Tous les résultats
Publicité

Le judo lui a permis de s’intégrer en douceur au Canada après que sa famille eut fui l’Égypte lors de la révolution en 2012

Photo fournie par la FÉDÉRATION INTERNATIONALE DE JUDO
Photo portrait de Richard Boutin

Richard Boutin

2024-07-28T17:35:03Z

Partager

PARIS | Le judo a été un point d’ancrage important pour Shady Elnahas quand il est débarqué au Canada en 2012 à l’âge de 14 ans alors que sa famille a fui l’Égypte où la Révolution du papyrus, qui a éclaté en janvier 2011, a fait tomber le régime du président Hosni Moubarak.

La famille de Shady s’est établie à Toronto et le jeune garçon a pu continuer la pratique du judo qu’il avait adoptée dans son pays d’origine dès ses quatre ans en suivant les traces de son frère.

«Le judo m’a aidé à m’intégrer à la culture canadienne, raconte-t-il. J’ai pu apporter une partie de moi au Canada. Je suis tombé en amour avec le judo et j’ai débuté la compétition au Canada. Je rêve aux Jeux olympiques depuis 2012 quand j’ai vu Antoine Valois-Fortier remporter une médaille à Londres.»

La famille Elnahas a tout laissé derrière elle pour offrir une meilleure vie à ses deux enfants. «Mes parents ont laissé toute leur vie en Égypte, résume le médaillé d’argent au championnat mondial chez les 100 kg. Mon père enseignait à l’université et ma mère était pharmacienne. Ce fut une décision difficile de quitter, mais ce fut le bon choix. C’est pourquoi je veux remporter une médaille pour eux, mon frère et pour moi. L’Égypte sera toujours dans mon cœur, mais je suis un Canadien. J’ai été accepté dès mon arrivée et c’est le minimum que je peux faire pour le Canada.»

Publicité

Protégé par sa famille

Même s’il n’était pas totalement conscient des événements qui se déroulaient sous ses yeux, Elnahas convient que ce n’était pas un environnement sain pour un gamin. «Ma famille m’a bien protégé et je n’ai pas conservé de traumatismes, mais j’ai vécu des trucs qu’un gamin de mon âge ne doit pas vivre.»

Le paternel a pris les grands moyens pour assurer la sécurité de son clan. «Mon père avait un fusil et un pistolet à la maison, confie-t-il. Quand les policiers se sont retirés, la criminalité a explosé. C’était dangereux. Ce sont des souvenirs marquants, mais je n’ai pas de traumatismes. Mes parents me cachaient dans la maison. J’ai été trois ou quatre mois sans pouvoir sortir.»

L’Autriche comme premier choix

Quand la famille a décidé de fuir l’Égypte, le plan initial était de quitter le pays pour l’Autriche, d’où la mère de Shady est originaire. «Mes parents avaient choisi l’Autriche, mais on n’a pas pu partir parce qu’il y avait trop de monde à l’aéroport, explique-t-il. Mes parents ont attendu que la situation se calme et nous sommes partis pour le Canada, qui nous offrait une vie plus sécuritaire.»

Ses parents, son frère Mohab, qui est membre de l’équipe canadienne et aussi son partenaire d’entraînement, ainsi que ses cousins seront présents dans la Ville Lumière. «J’ai tellement hâte, souligne le judoka de 26 ans. C’est la première fois qu’ils me verront me battre sur la scène internationale. Je veux leur offrir un bon spectacle.»

Son entraîneur était son idole

Parce que Valois-Fortier l’a inspiré vers son rêve olympique, le judoka entretient une relation privilégiée avec son entraîneur. «Antoine a été mon idole, mon coéquipier à Tokyo et maintenant mon entraîneur, résume-t-il. C’est un cycle complet de vie. Ça fonctionne bien parce qu’il me connaît et sait comment me gérer. Je respecte mon entraîneur, mais il restera toujours Antoine la légende. Avec Antoine et Nicolas Gill, je suis entouré des deux meilleurs athlètes de l’histoire du judo canadien. Si je ne les écoutais pas, je serais stupide.»

«Notre historique aide à entretenir des liens plus serrés, de renchérir Valois-Fortier. On parle des vraies affaires. Il me rend très fier.»

Grande déception

Au sommet de son art après sa médaille d’argent au mondial, deux deuxièmes places en Grand Prix et son 5e rang au classement mondial, Elnahas a vécu très difficilement sa 5e position à Tokyo, où il s’était incliné dans le combat pour la médaille de bronze face au Portugais Jorge Fonseca.

«Après Tokyo, j’ai eu besoin de beaucoup de temps pour me rétablir d’avoir perdu le bronze, exprime-t-il. Je l’ai fait de la bonne manière. Je vois une différence sur le plan mental. Mon frère et ma copine m’ont beaucoup aidé. Je dois avoir confiance aux gens près de moi.»

Publicité
Publicité