Le journalisme sportif se meurt, vive la propagande!


Jean-Nicolas Blanchet
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Le congédiement de Jeremy Filosa par Apple TV est la triste suite d’une tendance qui gangrène la couverture du sport.
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C’est l’agonie du journaliste sportif et la fulgurante croissance de la propagande sportive.
Filosa, un journaliste d’expérience et très apprécié au Québec pour son professionnalisme, a perdu son emploi à Apple TV comme descripteur de la formation de Vancouver dans la MLS.
Il a indiqué que ses patrons avaient pourtant qualifié son travail «d’impeccable», mais que ses propos «parfois sévères», surtout concernant le CF Montréal, partagés sur ses réseaux sociaux, n’ont pas plu à certaines personnes et ont été «utilisés pour influencer» ses patrons d’Apple à le congédier.
Ces certaines personnes font partie du CF Montréal, selon Jeremy Filosa, qui n’a pas voulu identifier un individu précis. Le CF Montréal a démenti.
Je me suis gâté en partant en vacances en République dominicaine en famille la semaine dernière. Je regardais le baseball de la ligue locale et les deux animateurs portaient une casquette et une veste de l’équipe qu’ils couvraient. C’était hilarant.
Ça me fait penser à ça le congédiement de Jeremy Filosa. Les clubs sportifs voudraient que les médias qui couvrent les équipes portent une casquette du club et le chérissent comme leur doudou.
Médias fragiles
La réalité aujourd’hui, c’est que les médias s’affaiblissent. Ils n’ont plus les moyens d’avant. Les journalistes sportifs sont de plus en plus rares. Les galeries de presse se vident.
Ce sont de moins en moins des journalistes qui nous parlent de sport. Ce sont des employés des clubs via les réseaux sociaux (qui peuvent être sur Facebook contrairement aux médias), des animateurs de stations de télé appartenant aux clubs, des ex-joueurs encore très attachés à leur équipe.
Et les clubs sportifs, eux, n’ont pas les mêmes problèmes d’argent que les médias. Donc ils en profitent. Ils passent d’abord la gratte sur Facebook. Ils réussissent à mieux contrôler le message.
Contrairement à il y a 30 ans, ils peuvent parler directement avec les partisans par le web.
Je suis bien au courant que les journalistes n’ont pas la même cote de popularité que les infirmières en pédiatrie. Mais, il me semble que dans le sport, ça en prend.
Ce n’est pas Hockey Canada qui va révéler qu’il avait un fond secret pour indemniser des victimes d’agressions sexuelles de leurs joueurs.
Tellement mauvais
Dans le monde du baseball, c’est devenu fou. La plupart des chaînes de télé qui couvrent les équipes sont la propriété de la même équipe.
C’est tellement mauvais. Les commentateurs sont toujours ultramielleux. Les arbitres sont toujours injustes avec leur équipe. Les joueurs de leur club ne sont jamais mauvais, sont toujours bons et beaux. C’est de la propagande.
Les questions en entrevue ressemblent toujours à: «Vous êtes vraiment bons, comment se sent-on d’être aussi bon?»
Le seul moment où ça devient intéressant, c’est quand il y a un point de presse et l’on peut entendre de vrais journalistes poser les questions qu’on se pose, remettre en question l’entraîneur, demander pourquoi tel joueur était en uniforme, mais pas un autre.
Le site Danslescoulisses a rapporté que l’émission l’Antichambre, à RDS, avait permis à Martin St-Louis de connaître à l’avance les questions qui allaient être posées. On voit effectivement des photos partagées sur les réseaux sociaux qui semblent le démontrer.
J’ai de la misère à y croire. Ou plutôt, je n’ai pas le goût d’y croire. Si c’est vrai, c’est épouvantablement triste. C’est une règle élémentaire en journalisme.
Mais justement, le journalisme dans le sport se meurt.
Ça en prend des journalistes
Et là le Canadien est en reconstruction. Tout va bien. Le capital de sympathie est énorme. Il n’y a pas beaucoup de secrets ou de sujets délicats à traiter.
Ainsi, plusieurs amateurs semblent s’attendre à ce que les journalistes soient les porte-paroles des partisans qui dorment avec un fanion de l’équipe.
Mais quand Zach Kassian était sous l’influence de la drogue et de l’alcool à Montréal et que le véhicule dans lequel il était assis est rentré dans un arbre, c’était l’fun d’avoir des journalistes pour fouiller tout ça.
Quand un membre du crime organisé était «l’homme à tout faire» des frères Kostitsyn à Montréal, c’était l’fun d’avoir des journalistes pour fouiller tout ça.
Ça en prend des journalistes dans le sport.
Et malheureusement, une situation comme celle de Jeremy Filosa expose que la couverture sportive par des calinours l’emportera de plus en plus à cause du pouvoir et de l’argent des clubs devant des médias de plus en plus fragiles.