Le ménage à trois a assez duré

Michel Therrien
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En tant qu’entraîneur, ma philosophie a toujours été d’essayer d’avoir le moins de distractions possibles dans mon équipe et de contrôler le maximum de choses.
Le fait que les Canadiens se retrouvent avec trois gardiens, c’est une distraction. Je parle en connaissance de cause. J’ai vécu l’expérience d’un «ménage à trois» au début des années 2000 avec José Théodore, Jeff Hackett et Mathieu Garon.
Ce dernier était dans la même position qu’est présentement Cayden Primeau. Comme il devait passer par le ballottage avant d’être cédé dans la Ligue américaine, le directeur général André Savard ne voulait pas courir le risque de le perdre pour rien. Je comprenais son hésitation, mais je devais me concentrer sur mes deux premiers gardiens, le reste ne m’appartenait pas. D’ailleurs, on ne m’a jamais imposé un choix : c’est moi qui prenais la décision.
La situation ne pouvait pas rester ainsi éternellement. Au bout de quelques semaines, Savard a finalement décidé de tenter sa chance et de soumettre Garon au ballottage. Son pari a fonctionné : Garon n’a pas été réclamé et il a donc pu poursuivre sa progression dans la Ligue américaine. Il a ensuite connu une belle carrière dans la LNH.
C’est ce que je souhaite à Primeau. Ce serait mieux pour lui qu’il continue son apprentissage à Laval.
Personnellement, je n’ai jamais aimé le principe d’un «ménage à trois». C’est impossible que ça donne de bons résultats. Ça ne marche tout simplement pas. Je ne vois rien de positif là-dedans.
Je suis convaincu que Kent Hughes est conscient que c’est une situation précaire et qu’il essaie par tous les moyens de régler le dossier. Il ne faut pas tirer l’élastique trop longtemps. Je comprends que Hughes ne veut pas le laisser aller sans rien obtenir en retour, mais il faut penser au bien des jeunes joueurs là-dedans. En ce moment, on n’aide personne.
Montembeault prend son mal en patience
Je ne sais pas comment Martin St-Louis travaille, je ne suis pas dans ses souliers, mais j’espère que la décision de donner le départ à Primeau contre les Devils n’a pas été dictée par la direction. Personnellement, je n’aurais pas aimé me faire imposer les choix de l’organisation.
Dans ma tête, les dirigeants gèrent et les entraîneurs sont là pour «coacher». Le directeur général doit aider le «coach» et non pas le mettre dans une position difficile. En bon soldat, j’écoutais les conseils de mes supérieurs, mais la décision finale me revenait.
Ce n’est rien contre Primeau, qui s’est bien battu contre les Devils, mais c’est Samuel Montembeault qui aurait dû être devant le filet. Montembeault aussi est encore jeune et a besoin de jouer souvent. Son dernier départ remonte au 17 octobre, ça fait trop longtemps.
Contrairement à ses coéquipiers, Montembeault n’a pas eu la chance de se reprendre, après avoir connu un match difficile contre le Wild, comme le reste du groupe. Mentalement, ça doit être un gros défi pour lui. Il doit avoir vraiment hâte de jouer, surtout qu’il a vu peu d’action dans les matchs préparatoires.
Malheureusement pour lui, il devrait aussi sauter son tour dans la prochaine rencontre, jeudi, contre les Blue Jackets. St-Louis n’a pas trop le choix de remettre Jake Allen, qui est au sommet de son art depuis le début de la saison. Tu dois y aller au mérite et Allen a offert une autre grosse performance à son dernier match, samedi.
C’est pourquoi c’est lui qui était également d’office contre les Sabres, lundi. Sa solide prestation a aidé le Tricolore à signer une importante victoire contre un rival de la section Atlantique.
C’est aussi un défi pour St-Louis, qui doit s’assurer de garder les trois gardiens «sharp». Ça doit être très difficile à gérer. C’est un méchant casse-tête...
Bref, la situation actuelle nuit autant à Primeau qu’à Montembeault. Ça ne peut pas rester comme ça toute l’année. Il faut qu’une décision soit prise au plus vite, pour le bien des deux jeunes gardiens... et de l’avenir du CH par la même occasion.