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Le football a guéri bien des blessures à La Nouvelle-Orléans

Rencontre avec une Québécoise qui a tout vécu dans cette ville éprouvée de la Louisiane depuis 30 ans

L’ouragan «Katrina» a dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005, et même le Superdome, qui recevra fièrement le Super Bowl 59 dimanche, avait été sévèrement endommagé.
L’ouragan «Katrina» a dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005, et même le Superdome, qui recevra fièrement le Super Bowl 59 dimanche, avait été sévèrement endommagé. Photo AFP
Photo portrait de Stéphane Cadorette

Stéphane Cadorette

2025-02-07T00:00:00Z

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LA NOUVELLE-ORLÉANS | Il y a le centre-ville de La Nouvelle-Orléans, où la visite converge pendant la semaine du Super Bowl. Il y a aussi, tout près, l’autre visage de la ville, marquée à vie jusqu’au fond de ses entrailles par le passage dévastateur de l’ouragan Katrina en 2005. C’est là qu’Annie Laroche, enseignante québécoise qui habite dans la région depuis 1995, m’a amené pour me faire saisir l’ampleur du désastre d’il y a 20 ans. Et pour comprendre aussi comment le football, c’est bien plus que du sport, parfois, dans la vie.

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Annie Laroche a quitté Québec à peu près en même temps que les Nordiques pour aller s’installer en Louisiane. Après la saisissante visite guidée qu’elle m’a offerte pour découvrir mercredi soir La Nouvelle-Orléans autrement, je suis maintenant convaincu d’une chose. Cette année-là, en 1995, Québec a perdu deux monuments!

Celle qui n’avait que 22 ans à l’époque s’est mise à enseigner l’histoire louisianaise, pour laquelle elle se passionne, ainsi que le français. Elle continue aujourd’hui à prodiguer son savoir en français et en géographie. Ses élèves sont mieux de s’atteler, elle en a des choses à dire!

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Accompagnée de ses enfants, Jonathan, Jérémy, Anne-Marie et Jacob, ainsi que de son mari, Craig Howat, Annie Laroche a passé le dernier Noël à Québec.
Accompagnée de ses enfants, Jonathan, Jérémy, Anne-Marie et Jacob, ainsi que de son mari, Craig Howat, Annie Laroche a passé le dernier Noël à Québec. Photo fournie par ANNIE LAROCHE

À bord de son véhicule, on jase de tout. De son attachement pour La Nouvelle-Orléans. De ses quatre enfants. De son mari, Craig, lui aussi enseignant et qui a occupé pendant une vingtaine d’années un emploi secondaire avec les Saints, qui a permis à la famille de détenir des billets de saison.

Elle fait même un petit détour pour me montrer la maison où habitait nul autre que Drew Brees, l’immortel quart-arrière des Saints, qui s’est vraiment impliqué dans la renaissance de la ville dès son arrivée avec l’équipe, un an après Katrina. Du bonbon!

Quand la ville a disparu

Lors de notre passage, le lac Pontchartrain était loin d’être redoutable comme lors de l’ouragan de 2005.
Lors de notre passage, le lac Pontchartrain était loin d’être redoutable comme lors de l’ouragan de 2005. Photo STÉPHANE CADORETTE

Puis, on passe aux choses sérieuses. Annie m’amène aux abords du lac Pontchartrain, paisible par cette douce soirée. Bien loin de cette journée du 30 août 2005, quand ses eaux, affolées par la puissance de l’ouragan, ont fini par submerger des pans entiers de la ville. Des brèches dans le système de digues ont provoqué l’inondation de 80% de la ville, située sous le niveau de la mer et entourée à la fois du lac et du fleuve Mississippi.

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Les dégâts ont été inimaginables. Plus de 1800 morts, des maisons et commerces complètement rasés, des dommages évalués à 108 G$ US, trois millions de personnes privées d’électricité pendant des semaines.

Les inondations ont submergé des quartiers entiers, quand l’ouragan «Katrina» a frappé.
Les inondations ont submergé des quartiers entiers, quand l’ouragan «Katrina» a frappé. Photo AFP

«Tu vois cette maison ici? L’eau montait jusqu’à la toiture. Il y avait des montagnes de déchets partout pendant des mois», me raconte Annie, au volant, dans les secteurs les plus durement touchés, redevenus coquets depuis.

À l’époque, Annie et Craig ont dû évacuer en grande vitesse vers Lafayette. Avec leurs deux garçons de 3 ans et demi, leur bébé de 2 mois et leurs deux labradors.

«On a eu quelques dégâts à la maison et on a perdu l’électricité pendant trois semaines, mais rien de comparable à la majorité des gens ici. Je me suis souvent fait demander à cette époque-là: mais pourquoi vous ne déménagez pas?

