L’athlète le plus fascinant et incompris au monde
C’est un futur membre du Temple de la renommée au baseball, mais il aurait préféré travailler dans la tonte de gazon


Jean-Nicolas Blanchet
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C’est un futur membre du Temple de la renommée au baseball, mais il aurait préféré travailler dans la tonte de gazon; c’était un prodige au tennis, mais il trouvait ça plate, il joue la normale au golf, tant qu’il peut jouer nu-pieds: à 39 ans, Zack Greinke en est à ses derniers miles dans le baseball majeur et il reste donc peu d’occasions de voir à l’œuvre ce lanceur qualifié de bizarre, d’incompris, de détestable et de socialement malhabile, très malhabile.
Dans mon livre, Greinke est l’athlète le plus fascinant et incompris de la planète. Si vous n’êtes pas d’accord, attendez la fin de ce texte pour vous prononcer.
Il souffre d’anxiété sociale, ce que le ministère de la Santé définit comme «la peur associée à certaines situations de performance où il pourrait se sentir observé, embarrassé, humilié, rejeté ou préoccupé par le jugement des autres». Imaginez vivre tout ça et devoir travailler devant 30 000 personnes assises dans les estrades.
Greinke est arrivé dans le baseball majeur il y a 19 ans. Replacez-vous à cette époque. Il n’y avait pas la même sensibilité du public concernant l’anxiété. Greinke était donc surtout considéré comme un être humain bizarre et haïssable.
Mais au fil des ans, les fans se sont mis à mieux comprendre les enjeux de santé mentale de Greinke. Il est passé de bizarre à attachant, de détestable à solitaire, d’anormal à érudit.
Maintenant, quand des fans lui crient qu’il souffre d’anxiété, ils sont expulsés des stades. En 2004, tout le monde se gâtait sans gêne pour l’écœurer.
Voici ce qui a fait de lui, durant 19 ans, un athlète si unique:
- En 2004, il évolue dans le club-école AAA des Royals. Son gérant lui annonce qu’il est promu dans les ligues majeures. Il réfléchit longuement et répond en demandant s’il est possible de plutôt l’envoyer dans un niveau inférieur afin qu’il ne soit plus un lanceur, mais plutôt un joueur d’arrêt-court. Il explique qu’il deviendra un bon joueur d’arrêt-court. Le gérant peine à comprendre sa réaction, et lui dit qu’il réalisera son rêve en allant dans les majeures comme lanceur. Greinke répond sèchement: «D’accord».
- En 2005, il est considéré comme le plus bel espoir du baseball. Choix de première ronde, il domine à ses débuts. Mais ça devient difficile à sa deuxième année. On lui diagnostique de l’anxiété sociale et une dépression. Il a raconté qu’il a songé à tout abandonner pour lancer une compagnie de tonte de gazon, car il aime tondre le gazon et pourrait gérer ses horaires. Il pense aussi à devenir golfeur professionnel. Mais, même s’il joue la normale, et nu-pieds, il ne voit pas l’utilité de jouer au golf, car il n’est pas assez bon pour gagner sa vie avec ce sport. Plus jeune, il était un des meilleurs joueurs de tennis aux États-Unis, mais il trouvait ça stressant et pas si agréable. Greinke reviendra finalement dans le baseball après avoir consulté des professionnels de la santé pour ses problèmes et il recommencera à dominer.
- En 2005, son équipe, les Royals, est pourrie. Greinke va voir ses entraîneurs et leur dit que ce n’est pourtant pas difficile de frapper. Lui ne fait que lancer, car un frappeur désigné le remplace quand c’est son tour. Mais un soir, il a la chance de se présenter un bâton et réussira... un coup de circuit, les yeux fermés. Vraiment! LES YEUX FERMÉS. Greinke s’est imposé comme un des meilleurs lanceurs au bâton de sa génération. En 2013, il a frappé pour ,328 avec les Dodgers. Il a claqué 9 circuits en carrière et a remporté deux bâtons d’argent, remis au meilleur frappeur à sa position.

