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Le plus grand défi de Guillaume Cyr

La saison 2 de «MR BIG» est disponible sur illico+.

Patrick Delisle-Crevier

2026-05-28T10:00:00Z

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Guillaume Cyr a le vent dans les voiles : il est en ce moment dans des séries telles que Mr Big, Vitrerie Joyal et Bellefleur, et sera prochainement dans Angles morts. Il nous parle de sa carrière, de son rapport à son corps, de son rôle de père et de sa rencontre avec sa douce moitié.

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Guillaume, comment vas-tu ?

Je vais très bien. En ce moment, je suis grisé par plein de beaux projets, dont Vitrerie Joyal, que nous sommes allés présenter en France dans le cadre du festival Séries Mania. L’accueil a été incroyable ! Sinon, je tourne présentement dans Angles morts, une nouvelle série de Jacques Davidts qui est réalisée par Rafaël Ouellet. Je joue avec Mani Soleymanlou et Pier-Luc Funk, et l’action se déroule dans un univers à mi-chemin entre Série noire et C’est comme ça que je t’aime. Mani joue un médecin spécialisé dans l’aide médicale à mourir, Pier-Luc, un ex-policier, et moi, un notaire. Nos personnages se retrouvent les deux pieds dans le crime.

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Bellefleur, MR BIG, Vitrerie Joyal, Angles morts: je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, tu me disais manquer de travail. La situation a changé...

Oui, c’est fou ! J’ai compris que ça faisait partie du métier de se retrouver pendant six mois à ne rien faire et de cumuler ensuite les rôles. Mais, oui, je suis très content de travailler et je suis loin de me plaindre ! Ce métier, c’est ce que j’ai toujours voulu faire dans la vie. J’ai la chance de pouvoir le faire en grand, et je suis très reconnaissant et heureux de tout ça.

Est-ce que le chemin pour parvenir à bien gagner ta vie a été difficile ?

C’est drôle, parce que quand j’étais à l’école de théâtre, je me disais que je me donnais cinq ans pour m’établir dans le milieu. Finalement, ça m’en aura pris 10, mais je réalise que ça a somme toute bien été. Ç’a été plus long, mais j’ai l’impression d’avoir placé mes pions un à un. J’ai vraiment commencé au bas de l’échelle. En début de carrière, j’ai joué dans un film français qui avait pour titre Nos jours heureux et qui mettait en vedette Omar Sy, entre autres. Mais ça n’a pas eu l’effet escompté et je n’ai pas eu une grande carrière en France.

Aurais-tu aimé ça ?

Oui, c’est certain, mais ça n’a pas eu lieu. Ça revient tranquillement dans mes plans, puisque mon agent vient de créer un partenariat avec une agence en France. On dirait que les Xavier Dolan et Monia Chokri ont réussi à créer une espèce de pont entre le Québec et la France, et tant mieux si ça aide des Québécois comme moi à décrocher des rôles là-bas. Mais je ne précipite rien et je ne mets pas pour autant ma carrière en jeu au Québec.

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Tu as dit que tu t’étais donné cinq ans pour que ta carrière décolle. Qu’aurais-tu fait si ça n’avait pas fonctionné ?

Je n’aurais rien fait d’autre, je pense. J’espérais tellement que ça débloque et que je puisse m’établir ! Heureusement que ça a fonctionné, parce que je ne me serais pas vu faire quoi que ce soit d’autre. Je me dis que j’aurais pu être professeur, mais quand je vois le climat en enseignement aujourd’hui, je me dis que non.

Comment est née cette envie de faire ce métier chez toi ?

Ça semble cliché, mais ç’a été un coup de foudre pour moi quand j’étais en secondaire 3. Dès que je suis allé voir une pièce de théâtre, j’ai eu un éclair : j’ai écouté la pièce pendant les 10 premières minutes et ensuite, je ne comprenais plus rien tellement je ne pensais qu’à faire ça à mon tour. Je voulais savoir quel chemin il fallait prendre pour faire ce métier.

As-tu craint d’être désavantagé par ton casting plutôt imposant ?

