre des adversaires de 18 ou 20 ans, relate-t-il. J’en avais 12. Je me souviens juste d’une course et j’avais probablement terminé dernier ! »
Mais il se souvient que les Jeux du Canada, « c’était tellement le fun ».
À l’époque, le petit Gaétan ne se doutait pas de la carrière qui allait suivre, des deux titres olympiques qu’il allait décrocher sur 1000 et 1500 m, à Sarajevo, en 1984, en plus des deux autres médailles qu’il allait rafler aux Jeux.
Tentes et distributrice de Coke
Non, le petit Gaétan était plutôt impressionné par la distributrice de boissons gazeuses qui était mise à la disposition des jeunes participants et à partir de laquelle ils pouvaient se servir gratuitement.
« À cet âge, on est impressionné par pas grand-chose ! se moque-t-il. J’avais aussi échangé mon chapeau contre une très longue tuque. »
Plus de cinq décennies ont passé et Boucher est à même de constater à quel point l’événement que Québec accueillera, l’an prochain, a changé depuis sa propre participation.
Le natif de Charlesbourg, désormais établi sur la couronne nord de Montréal, le voit aussi de l’intérieur, puisqu’il est impliqué au sein du comité organisateur de Mirabel, qui souhaite recevoir les Jeux du Canada en 2031.
« C’était très rudimentaire. On dormait dans des tentes de type militaire, se souvient-il. Nos lits, c’étaient des matelas installés sur des briques et parfois, quand on revenait, quelqu’un avait fait une blague en enlevant une des briques. »
« Les deux extrêmes »
Officier de l’Ordre du Canada, Chevalier de l’Ordre national du Québec, Gaétan Boucher croit que cet honneur est peut-être le dernier qu’il recevra.
« C’est selon moi le dernier honneur, mais c’est la première grosse compétition à laquelle j’ai pris part. C’est bizarre, ce sont les deux extrêmes. [...] Ça doit m’avoir mené à d’autres expériences. »
▶ Outre les quatre athlètes mentionnés plus haut, Colette Bourgonje, qui a fait évoluer l’entraînement des para-athlètes, a été intronisée à titre de bâtisseuse. Carol Anne Chénard a reçu l’honneur à titre d’ancienne distinguée.
Le rêve complexe d’organiser les Jeux olympiques à Québec
Gaétan Boucher rêve encore de voir des Jeux olympiques se tenir à Québec, la ville qui l’a vu grandir. Le champion émet toutefois rapidement un bémol : « Mais... c’est rendu tellement gros, les Jeux ».
Double médaillé d’or olympique en patinage de vitesse sur longue piste, la légende de 68 ans n’est pas en faveur de la décentralisation des Jeux.
Un phénomène que l’on a vu à Milan, il y a quelques semaines, alors que certaines épreuves étaient disputées à sept heures de là, dans les montagnes.
Décentralisation extrême
Cette décentralisation risque d’être poussée à l’extrême en 2030, alors que les Jeux se tiendront dans les Alpes françaises.
« Ils n’ont pas d’anneau de glace, soulève-t-il. On évoque Turin [en Italie] ou les Pays-Bas. Les Pays-Bas, c’est la meilleure place pour le patinage de vitesse, mais je suis contre la décentralisation parce que les athlètes ne se côtoient pas. »
« Ça devient un peu comme une Coupe du monde », illustre Boucher.
Manque d’installations
À Québec, c’est un peu le contraire, souligne l’olympien.
« On a un anneau de glace, mais on manque d’installations. »
Ce qui est regrettable puisqu’à ses yeux, Québec est une ville d’hiver « qui serait l’endroit idéal » pour recevoir les Jeux.
Quant à la question du financement du sport au Canada, qui a notamment été dénoncé par son contemporain Laurent Dubreuil dans une chronique publiée dans Le Journal, Boucher croit que des solutions seront trouvées pour venir en aide aux athlètes.
« À mon époque, Sport Canada couvrait tout. On ne s’occupait de rien. Mais les équipes étaient beaucoup plus petites, explique-t-il. Il n’y avait pas autant de personnel de soutien, de thérapeutes du sport, d’entraîneurs. »
« Mais je ne pense pas qu’on aura de problème à long terme. »