Le plus meilleur pays du monde


Marc de Foy
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BOSTON | On y est enfin. Ce n’est pas trop tôt. Après une pause de deux jours, la table est mise pour la finale de la Confrontation des 4 nations entre le Canada et les États-Unis.
L’ambiance est différente dans les deux camps. Les joueurs canadiens sont toujours aussi flegmatiques. Vous n’obtiendrez jamais de grandes déclarations de Sidney Crosby, Nathan MacKinnon et Connor McDavid.
Les trois se prêtent au jeu des entrevues, mais le ton est monocorde. Ils emploient la ligne de parti, ils ne sortent pas des sentiers battus. On est très loin de l’époque où le hockey regorgeait de personnages colorés. Aujourd’hui, on trempe dans un environnement essentiellement aseptisé.
Heureusement, il y en a encore qui s’expriment haut et fort et qui parlent avec leurs tripes. On n’est pas obligé d’être d’accord avec leurs propos ou leur position, mais on sait ce qu’ils pensent.
La chance d’une vie
Matthew Tkachuk est de cette race. Personne n’a mieux exprimé les émotions qui l’animaient à la veille de la rencontre entre les Canadiens et les Américains.
«Ça va être un match incroyable!» a-t-il lancé d’entrée de jeu.
«On va jouer dans un environnement qui nous favorisera. Des millions d’Américains vont nous appuyer, mais on ne tient rien pour acquis.
«Une victoire pourrait mener à la création d’une nouvelle génération de joueurs américains. Je pense aux enfants qui nous regarderont et qui rêveraient d’être à notre place un jour.»
Tkachuk considère cette finale comme la chance d’une vie.
«Nous avons la chance de représenter notre pays représenté sur une grande scène, a-t-il continué.
«On est les plus chanceux au monde d’être Américains.»
Je pensais que c’était nous, Canadiens, qui habitaient le plus meilleur pays du monde. N’est-ce pas ce que Jean Chrétien nous a déjà dit?
On reconnaît dans les commentaires de Tkachuk le patriotisme typique américain. Sa mère a beau être originaire de Winnipeg, où elle a épousé son père, Keith, qui portait les couleurs de la version originale des Jets, la famille est américaine avant tout.
Matthew et Brady ne joueront jamais pour le Canada, même si les règles leur en donneraient le droit. Leurs racines sont aux États-Unis.
Donald Trump serait fier de savoir que Matthew porte le drapeau étoilé sur son cœur. À propos, le président n’assistera pas à la grande confrontation au TD Garden. Pas besoin de dire que ça aurait créé toute une commotion s’il s’était pointé.
Pour Johnny Gaudreau
On sait aussi que la délégation américaine a dédié ce tournoi au regretté Johnny Gaudreau, qui a perdu la vie tragiquement peu avant l’ouverture des camps d’entraînement en septembre. On pouvait voir son chandail suspendu dans un casier du vestiaire américain mercredi, lui qui aurait sûrement fait partie de la formation.
Une victoire des États-Unis augmenterait la pratique du hockey chez les jeunes Américains, croit Tkachuk. Le mouvement est en marche depuis la conquête de la médaille par la bande de collégiens dirigée par Herb Brooks aux Jeux olympiques de 1980, à Lake Placid.
En 1996, l’équipe américaine remportait la première édition de la Coupe du monde. Je revois encore l’entraîneur Ron Wilson et son adjoint Tim Army sauter sur la glace en tenue civile, une dizaine de jours plus tard, avant une séance d’entraînement des Mighty Ducks d’Anaheim, au Centre Molson.
Wilson nous avait expliqué en riant qu’il n’avait pas eu le temps de célébrer sa victoire contre les Canadiens par manque de temps.
C’est que, deux jours plus tard, il était de retour en Californie pour diriger son équipe en match préparatoire.
Les membres de l’équipe américaine aimaient remettre ce triomphe sous le nez des journalistes canadiens. Même si le ton était léger, on savait bien qu’au plus profond d’eux-mêmes, ils s’en faisaient un point d’honneur et c’est bien correct.
Le grand calme
On ne sent rien de tout ça chez les Canadiens.
Personne n’a voulu embarquer là-dedans lors des points de presse de mercredi. Même Brad Marchand, qui n’a pas la langue dans la poche habituellement, s’est gardé de faire des vagues quand je l’ai questionné à ce sujet.
C’était motus et bouche cousue.
Les membres de la bande à Crosby se délieront-ils la langue s’ils l’emportent?
Ils se diront heureux de la victoire, tout en rendant hommage aux Américains.
C’est la mentalité canadienne.