Oui, c’est certain que j’y ai pensé, et je dirais que c’est tout à la fois. Je me souviens qu’à l’école de théâtre, c’était ma bataille d’accepter ce dont j’avais l’air. Sans tomber dans la psycho pop, je dirais que c’est encore une bataille pour moi aujourd’hui. Parfois, j’arrive et j’ai une proposition unique en audition à cause de mon gabarit. Mais d’autres fois, je peux être mis de côté parce que je suis trop baraqué pour le rôle. Ma charpente me sert parfois, elle me nuit à d’autres moments, et je dois l’accepter. J’assume que je vais devoir négocier avec ça dans ma carrière. Mais c’est d’autant plus une fierté de montrer ma polyvalence et d’aller jouer un personnage qui représente l’autorité et qui fait peur, comme dans MR BIG, et de jouer une petite souris fragile dans Vitrerie Joyal. Je me souviens de ma première rencontre avec mon agent : je lui avais dit que je ne voulais pas faire des rôles de portier.

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As-tu déjà voulu changer ton casting en perdant du poids ?

Oui, je veux changer mon apparence depuis l’adolescence. Mais c’est la bataille d’un gars en surpoids dans une société qui marginalise les gens avec un surplus de poids. Je trouve qu’on est dans une époque hypocrite, parce qu’on applaudit la diversité corporelle, mais en même temps, l’extrême maigreur redevient à la mode. On se donne bonne figure en disant : « Vive la diversité corporelle ! », mais rien ne change vraiment. Si je donne l’impression que je suis bien dans ma peau, que j’assume ma charpente, c’est parce que je suis bon comédien.

Si je te dis que j’ai une baguette magique qui te fait perdre 120 lb demain, tu dis oui ?

Oui, et je t’embrasse ! (rires) C’est certain que je dirais oui. En ce moment, c’est la folie avec Ozempic et Wegovy, mais je n’en prends pas parce que j’ai peur des injections. Sinon, je le ferais sûrement. J’ai dû perdre 50 lb pour jouer dans le film Louis Cyr, et c’est la chose la plus difficile que j’ai eue à faire de ma vie. Je devais manger cinq repas de viande par jour et ne pas toucher à un seul fruit parce que c’était du sucre. J’ai tellement fait de régimes depuis que je suis jeune ! Ça ne fonctionne pas, et plus le régime est drastique, moins ça fonctionne. L’important dans tout ça, c’est que je ne suis pas malheureux dans mon corps.

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Tu joues dans plusieurs séries en ce moment, mais ta palette de jeu est tellement large qu’on oublie que c’est le même comédien...

Ç’a été mon plus grand défi et ça me fait plaisir que tu le soulignes. Lorsqu’on me dit qu’on ne me reconnaît pas d’un rôle à l’autre, c’est pas mal le plus grand compliment qu’on peut me faire, moi qui suis si facilement reconnaissable dans la vie à cause de ma charpente.

On te voit en ce moment dans Vitrerie Joyal. Parle-moi de ton personnage.

J’incarne Alain, un vendeur de vitres qui ne l’a juste pas et qui n’arrive pas à boucler une vente. Ce rôle est un cadeau bonbon pour moi, dans le sens où Amazon me connaissait déjà par la série The Sticky. Je pense que ça m’a aidé à décrocher le rôle, et c’est tant mieux, car The Sticky, c’est ma plus grande peine d’amour à vie. Cette série-là aurait dû continuer. Mon personnage dans Vitrerie Joyal est un plaisir à jouer et j’aime l’idée qu’a eue Guillaume Lonergan, le réalisateur, de me raser la barbe en entier ; ça marque un changement dans mon visage. Jouer avec cette belle gang de fous là, ç’a été un plaisir.

Tu dis que The Sticky est ta plus grande peine d’amour. Pourquoi ?

Parce que cette série-là a été débranchée après une seule saison, et elle méritait pourtant d’avoir une suite. Ce projet a été tellement fantastique pour moi que j’ai du mal à m’en remettre, et je ne blague pas. Ç’a été un maudit beau rêve pour moi de jouer dans une telle série ! Pourtant, je sais que, dans une carrière, ça arrive qu’une série n’ait pas droit à une deuxième saison. Mais cette série-là, j’y ai tellement cru ! J’étais cette fille qui tombe amoureuse d’une rockstar et qui oublie tous les trous de cul qu’elle a connus avant. Il faut dire que les Américains sont bons pour te gonfler la balloune et te vendre du rêve. Même Jamie Lee Curtis ne comprend pas pourquoi la série n’a pas été renouvelée ! Je dois donc faire mon deuil. Mais j’étais tellement fier de faire partie de cette série-là, c’était un autre de mes rêves de ti-cul de jouer avec des vedettes américaines et je me pinçais chaque jour du fait de jouer avec Jamie Lee Curtis. Ç’a été le rêve hollywoodien, puis il s’est éteint.

