Le football a guéri bien des blessures à La Nouvelle-Orléans
Rencontre avec une Québécoise qui a tout vécu dans cette ville éprouvée de la Louisiane depuis 30 ans


Stéphane Cadorette
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LA NOUVELLE-ORLÉANS | Il y a le centre-ville de La Nouvelle-Orléans, où la visite converge pendant la semaine du Super Bowl. Il y a aussi, tout près, l’autre visage de la ville, marquée à vie jusqu’au fond de ses entrailles par le passage dévastateur de l’ouragan Katrina en 2005. C’est là qu’Annie Laroche, enseignante québécoise qui habite dans la région depuis 1995, m’a amené pour me faire saisir l’ampleur du désastre d’il y a 20 ans. Et pour comprendre aussi comment le football, c’est bien plus que du sport, parfois, dans la vie.
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Annie Laroche a quitté Québec à peu près en même temps que les Nordiques pour aller s’installer en Louisiane. Après la saisissante visite guidée qu’elle m’a offerte pour découvrir mercredi soir La Nouvelle-Orléans autrement, je suis maintenant convaincu d’une chose. Cette année-là, en 1995, Québec a perdu deux monuments!
Celle qui n’avait que 22 ans à l’époque s’est mise à enseigner l’histoire louisianaise, pour laquelle elle se passionne, ainsi que le français. Elle continue aujourd’hui à prodiguer son savoir en français et en géographie. Ses élèves sont mieux de s’atteler, elle en a des choses à dire!

À bord de son véhicule, on jase de tout. De son attachement pour La Nouvelle-Orléans. De ses quatre enfants. De son mari, Craig, lui aussi enseignant et qui a occupé pendant une vingtaine d’années un emploi secondaire avec les Saints, qui a permis à la famille de détenir des billets de saison.
Elle fait même un petit détour pour me montrer la maison où habitait nul autre que Drew Brees, l’immortel quart-arrière des Saints, qui s’est vraiment impliqué dans la renaissance de la ville dès son arrivée avec l’équipe, un an après Katrina. Du bonbon!
Quand la ville a disparu

Puis, on passe aux choses sérieuses. Annie m’amène aux abords du lac Pontchartrain, paisible par cette douce soirée. Bien loin de cette journée du 30 août 2005, quand ses eaux, affolées par la puissance de l’ouragan, ont fini par submerger des pans entiers de la ville. Des brèches dans le système de digues ont provoqué l’inondation de 80% de la ville, située sous le niveau de la mer et entourée à la fois du lac et du fleuve Mississippi.
Les dégâts ont été inimaginables. Plus de 1800 morts, des maisons et commerces complètement rasés, des dommages évalués à 108 G$ US, trois millions de personnes privées d’électricité pendant des semaines.

«Tu vois cette maison ici? L’eau montait jusqu’à la toiture. Il y avait des montagnes de déchets partout pendant des mois», me raconte Annie, au volant, dans les secteurs les plus durement touchés, redevenus coquets depuis.
À l’époque, Annie et Craig ont dû évacuer en grande vitesse vers Lafayette. Avec leurs deux garçons de 3 ans et demi, leur bébé de 2 mois et leurs deux labradors.
«On a eu quelques dégâts à la maison et on a perdu l’électricité pendant trois semaines, mais rien de comparable à la majorité des gens ici. Je me suis souvent fait demander à cette époque-là: mais pourquoi vous ne déménagez pas?
«Tu veux que j’aille où? Ici, c’est chez nous! La Nouvelle-Orléans, c’est une saveur unique aux États-Unis, avec des racines entremêlées de culture que tu ne peux pas déraciner. Je suis tombée en amour avec la culture louisianaise», lance-t-elle dans un convaincant plaidoyer.

Tandis qu’on serpente les rues cahoteuses, Annie me fait remarquer à plusieurs reprises des terrains toujours vacants. Vingt ans plus tard! Comme si Katrina avait gardé pour elle à tout jamais certains morceaux volés par sa rage.
Et le football, là-dedans?

Pour poursuivre la discussion, ma guide me propose un verre et une bouchée au Velvet Cactus. Normal, c’était l’un des endroits de prédilection de l’ex-entraîneur-chef des Saints, Sean Payton, rien de moins!
On commande une trempette typique de la place, à l’écrevisse, qui abonde dans la région.
Je mourrais heureux et en paix en repensant à cet amuse-gueule divin, si la faucheuse décidait contre mon gré que j’ai assez fait de bêtises et que le moment est venu.
Heureusement, mon heure n’est pas venue, et je reparle à Annie des frissons qui m’ont envahi en imaginant les rues où elle venait de m’amener, qui ont repris vie après avoir été englouties.
Et c’est là qu’on s’est mis à jaser de football. Ça peut sonner étrange, mais le lien était pourtant évident.
La Nouvelle-Orléans s’est en partie reconstruite avec l’essor des Saints, survenu en 2006 grâce à l’arrivée de Brees et Payton. Seulement quatre ans plus tard, au terme de la saison de 2009, ils remportaient le Super Bowl, pour une ville qui soignait encore ses plaies.

«Les Saints ont joué un rôle majeur dans la renaissance de la ville. Les gens, ici, ont eu vraiment peur que l’équipe parte vers San Antonio dans ces années-là. L’humeur était morose. Ils se disaient que la misère après Katrina ne finirait jamais.
«Quand ils ont gagné le Super Bowl, quatre ans plus tard, je me rappelle qu’il y avait encore des toits de maison en toile bleue partout, en attente de réparation. Tout n’était pas revenu à la normale, mais les Saints ont donné aux gens une raison de croire et de se rassembler», m’explique celle qui a vécu la parade avec sa famille.

Place à la visite
Aujourd’hui, La Nouvelle-Orléans se prépare à recevoir son troisième Super Bowl depuis la désolation de 2005. C’est dire toute la résilience de cette ville.
«Économiquement, la présentation des Super Bowl a aidé. Quand tu reçois de la visite, tu passes la balayeuse. On va au centre-ville et quand on réalise que la ville s’est mise toute belle pour la visite, c’est valorisant», témoigne Annie.

Malgré sa toute-puissance, Katrina a sorti Annie Laroche de La Nouvelle-Orléans pendant quelques jours seulement. Aussi bien dire que rien ne pourra jamais sortir La Nouvelle-Orléans d’Annie Laroche.