Jean-Marc Eustache n’avait pas prévu partir de cette façon, mais à 73 ans, après l’échec de la vente de Transat à Air Canada et la reprise encore incertaine des voyages internationaux, il a finalement décidé de céder sa place.
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« Depuis 2019, M. Eustache préparait sa sortie en tentant de vendre Transat », rappelle John Gradek, qui enseigne la gestion de l’aviation à l’Université McGill. La transaction projetée avec Air Canada a finalement achoppé le mois dernier.
Jean-Marc Eustache a privé les médias de son légendaire franc-parler pour l’annonce de son départ à la retraite.
« Il est désormais temps de laisser la place aux nouveaux décideurs », a sobrement déclaré dans un communiqué celui qui a fondé Transat avec Lina De Cesare et Philippe Sureau en 1987.
Une femme lui succédera
PDG de Tourisme Montréal
Sa successeure était connue : Annick Guérard, qui travaille chez Transat depuis 2002 et qui était chef de l’exploitation depuis la fin de 2017. Elle prend les rênes de Transat dès jeudi.
« Jean-Marc a vraiment été un leader sous-estimé au Québec », confie au Journal Yves Lalumière, PDG de Tourisme Montréal et ancien haut dirigeant de Transat.
L’entreprise montréalaise « a été l’une des rares compagnies aériennes au Canada à ne pas avoir fait faillite », souligne-t-il.
Né en Algérie d’un père français et d’une mère italienne, M. Eustache est arrivé au Québec en 1957. D’allégeance marxiste-léniniste comme bien des jeunes de l’époque, il organisera deux grèves pour réclamer la gratuité des études universitaires, dans les années 1970.
Démocratisation du voyage
C’est pour permettre aux étudiants de voyager à bas prix que l’entrepreneur cofondera l’agence Tourbec, en 1977. Cinq ans plus tard naîtra Trafic Voyages, l’ancêtre de Transat.

« Avec les tout-inclus, il a aidé à démocratiser le voyage », relève M. Lalumière.
Ironiquement, M. Eustache avait peur en avion et ne raffolait aucunement des séjours au soleil.
« Toaster 30 minutes d’un côté, 30 minutes de l’autre, ce n’est pas pour moi », a-t-il confié au magazine Inter de l’UQAM en 2008.
Jean-Marc Eustache a par ailleurs fait de Transat « un précurseur dans le développement de destinations », ajoute Yves Lalumière. Le voyagiste a en effet été le premier à relier directement le Québec à des villes françaises comme Bordeaux et des pays comme la Hongrie ou Israël.
La recette de sa longévité ? Le travail.
« Il mangeait du Transat constamment », relate Yves Lalumière.
C’est donc à Mme Guérard qu’incombera la responsabilité de préparer Transat pour la relance et d’assurer sa pérennité.
« La question de l’heure, c’est : qui va être le prochain propriétaire de Transat ? » affirme M. Gradek.

