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31 juillet 1974: le français, langue officielle du Québec depuis 50 ans aujourd’hui

Crise de Saint-Léonard
Crise de Saint-Léonard photo d'Antoine Desilets/avec la permission de Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Photo portrait de Martin Landry

Martin Landry

2024-07-31T11:00:00Z

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Il y a 50 ans, le 31 juillet 1974, le gouvernement Bourassa faisait sanctionner un tout nouveau projet de loi pour faire du français la langue officielle du Québec.

Cette nouvelle législation était une réponse à la frustration quasi générale engendrée en 1969 par l’adoption d’une drôle de loi linguistique, la loi 63.

CONTEXTE QUI MÈNE À L’ADOPTION DE LA LOI 22

La loi 63 avait été adoptée cinq ans auparavant par le gouvernement de l’Union nationale dans le contexte de la crise de Saint-Léonard. En fait, cette loi linguistique avait complètement manqué sa cible et n’avait fait qu’accentuer le conflit linguistique.

On sait que depuis toujours, Montréal est la ville québécoise qui accueille le plus d’immigrants. Cette diversité culturelle qui se bonifie après la Seconde Guerre mondiale redessine pratiquement tous les secteurs de l’île de Montréal. Parc-Extension devient le nouveau milieu de vie de la communauté grecque et la ville de Saint-Léonard s’urbanise pour accueillir les immigrants italiens. Ces communautés culturelles choisissent majoritairement d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise. À la fin des années 60, ce choix provoque une crise linguistique quand la commission scolaire de Saint-Léonard force la scolarisation en français de ces petits Italiens par manque de place dans les classes anglophones. Instantanément, le débat devient émotif. Deux clans s’affrontent alors: le camp de ceux qui aimeraient qu’on impose à ces enfants un enseignement dans la langue de Molière et celui de ceux qui souhaitent pouvoir s’intégrer au Québec dans celle de Shakespeare. Le débat est si intense à Saint-Léonard qu’une manifestation de parents se transforme en émeute.

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Crise de Saint-Léonard. Elle désigne une série d’événements en lien avec la question de la langue d’enseignement dans les écoles publiques entre les années 1967 et 1969 au Québec, mais particulièrement dans la ville de Saint-Léonard.
Crise de Saint-Léonard. Elle désigne une série d’événements en lien avec la question de la langue d’enseignement dans les écoles publiques entre les années 1967 et 1969 au Québec, mais particulièrement dans la ville de Saint-Léonard.

Pour tenter de calmer le jeu, le gouvernement de l’Union nationale dirigé par Jean-Jacques Bertrand vote une loi pour encadrer la question, mais aussi avec l’intention de faire la promotion du français au Québec. Par le projet de loi 63, le gouvernement Bertrand impose aux écoles anglophones des petits cours de base en français, mais cette loi n’impose pas aux enfants issus de l’immigration la fréquentation scolaire dans le réseau francophone.

La loi est mal accueillie et provoque la colère des nationalistes québécois.

ON POUSSE L’EXERCICE LINGUISTIQUE ENCORE PLUS LOIN

Dans la foulée du débat, en 1968, Jean-Jacques Bertrand lance une commission d’enquête sur la situation linguistique, la Commission Gendron. Dans son rapport en 1972, elle propose au gouvernement, maintenant dirigé par les libéraux de Robert Bourassa, de faire du français la seule langue officielle du Québec.

Loi 63 du gouvernement de Jean-Jacques Bertrand en 1969. La mollesse de cette législation révèle aux Québécois que la bataille pour protéger la langue de la majorité au Québec sera difficile.
Loi 63 du gouvernement de Jean-Jacques Bertrand en 1969. La mollesse de cette législation révèle aux Québécois que la bataille pour protéger la langue de la majorité au Québec sera difficile. Marcel Rioux, La question du Québec, Montréal, Partis pris, 1976, p. 153.

Loi 63 du gouvernement de Jean-Jacques Bertrand en 1969. La mollesse de cette législation révèle aux Québécois que la bataille pour protéger la langue de la majorité au Québec sera difficile.
Loi 63 du gouvernement de Jean-Jacques Bertrand en 1969. La mollesse de cette législation révèle aux Québécois que la bataille pour protéger la langue de la majorité au Québec sera difficile. Marcel Rioux, La question du Québec, Montréal, Partis pris, 1976, p. 153.

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Robert Bourassa, été 1974
Robert Bourassa, été 1974 Thomas Kierans (s.d.), source Wikimedia Commons

Les recommandations du rapport, la croissance de mouvement migratoire à Montréal et la poursuite du débat dans les écoles amènent Bourassa à faire voter le projet de loi 22 en 1974. Par cette nouvelle législation, le français devient l’unique langue officielle pour la province, exit l’anglais. De plus, elle limite l’accès aux écoles anglophones aux enfants ayant une connaissance suffisante de l’anglais.

La loi fera consensus... Tout le monde est fâché!

Les anglophones et les immigrants la trouvent trop restrictive tandis que les nationalistes francophones la jugent trop molle, ils auraient souhaité que le gouvernement libéral impose l’école française aux nouveaux arrivants.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives nationales du Québec Loi 22

La loi 22, qui s’est inspirée des recommandations du rapport de la commission d’enquête, impose entre autres:

· Que l’administration publique utilise le français pour communiquer au Québec, mais aussi avec les autres gouvernements du Canada;

· Que chaque citoyen puisse s’adresser à l’administration publique et recevoir des services en français, mais aussi en anglais;

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· Que les fonctionnaires maîtrisent adéquatement le français;

· Que le français devienne officiellement la langue des relations au travail;

· Que les produits vendus soient étiquetés en français;

· Que l’enseignement se donne en langue française dans les écoles françaises et en anglais dans les écoles anglaises. Cependant, pour la Commission scolaire du Nouveau-Québec, les cours pourront se donner dans la langue des nations autochtones de chaque territoire.

Finalement, une Régie de la langue française est instituée.

On peut dire que ce projet de loi 22 voté par le gouvernement Bourassa en 1974 a été la première pierre qui servira plus tard à ériger une véritable charte de la langue française. Elle a été particulièrement difficile à accepter par la communauté anglophone, principalement parce qu’elle leur conférait pour la première fois un statut minoritaire dans la province de Québec. En 1974, on peut dire qu’une partie de l’électorat traditionnel des libéraux, la communauté italienne et les anglophones vont tourner le dos au parti de Robert Bourassa, ce qui va faciliter l’élection du Parti québécois deux ans plus tard. La loi 22 a finalement été abrogée par l’Assemblée nationale en 1977 avec l’adoption de la Charte de la langue française.

Crédit : Société Saint-Jean-Baptiste
Crédit : Société Saint-Jean-Baptiste

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