Le financement des fédérations sera revu


Jessica Lapinski
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Le financement des fédérations sportives canadiennes sera revu à compter d’avril 2023 afin de les rendre plus imputables, a annoncé hier la ministre Pascale St-Onge, dans la foulée des nombreuses révélations d’abus, de maltraitance et de mauvaise gestion faites récemment par des centaines athlètes.
Cette décision s’inscrit au nombre des mesures que la ministre des Sports du Canada souhaite mettre en place pour protéger les athlètes canadiens dans un contexte de « crise du sport sécuritaire », comme elle l’a elle-même qualifié.
Dans les derniers mois, des sportifs provenant de plusieurs nombreuses fédérations canadiennes – la boxe, la gymnastique, le skeleton et le bobsleigh, notamment – ont publié des lettres ouvertes afin de dénoncer les divers abus dont ils se disent victimes.
Des balises à définir
Certaines gymnastes, par exemple, disent avoir été frappées par des entraîneurs ou encore, forcées de s’entraîner jusqu’à ce qu’elles soient à bout de force. D’autres ont raconté avoir subi durant des années des pressions visant à leur faire perdre du poids.
« Mon lien avec le système passe principalement par le financement », a précisé Mme St-Onge.
Les balises n’ont pas encore été établies, a pointé la ministre. « Nous ne pouvons tout changer en quelques semaines, mais je voulais faire un suivi public sur les discussions que nous avons eues [depuis les tables rondes de mars] et le travail que nous avons effectué », a-t-elle ajouté.
Ainsi, Mme St-Onge a annoncé que les organisations sportives qui reçoivent du financement fédéral devront respecter des standards spécifiques en ce qui a trait à la gestion, à leur imputabilité et à la sécurité.
Adhésion obligatoire
Ces nouveaux prérequis standards seront développés par Sport Canada dans les prochains mois. Mais les fédérations sportives nationales peuvent s’attendre à voir leurs agissements être scrutés davantage.
« Cette révision est essentielle, a déclaré la ministre. Elle va nous permettre de renforcer notre capacité à faire des suivis et des vérifications, afin de nous assurer que les standards sont atteints par les organisations. »
L’un de ces nouveaux prérequis, a-t-elle aussi dit, sera de rendre progressivement obligatoire l’adhésion au Bureau de la commissaire à l’intégrité dans le sport.
Ce comité indépendant surnommé le BCIS, qui avait déjà été annoncé à la fin mars, lancera ses opérations le 20 juin. Il sera dirigé par l’ancienne nageuse artistique Sarah-Eve Pelletier, qui a travaillé comme avocate au terme de sa carrière sportive et pour le Comité olympique canadien.
Dans le plus récent budget fédéral, 16 millions $ ont été octroyés sur trois ans pour soutenir le BCIS, qui aura pour but de recevoir les plaintes.
« Il offre aux athlètes un chemin clair pour signaler les cas d’abus et de mauvais traitements, a dit Mme St-Onge. C’est une avancée majeure dans notre système sportif. »
Hier, la ministre a aussi annoncé la mise sur pied d’un comité composé d’athlètes, afin que ces derniers puissent faire entendre leur voix dans les discussions.
« Notre objectif est d’arriver à un équilibre entre les performances et le bien-être des athlètes, dans un système sportif qui travaille pour eux et avec eux, a-t-elle souligné. Nous voulons que tous retrouvent la confiance dans le système et la joie qui représente le sport dans nos vies. »
Mal reçu par les gymnastes
Les annonces d’hier n’ont pas réjoui Gymnasts4Change, le groupe à l’origine de la lettre ouverte dénonçant les abus chez Gymnastique Canada.
« Nous n’avons toujours pas de stratégie de prévention des abus, ont-ils écrit au Journal. Ce qui a été discuté [hier] signifie que les abus se seront déjà produits et que le fardeau demeure sur les épaules des athlètes, qui devront traverser un processus difficile.
« Il y a plus de 1000 athlètes canadiens, dans plusieurs sports, qui attendent une solution pour les problèmes qui existent déjà. Ceux-ci ne peuvent être réglés par un processus qui ne fait que regarder vers l’avant. Si nous n’examinons pas le passé, il n’y aura pas d’occasion de faire des amendements, d’aider les athlètes dans leur guérison. »