Le ministre Girard a remporté son pari

Jean-Charles Lajoie
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Les Sénateurs d’Ottawa débarqueront à Québec en septembre afin d’y reproduire le modèle de campement de calendrier préparatoire effectué par les Kings de Los Angeles à l’invitation du gouvernement provincial.
Ainsi, 4-5 jours de présence soutenue dans la Vieille Capitale, des entraînements publics, des visites d’hôpitaux, des matchs de hockey balle amicaux et... deux duels présaison de l’équipe, face aux Devils du New Jersey et au Canadien de Montréal.
Tout cela pour la modique somme de zéro dollar public, ce qui veut dire que les 7 millions $ garantis par le ministre des Finances, Éric Girard, aux Kings de Luc Robitaille en octobre 2024 et qui en réalité s’est avéré tout bien comptabilisé à 5,2 millions $ devient zéro dollar en 2025 avec la venue des «Sens».
Peut-on prétendre que la visite des Kings n’a finalement coûté que 2,6 millions $, comme pour celle des «Sens»? Ce serait faire preuve de laxisme intellectuel, d’un manque de rigueur élémentaire.
Toutefois il serait hasardeux de ne pas reconnaître que le pari des Kings a été remporté par le ministre qui, sur celle-là, a eu une vision rapportant des dividendes pour toute la communauté.
Évidemment qu’au moment d’offrir 7 millions $ aux Kings, le ministre n’avait aucune garantie que 12 mois plus tard, un duplicata arriverait sans frais.
Mais il le croyait fermement : je le sais parce qu’il me l’a dit lors d’un entretien privé. Il l’a répété dans une entrevue qu’il m’a accordée en marge de la venue des Kings l’automne dernier.
Éric Girard est loin d’être le «fefan» de hockey dépeint par certains sites poubelles, mais aussi hélas par beaucoup de journalistes et commentateurs dans les médias traditionnels. Il suffisait pourtant de demander à le rencontrer hors des ondes afin de l’écouter, le questionner et de comprendre ce qu’était exactement son plan.
Toutefois, à l’intérieur de son parti, sa décision de s’offrir les Kings pour 7 millions $ a été vertement critiquée. Plusieurs ministres ont décrié cette subvention, certains l’ont même fait publiquement sans trop de gêne.
Dans les faits, le ministre des Finances, un ténor en économie et accessoirement un maniaque de hockey a erré dans la ligne de communication et c’est tout.
Sur la forme, ce fut un échec mais sur le fond, la réussite est totale et ce n’est que le début. Et ça, le ministre l’appréhendait. Il savait qu’en accueillant des clubs de la meilleure ligue de hockey au monde pendant quelques jours avec présentation de matchs significatifs il allait lancer un message à toute la planète hockey.
Résultat, la ligue professionnelle de hockey féminin s’est empressée de venir remplir le Centre Vidéotron, Québec occupe une place de choix auprès des dirigeants de la ligue quant à un premier projet d’expansion de deux équipes.
Le championnat du monde de hockey junior viendra à Québec avant longtemps et le championnat du monde de hockey senior aussi, tout comme le championnat du monde de hockey féminin.
Avec la réciprocité du Colisée Vidéotron de Trois-Rivières, c’est devenu un naturel pour un événement majeur qui requiert deux édifices à la fine pointe de se tourner vers les infrastructures et la crédibilité des gens de Gestev et la soif significative de la population du Grand Québec métropolitain d’assister à des matchs.
Grande réussite
Je reviens au ministre Girard qui, derrière son amour du hockey, demeure un administrateur désireux de faire fructifier les investissements de l’État. Derrière les 7 devenus 5,2 millions $ aux Kings se trouvait l’idée de rentabiliser le Centre Vidéotron, même si cet édifice feutré répondant aux normes de la Ligue nationale demeure, près de 10 ans après son inauguration, le meilleur rapport qualité-prix parmi les grands amphithéâtres d’Amérique du Nord avec un coût de construction sous la barre des 370 millions $. Le Centre Vidéotron est la plus grande et la plus belle réussite d’administration de fonds publics en infrastructure de l’histoire du Québec moderne : en termes de respect des coûts, y incluant une facture totale légèrement inférieure à ce qui a été prévu initialement et de respect des délais de construction, qui dit mieux dans l’appareil public québécois ?
Les Sénateurs viendront en octobre, avec Antoine Vermette comme porte-étendard local, avec Thomas Chabot, ce fier Beauceron, en uniforme. Deux matchs présaison dans la capitale québécoise pour l’équipe de la capitale fédérale : qui sait si en attendant leur nouvel édifice, les Sénateurs reviendront disputer quelques matchs réguliers à Québec ? En attendant, espérons que le Canadien habille sa formation A pour le match contre les «Sens».