«Tu veux que j’aille où? Ici, c’est chez nous! La Nouvelle-Orléans, c’est une saveur unique aux États-Unis, avec des racines entremêlées de culture que tu ne peux pas déraciner. Je suis tombée en amour avec la culture louisianaise», lance-t-elle dans un convaincant plaidoyer.

Les ravages de «Katrina» ne sont à peu près plus visibles aujourd’hui, mais pendant des années, La Nouvelle-Orléans a souffert.
Les ravages de «Katrina» ne sont à peu près plus visibles aujourd’hui, mais pendant des années, La Nouvelle-Orléans a souffert. Photo AFP

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Tandis qu’on serpente les rues cahoteuses, Annie me fait remarquer à plusieurs reprises des terrains toujours vacants. Vingt ans plus tard! Comme si Katrina avait gardé pour elle à tout jamais certains morceaux volés par sa rage.

Et le football, là-dedans?

Drew Brees et les Saints ont donné une immense dose de bonheur aux gens éprouvés de La Nouvelle-Orléans.
Drew Brees et les Saints ont donné une immense dose de bonheur aux gens éprouvés de La Nouvelle-Orléans. Photo AFP

Pour poursuivre la discussion, ma guide me propose un verre et une bouchée au Velvet Cactus. Normal, c’était l’un des endroits de prédilection de l’ex-entraîneur-chef des Saints, Sean Payton, rien de moins!

On commande une trempette typique de la place, à l’écrevisse, qui abonde dans la région.

Je mourrais heureux et en paix en repensant à cet amuse-gueule divin, si la faucheuse décidait contre mon gré que j’ai assez fait de bêtises et que le moment est venu.

Heureusement, mon heure n’est pas venue, et je reparle à Annie des frissons qui m’ont envahi en imaginant les rues où elle venait de m’amener, qui ont repris vie après avoir été englouties.

Et c’est là qu’on s’est mis à jaser de football. Ça peut sonner étrange, mais le lien était pourtant évident.

La Nouvelle-Orléans s’est en partie reconstruite avec l’essor des Saints, survenu en 2006 grâce à l’arrivée de Brees et Payton. Seulement quatre ans plus tard, au terme de la saison de 2009, ils remportaient le Super Bowl, pour une ville qui soignait encore ses plaies.

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Le Super Bowl des Saints a été célébré en grande pompe par une ville qui se remettait à peine de la dévastation de l’ouragan «Katrina».
Le Super Bowl des Saints a été célébré en grande pompe par une ville qui se remettait à peine de la dévastation de l’ouragan «Katrina». Photo fournie par ANNIE LAROCHE

«Les Saints ont joué un rôle majeur dans la renaissance de la ville. Les gens, ici, ont eu vraiment peur que l’équipe parte vers San Antonio dans ces années-là. L’humeur était morose. Ils se disaient que la misère après Katrina ne finirait jamais.

«Quand ils ont gagné le Super Bowl, quatre ans plus tard, je me rappelle qu’il y avait encore des toits de maison en toile bleue partout, en attente de réparation. Tout n’était pas revenu à la normale, mais les Saints ont donné aux gens une raison de croire et de se rassembler», m’explique celle qui a vécu la parade avec sa famille.

Fiers partisans des Saints, les membres de la famille Laroche ont savouré le défilé des champions des Saints en février 2010, au centre-ville de La Nouvelle-Orléans.
Fiers partisans des Saints, les membres de la famille Laroche ont savouré le défilé des champions des Saints en février 2010, au centre-ville de La Nouvelle-Orléans. Photo fournie par ANNIE LAROCHE

Place à la visite

Aujourd’hui, La Nouvelle-Orléans se prépare à recevoir son troisième Super Bowl depuis la désolation de 2005. C’est dire toute la résilience de cette ville.

«Économiquement, la présentation des Super Bowl a aidé. Quand tu reçois de la visite, tu passes la balayeuse. On va au centre-ville et quand on réalise que la ville s’est mise toute belle pour la visite, c’est valorisant», témoigne Annie.

Le mari d’Annie Laroche, Craig Howat, travaillait pour les Saints au Superdome lors du Super Bowl 47, marqué par une longue panne d’électricité. Il s’est amusé à faire croire que c’est lui qui avait «tiré la plogue».
Le mari d’Annie Laroche, Craig Howat, travaillait pour les Saints au Superdome lors du Super Bowl 47, marqué par une longue panne d’électricité. Il s’est amusé à faire croire que c’est lui qui avait «tiré la plogue». Photo fournie par ANNIE LAROCHE

Malgré sa toute-puissance, Katrina a sorti Annie Laroche de La Nouvelle-Orléans pendant quelques jours seulement. Aussi bien dire que rien ne pourra jamais sortir La Nouvelle-Orléans d’Annie Laroche.

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