Le nombre de dons d’organes a bondi au Québec depuis 10 ans
Les délais d’attente pour plusieurs organes ont diminué
Marianne Lafleur
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Malgré une hausse des dons d’organes au Québec depuis une dizaine d’années, les besoins demeurent importants, laissant des centaines de personnes en attente d’une greffe qui pourrait leur sauver la vie.
« On observe une augmentation des dons, ce qui est une bonne nouvelle, mais on demeure toujours en situation de pénurie », résume Sylvain Lavigne, directeur des soins infirmiers chez Transplant Québec, l’organisme responsable de coordonner les dons d’organes dans l’ensemble de la province depuis 1970.
Cette rareté s’explique notamment par les conditions très précises pour qu’un don soit possible. « Les critères pour être donneurs d’organes sont très spécifiques », explique M. Lavigne.
Lorsqu’un décès cérébral est constaté, les organes destinés à la transplantation doivent rester fonctionnels et être maintenus en bon état durant l’ensemble du processus médical. En conséquence, une faible proportion des décès permet un don.
Un baume pour les familles
Pour certaines familles, le don d’organes peut représenter une source de réconfort dans le contexte du deuil. « De plus en plus, les gens vont de l’avant. [...] De savoir que la personne décédée vit encore, quelque part ça aide à leur deuil », mentionne Marie-Ève Lalonde, cheffe des services cliniques chez Transplant Québec.
C’est ce qu’a vécu Guylaine Perron, dont la fille Jessica Martel a fait le don de ses organes à la suite d’un accident de voiture survenu en 2011. Cette dernière n’avait que 18 ans et étudiait en musique au cégep en plus de pratiquer le judo et la natation.

Pour Mme Perron, la décision de donner les organes de sa fille a été une évidence. Elle se souvenait que sa fille avait signé sa carte de la RAMQ au secondaire, après une visite de Transplant Québec dans sa classe, et qu’elle en avait discuté avec ses parents.
Mme Perron confie avoir été surprise par le profil des personnes ayant bénéficié des organes de sa fille. « On s’imagine souvent que ce sont des gens âgés, mais ce n’est pas toujours le cas », souligne-t-elle, ajoutant que « ça aide de savoir que [sa] fille a contribué à la vie d’une autre personne ».
Une expertise essentielle
Derrière chaque don se trouve une organisation complexe qui exige rapidité, précision et coordination entre plusieurs équipes médicales à travers le territoire.
De plus, les employés sont formés pour garder une approche humaine tout au long du processus. « Tout a été fait dans le respect. Je n’ai jamais senti de pression », témoigne Guylaine Perron.
Grâce à l’amélioration des pratiques et la sensibilisation du public, le temps d’attente pour certains organes a diminué pour atteindre un record en 2024 avec 49 jours pour les poumons et 156 jours pour le cœur.
Il y a quelques années, le temps d’attente pour les poumons était parmi les plus longs. « Ce sont des organes qui s’abîment plus facilement par exemple dans les accidents de voiture », précise Sylvain Lavigne.
Si tous les hôpitaux peuvent recommander un donneur d’organe, seulement dix centres hospitaliers offrent des programmes de transplantation d’organes, notamment le CHUM, le CUSM et le CHU de Québec
Les Québécois peuvent exprimer leur consentement auprès de la RAMQ ou d’un notaire.
Les 4 organes les plus greffés en 2024
- Reins (302)
- Poumons (177)
- Foie (119)
- Coeur (37)
206 donneurs ont donné 644 organes. Hausse de 20 % en 10 ans
Moyenne d’organes transplantés par donneur
3,1
Cause décès donneurs
39 % AVC
30 % Anoxie
13 % Aide médicale à mourir
6 % Accident de voiture (traumatisme crânien)
Les 5 étapes du don d’organes
Pour chaque don d’organes, il y a toute une armée qui s’active en coulisses. Voici les principales étapes qui mènent à une greffe réussie.
1. Décès
Le processus de don d’organes commence lorsqu’une personne hospitalisée se trouve dans une situation critique de mort imminente, par exemple à la suite d’un AVC ou d’un accident de voiture. Les équipes médicales vont tout faire pour sauver le patient, que ce soit par des chirurgies ou des traitements. Ce n’est qu’une fois que les médecins constatent qu’il n’y a plus rien de possible que le processus commence réellement.
2. Vérifier l’admissibilité
Si la situation le permet, l’hôpital communique avec Transplant Québec. On vérifie si la personne pourra être donneuse en s’assurant que ses organes peuvent être maintenus en bon état pendant le processus. Il n’y a pas d’âge pour être donneur. Transplant Québec vérifie si la personne avait exprimé son souhait de donner ses organes auprès de la RAMQ ou par testament.
3. Communication avec la famille
Avant même d’aborder le don d’organes, les médecins rencontrent la famille pour annoncer le pronostic sombre et annoncer que l’état du patient est irréversible. L’équipe alloue le temps nécessaire à la famille pour assimiler l’information et répondre aux questions. Cet échange peut prendre plusieurs heures, parfois jusqu’à 24 heures, afin de laisser les proches assimiler l’information et s’assurer qu’ils comprennent bien la situation.
4. Proposer le don d’organes
Ce n’est qu’une fois que la famille a compris la situation que le don d’organes est abordé. Les proches sont informées de la volonté du patient, si elle est connue, et peuvent prendre le temps d’y réfléchir. On propose même aux familles d’assister aux tests médicaux des médecins pour montrer que l’atteinte cérébrale est irréversible. Si le don est accepté, un coordonnateur de Transplant Québec se déplace dans le centre hospitalier pour rencontrer la famille et faire signer le formulaire de consentement. Ils peuvent choisir s’ils veulent donner tous les organes ou s’ils veulent émettre des restrictions. La famille peut retirer son consentement en tout temps.
5. Prélèvement
Une fois le consentement donné, une grande coordination s’enclenche. Transplant Québec évalue quels organes peuvent être donnés et organise le travail des équipes médicales parfois réparties dans différentes régions. Si le patient n’est pas dans un centre de prélèvement, un transfert est organisé dans un autre centre hospitalier où l’opération aura lieu. Tous les intervenants impliqués doivent se présenter au bloc opératoire au même moment. La famille est informée du déroulement et reçoit un suivi.