Le nouveau roman de Chrystine Brouillet parle d’intolérance et d’homophobie
L’écrivaine décrit une société québécoise souffrante qui se dégrade et qui manque de ressources


Marie-France Bornais
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Dans la 21e enquête de Maud Graham, Le mois des morts, la talentueuse et toujours très pertinente Chrystine Brouillet fait le portrait d’une société souffrante où tout se dégrade à la suite de la pandémie. Une situation économique difficile, un tissu social fragilisé qui s’effrite dangereusement, l’itinérance, une hausse de l’intolérance, l’intensification inquiétante de la criminalité. L’homophobie toujours présente. Elle montre que la cupidité et la soif de vengeance sont bien présentes chez certains, même si, pour d’autres, l’entraide et la rédemption sont encore des valeurs importantes.
Héroïne de la série, Maud Graham constate elle aussi que dans sa propre ville – Québec –, la pauvreté, l’itinérance, la toxicomanie et les crimes sont en hausse. Des événements liés à cet état de fait ponctuent son quotidien d’enquêtrice et celui des membres de son équipe.
Même constat du côté de son fils Maxime, qui est patrouilleur à Longueuil dans le cadre d’un programme de police de proximité. Ils sont tous les deux atterrés par la violence et la misère qu’ils rencontrent.
Dans cette nouvelle enquête, un ado, Lucien Jutras, se cherche lui-même depuis que sa mère est décédée, au début de la pandémie de COVID-19. Il se demande si ça vaut le coup de terminer son secondaire alors que les cours sont en présentiel un jour sur deux.
De plus, sa relation avec son père, Marc-Aurèle Jutras, un riche entrepreneur de Québec, va de plus en plus mal. Il trouve qu’il n’a pas grand-chose en commun avec lui. Quand il tombe amoureux d’un autre garçon prénommé Jacob, Lucien se sent renaître. Mais cette relation est loin de faire l’affaire de Marc-Aurèle Jutras, qui ne le prend pas.

Des mentalités qui changent?
Chrystine Brouillet trouve qu’il y a du travail à faire sur bien des plans, au chapitre de l’évolution des mentalités. Et c’est ce qu’elle cible dans ce nouveau roman. «Quand j’ai commencé à écrire, naïvement, je me disais que la violence conjugale, à force d’en parler, ça allait changer... Et regarde: je suis encore en train de parler de personnes qui sont tellement négatives, dangereuses même, par rapport à tout ce qui est LGBTQ», commente-t-elle en entrevue.
«Je ne peux pas croire qu’en 2023, il y a encore des parents qui trouvent que leur enfant gai serait mieux mort que vivant. Mais ça existe encore. Il y a encore des jeunes qui se font mettre à la porte parce qu’ils sont homosexuels. Voyons donc... en 2023», s’indigne-t-elle.
Chrystine Brouillet note qu’il y a de gros problèmes dans notre société, que l’itinérance est bien réelle, la récession aussi.
«Les maisons d’hébergement, ça explose. Les maisons qui aident à nourrir les gens, ça explose partout. Il n’y a pas d’argent. Et cet argent, il faudrait qu’il soit là quand même pour aider ces gens-là.»
Manquer d’argent
Quand elle a entamé l’écriture du Mois des morts, l’écrivaine note qu’elle entendait souvent dire qu’une fois la pandémie terminée, tout allait revenir en ordre. «Mais non. Je n’ai jamais pensé que c’était possible. Ce que j’ai pensé, c’est qu’on allait manquer d’argent.»
«Et c’est ce qui se passe», continue-t-elle. «Je savais qu’il fallait que je parle de l’itinérance des jeunes qui sont dans la rue. Des gens – pas juste des jeunes – qui se retrouvent acculés au pied du mur, pour toutes sortes de raisons. La situation est de pire en pire. Je suis inquiète pour tous les gens qui sont à la rue: où est-ce qu’ils vont aller?»
Une visite à Lauberivière
Pour se documenter, Chrystine Brouillet a visité la Maison de Lauberivière, à Québec. «On m’a accueillie formidablement et j’ai vraiment appris beaucoup sur cette situation-là. Mais les murs ne sont pas élastiques. Ils servent des repas. Mais tu ne peux pas servir des centaines de repas si tu n'as pas des revenus pour ça. Où sont les donateurs? Il faudrait qu’il y en ait plus.»
Le mois des morts
Chrystine Brouillet
Éditions Druide
328 pages
- Chrystine Brouillet a écrit plus de 50 romans, surtout policiers.
- Sa série mettant en scène la détective Maud Graham remporte un énorme succès, avec plus de 900 000 exemplaires vendus.
- Elle a publié aussi le roman gastronomique Chambre 1002.
- Elle a en outre écrit des nouvelles et dirigé des collectifs.
«— Je ne comprends pas les dealers, avoua Simon. À quoi ça leur sert d’inventer des drogues qui peuvent tuer aussi rapidement leurs clients? C’est dans leur intérêt de les garder en vie, non?
— Tu es cynique.
— Non, logique. Je ne sais pas comment ces pourris-là réfléchissent.
— Il doit y avoir des centres de désintoxication qui sont financés par la mafia...
— C’est toi le cynique maintenant.
Maxime soupira, songea aux mises en garde de Maud Graham; l’indifférence, la banalisation d’un drame, le cynisme représentaient une menace bien réelle, il ne devait jamais l’oublier.»
- Chrystine Brouillet, Le mois des morts, Éditions Druide
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