Le plan fonctionne... mais Hughes doit agir

Jean-Charles Lajoie
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J’étais au match d’hier soir au Centre Bell. Brillante victoire du Canadien qui a bien su profiter de Panthers de la Floride diminués et en pleine tourmente.
Autour de la date limite des transactions, j’ai placé mes jetons sur les Panthers afin de représenter de nouveau l’association de l’Est en grande finale de la Coupe Stanley en juin prochain.
Je suis désormais résolu à remettre mes jetons sur l’équipe qui fut ma favorite au périlleux jeu des prédictions de début de saison : les Rangers de New York.
Les Panthers semblent disloqués. Quelque chose cloche avec cette équipe pourtant si bien dirigée par le vétéran et vénérable Paul Maurice, dont on savoure les points de presse autant que ceux de John Tortorella ou de Martin St-Louis.
Justement, Martin St-Louis... frais comme une rose avec seulement huit matchs à disputer au calendrier-fleuve de son jeune club. De bonne humeur et affable, Martin demeure généreux de ses propos et élogieux, ce qu’il faut avec ceux qui le méritent parmi son arsenal.
Et ils sont plus nombreux que ce à quoi on est en droit de nous attendre d’un club virtuellement éliminé depuis des mois.
Habituellement, la fatigue, voire l’écœurantite aigüe, se fait sentir parmi un groupe de joueurs qui ne gagnent pas avec régularité et qui n’ont aucun espoir de jouer le vrai tournoi, celui des séries.
Les traits sont plus tirés, les pieds se laissent pas mal plus traîner lors des entrainements. Le deuxième effort est rarement donné, sauf quelques rares exceptions lors des matchs.
L’engagement fait défaut, les gars attendent la cloche finale, le stock est paqueté dans le garage à la maison. Ils veulent juste que ça finisse pour partir chiller pour l’été...
Eh bien, je ne ressens absolument rien de ça chez le Canadien... au contraire! Dans un match émotif et engagé comme celui d’hier, un martien fraichement atterri au temple aurait facilement conclu qu’il s’agissait d’un duel déterminant entre deux équipes luttant pour entrer en séries de fin de saison ou, mieux, luttant pour l’avantage de la glace en éliminatoires.
À part Josh Anderson qui est débranché, disloqué, désengagé, démotivé, tout mêlé et dangereux pour ses propres coéquipiers, le reste du groupe garde le cap et joue avec le couteau entre les dents.
Ce trait d’engagement témoigne d’une force de caractère intéressante qui doit certainement plaire à la haute direction de l’équipe.
Le fameux ADN, la fameuse culture identifiée puis recherchée par Kent Hughes et Jeff Gorton semble de plus en plus s’incruster au sein du groupe.
Nick Suzuki est un capitaine productif, déterminé et inspirant. Le reste des jeunes loups le suivent avec entrain et désir de démontrer que le mot abandon ne fait pas partie de leur vocabulaire.
Et puis il y a Martin St-Louis... on revient toujours à Martin St-Louis. Quand un gars qui est parti de nulle part, n’a jamais été repêché, même pas chez les juniors, et qu’il est parvenu à gagner la coupe Stanley, un trophée Hart, deux Art-Ross, trois Lady-Bing, un Lester B. Pearson (maintenant Ted Lindsay)...
Qu’il n’avait au premier coup d’œil pas grand-chose pour être admis au Temple de la renommée...
Eh bien, quand ce gars-là entre dans le vestiaire pour te jaser de comment il voit le match de ce soir et la suite de la saison, si tu décides que son discours ne t’intéresse pas, c’est que t’es vraiment pas dans le bon business... ou dans le bon vestiaire, c’est selon.
D'ailleurs, je pense que c’est le cas de Josh Anderson et que Kent Hughes devra agir cet été.
Je reste sur Martin St-Louis, car ce que Martin a toujours refusé de faire, c’est abandonner... cesser de croire... éteindre la flamme au fond de lui.
Refusant tout ça, chemin faisant, Martin a trouvé sa voie, à force de ténacité et de caractère. C’est exactement ce que nous voyons du Canadien sur la glace actuellement. Une équipe qui n’abandonne pas, qui joue comme s’il y avait un réel enjeu de séries tous les soirs.
Un club qui s’en veut de ne pas en avoir scoré un calvasse lors du plus beau soir de hockey dans la vie à Montréal, le samedi soir. Et puis qui s’est admirablement bien repris hier soir contre un club «poqué», mais tout de même coriace.
Cette fin de saison est tout sauf agonisante. Hier soir, elle était même grisante. C’est tout à l’honneur de Gorton, Hughes, St-louis and associates, et de leur grand plan qui finalement semble réellement vouloir porter ses fruits...