- Quand Greinke s’est joint à l’équipe de l’Arizona en 2016, il y avait des ajouts singuliers dans son contrat, dont 10 tonnes de guacamole de qualité. À l’époque, il avait créé une controverse en dénonçant que l’extra de guacamole dans la chaîne de restaurant Chipotle avait monté de 30 cents: «1,50$, c’est déjà cher pour du guacamole. Donc, ils montent ça à 1,80$ et donc je ne vais plus jamais prendre de guacamole à ce restaurant. Ce n’est pas par rapport au guacamole, je ne veux juste pas les laisser gagner», avait-il dit aux médias, candidement. Greinke a empoché 330 M$ dans sa carrière, mais il a souvent illustré qu'il avait une relation particulière avec l'argent. Les D-Backs lui ont offert aussi une copie Blu-ray du film À l’ombre de Shawshank puisqu’il avait déjà mentionné, le plus sérieusement du monde, à des journalistes qu’ils n’avaient pas le droit d’écrire sur lui s’ils n’avaient pas vu ce film.
- Greinke fait partie de ceux qui n’ont pas eu de misère à s’adapter durant la pandémie. Il a raconté qu’il préférait quand il n’y avait pas de partisans dans les estrades. Et pendant le match, il aimait aller s’asseoir seul dans les estrades au lieu de rester dans l’abri avec les joueurs. Des joueurs ont aussi raconté qu’il aimait parfois s’asseoir seul, au fond de l’abri, et lire des magazines. Au lieu de s’entraîner avec ses coéquipiers dans le gymnase le matin, il arrive parfois avant tout le monde, vers 4h30, fait ses exercices et part quand tout le monde arrive pour aller à un café pour lire le Wall Street Journal.
- En 2013, il évoluait avec les Dodgers, et l’équipe en arrachait. Le gérant Don Mattingly a convié tout le monde dans la chambre pour faire un discours de motivation. Greinke, qui ne parle jamais, s’est levé à la surprise générale pour demander aux joueurs, poliment, de s’assurer de se laver les mains quand ils vont faire un numéro deux aux toilettes et qu’il avait remarqué que certains ne le faisaient pas toujours.
- Son receveur avec les Dodgers, A.J. Ellis, est déjà venu le voir au monticule pendant le match pour lui parler sérieusement d’une stratégie et Greinke lui a alors proposé un échange pour son pool de football.
- Il a déjà demandé à son entraîneur des lanceurs de venir le voir au monticule durant un match pour lui dire qu’à son sens, c’était l’occasion de lancer une «cutter» (rapide coupée). L’entraîneur lui a rappelé qu’il ne lançait pas ce type de lancer. Il a répondu qu’il pouvait le faire et l’a fait. Sa rapide atteignait 92 à 94 miles à l’heure, mais un soir, il a dit à ses coéquipiers qu’il avait le goût de lancer à 100 miles à l’heure. Il l’a fait. Il a ramené à la mode la fameuse courbe très lente appelée «eephus pitch» et inventée dans les années 40. Ce lancer avait disparu, mais Greinke l’a ramené avec quelques courbes à un peu plus de 50 miles à l’heure. Pour vous donner une idée, c’est la vitesse des lancers pour des enfants de 10-11 ans.
- Quand il a gagné le trophée Cy-Young, remis au meilleur lanceur, en 2009, il a déclaré ne pas en être content puisque ça attirait l’attention sur lui. Il a donné son trophée, et questionné, la saison suivante, sur sa saison morte et son sentiment d’avoir gagné ce prix, il a répliqué qu’il s’en fichait et qu’il était plutôt concentré à jouer au jeu vidéo World of Warcraft.
Est-ce que Greinke est toujours sérieux ou s’agissait-il d'une façon de se protéger contre l'attention en raison de son anxiété ? Personne ne le sait. Même ses coéquipiers ne sont pas capables de le dire. Il a toujours été comme ça. Mais chose certaine, malgré ses défis, ç’a marché, ses affaires. Il a récolté 2943 retraits sur des prises en carrière. Ça le place au 20e rang dans l’histoire des ligues majeures. Il a sa place sans doute au Temple de la renommée et toute la planète baseball a bien hâte de voir quel sera son discours.
Source: Sportskeeda, Baseball reference, Houston Press, The Athletic et MLB.com