[VIDÉO] Le jour où j'ai croisé Poutine par hasard...

Rémi Nadeau
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C’était en décembre 2009. Jean Charest, premier ministre, menait une mission en Russie avec des gens d’affaires. J’étais là pour le couvrir. Malgré ses efforts, il n’a pu voir le président. Mais le hasard a voulu que moi, oui.
C’était une première mission officielle en Russie pour un premier ministre du Québec.
Il flottait une odeur d’opportunité d’affaires à l’approche des Jeux olympiques de Sotchi, en raison de la bonne réputation du Québec moussée par le Cirque du Soleil, et des besoins en infrastructures.
Nous avions débarqué à Moscou dans une certaine excitation malgré la grisaille hivernale.

Aidé par les contacts du Canadien, George Cohon, qui a ouvert le premier McDonald’s sur place, Jean Charest avait pu discuter avec le maire Yuri Luzkhov et ouvrir des portes pour des entreprises d’ici. Je me souviens du patron de Rosemex qui salivait devant de possibles contrats de chauffage.
M. Charest n’avait pas réussi à boucler un entretien avec Poutine et avait mis le cap vers Saint-Pétersbourg pour la suite de sa mission.
J’en avais profité pour visiter le majestueux musée de l’Ermitage, joyau de l’art baroque russe avec sa façade vert et blanc, ornée de décorations dorées, aux abords du fleuve de la Neva.
- Rémi Nadeau raconte sa rencontre avec Vladimir Poutine au micro d'Antoine Robitaille sur QUB radio:
Poutine débarque
Défilant devant les œuvres, dans un palais peu achalandé, j’ai été saisi par l’arrivée soudaine de deux agents montant un escalier au pas de course, au moment où je traversais vers une autre galerie.
Les deux gorilles ayant fait irruption ont semblé donner des ordres dans leur dispositif de communication.
Et c’est Vladimir Poutine qui a fait son apparition à leur suite. Vêtu d’un pantalon et d’un blouson décontracté, le pas décidé, regardant droit devant lui. Un sourire niais s’est formé sur mon visage, alors qu’il est passé devant moi pour se rendre voir un tableau en particulier.
Un autre colosse demeurait collé sur lui en permanence et deux-trois autres gardes du corps fermaient la marche.

Quand il est repassé devant moi, j’ai timidement porté mon appareil photo à la hauteur des yeux, sans lâcher du regard l’équipe de sécurité qui m’observait.
J’ai filmé le président, en m’imaginant la tête que ferait Jean Charest devant mon trophée de chasse numérisé.
En croisant un groupe de jeunes écoliers qui s’amenait, Poutine a daigné s’en rapprocher le temps d’une photo, conscient de l’effet qu’il avait provoqué.
Dans un geste à la fois complice et autoritaire, il a mimé le silence, signalant qu’il ne voulait pas de cohue autour de lui.
Il a passé mécaniquement sa main dans les cheveux d’un jeune garçon qui peinait à contenir son excitation, avant de repartir d’un pas décidé.
Dans son sillage, des enfants sautillaient comme s’ils venaient de toucher à une vedette pop en pleine gloire.
J’allais suivre le cortège de sécurité et poursuivre ma vidéo, mais deux gardes se sont placés devant moi, chacun une main devant, pour me signifier de ne plus bouger pendant que Poutine s’éloignait.
Glacial et imbu
L’homme fort de Russie dégageait un air à la fois glacial et imbu.
J’étais à Saint-Pétersbourg, là où est né Poutine, la capitale de l’empire russe de l’époque des tsars.
Et aujourd’hui, cet être manipulateur écrase une démocratie, par la force, dans un rêve délirant de reconstitution d’un empire.
Ce mégalomane cruel replonge brutalement l’Europe et la planète entière dans des images que nous avions surtout vues en noir et blanc, tellement elles appartiennent à une époque révolue. Je repense à cet instant où j’ai croisé l’auteur de ce cauchemar anachronique. Je ne sais pas ce qui reste de ces alliances nouées lors de la mission de Jean Charest en 2009.
Mais en voyant les Ukrainiens terrorisés, terrés et entassés dans les stations de métro, je pense à la chance que nous avons, mais aussi à l’importance de préserver notre démocratie en santé.