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Rêves-tu encore d’une carrière américaine ?

J’ai cru que je touchais à mon rêve avec The Sticky, puis la balloune s’est dégonflée. En ce moment, avec tout ce qui se passe, je n’ai pas trop envie d’aller aux États-Unis. De plus, on dirait que ma vie est tellement ici en ce moment, avec les enfants, l’école et mes projets, que je ne pense pas trop à ça pour l’instant. C’est certain que je souhaite que ça m’arrive à nouveau un jour d’être dans une belle bulle comme celle-là. Mais je ne me vois pas déménager à Los Angeles pour autant.

Et qu’en est-il de ton personnage dans MR BIG?

Ce rôle-là, c’est un fantasme que j’avais de jouer un tel personnage, car j’adore les séries policières. Jouer dans MR BIG, ça me rend heureux. Je voulais jouer dans une telle série depuis longtemps, mais je me disais qu’avec mon gabarit, on ne penserait jamais à moi pour jouer un policier. Mais finalement, ce rôle est arrivé et j’en suis ravi. C’est vraiment un rêve qui se réalise.

Un rôle qui est très important pour toi, c’est celui de papa...

Oh oui, même que je m’y plais quand je suis en période plus calme et que je suis papa à la maison. Je voulais absolument avoir des enfants depuis que je suis très jeune. Mon père était un homme au foyer et c’est ma mère qui allait travailler. C’était complètement à l’inverse des autres enfants de ma génération, mais j’ai eu la chance d’avoir un modèle masculin très présent et bienveillant, et surtout très aimant, tout ça dans une région hyper patriarcale, en Beauce. Quand j’ai rencontré ma blonde, ç’a vite été clair pour nous deux et on a quasiment eu à appuyer sur les freins pour ne pas avoir d’enfant rapidement.

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Vouliez-vous plusieurs enfants ?

Je dis tout le temps que j’en voulais trois jusqu’à tant que j’en aie un. (rires) Finalement, j’en ai eu deux. J’adore être père, mais je crois que le propre d’être parent, c’est de se sentir un peu coupable, parce qu’on souhaite toujours être meilleur. Mais je pense que je fais du bon boulot, même si j’ai de la facilité à me trouver trop impatient. Si je ne suis pas trop sévère envers moi-même, je pense que je me donnerais une note de 8 sur 10.

Tu m’as déjà dit que ta blonde et toi mettiez tous les deux les œufs dans le même panier. Explique-moi ça ?

Ma blonde travaille également dans le métier, mais derrière la caméra. Nous sommes donc tous les deux pigistes. Nos enfants sont encore jeunes, notre fille, Vivianne, a 6 ans, et notre fils, Edmond, en a 11. Quand nous tournons les deux en même temps, c’est un casse-tête sans nom pour ma blonde et moi.

Parle-moi de ta rencontre avec ta blonde.

C’était en janvier 2013. Elle travaillait comme première assistante sur l’émission 1,2,3... Géant, dans laquelle je jouais le géant. Lors de la première journée de tournage de la saison, je suis arrivé à l’avance et c’était la seule qui était déjà en studio. Je savais qu’elle était amie avec Mirianne Brûlé, alors le soir même, j’ai écrit à Mirianne pour lui demander qui était cette fille qui ne m’avait pas laissé indifférent. Le plus drôle, c’est qu’au même moment, ma blonde a fait la même chose. Nous sommes ensemble depuis.

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En terminant, quels sont tes projets dans les prochaines années ?

Je veux écrire une série dans laquelle je vais jouer le rôle principal. Ce que je peux dire pour le moment, c’est que ce serait un thriller beauceron. Je veux écrire plus et créer mes propres projets. J’aimerais un retour au cinéma, aussi. Je vais aussi faire du théâtre en jouant Galilée, dans La vie de Galilée de Bertolt Brecht. Ce sera un beau défi de jouer ça. Je suis content, et quand j’y pense, j’ai une maudite belle carrière !

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