Le documentaire «Janette et filles»: le parcours d’une infatigable féministe


Guillaume Picard
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Janette Bertrand a lutté toute sa vie contre les inégalités entre les hommes et les femmes, un combat alimenté par sa «colère» envers les injustices.
Pionnière, défricheuse et révolutionnaire à sa manière, elle aurait pu déposer les armes depuis belle lurette, mais elle continue avec une énergie peu commune, à 97 ans, à vouloir comprendre, sensibiliser et faire bouger les choses, la société prenant un temps fou à évoluer malgré les améliorations notables, faut-il en convenir.

Sa quête pour que les femmes soient traitées sur un pied d’égalité avec les hommes, pour qu’elles ne soient plus harcelées, agressées et violentées, pour qu’elles puissent disposer de leur corps, a révélé une humaniste bienveillante et déterminée.
Dès les années 1950, dans le courrier du cœur qu’elle a tenu pendant 17 ans, Janette Bertrand a abordé de front une foule de tabous, parlant de sexualité, de viol ou d’amours illicites.
«Il faut beaucoup d’amour pour les êtres humains pour leur dire: "évolue mon chum, fais quelque chose. Oui, depuis que tu es né que ça se fait comme ça, mais peut-être qu’il y a d’autres façons de faire"», a dit Janette Bertrand en entrevue avec l’Agence QMI.

Dans ses émissions «Parler pour parler» et «L’amour avec un grand A», présentées à Radio-Québec (aujourd’hui Télé-Québec), elle a accueilli à sa table des marginaux et des laissés-pour-compte, donnant une voix à des homosexuels, à des transsexuels, à des gens atteints du VIH ou à des hommes violents, entre autres sujets.
Pour rendre hommage et saluer le riche parcours de cette féministe de la première heure, Léa Clermont-Dion présente dans le documentaire «Janette et filles» la femme, la mère et l’épouse, mais aussi la journaliste, la scénariste, l'actrice, l’autrice, la féministe et la psychologue, autant de chapeaux enfilés au cours des sept dernières décennies.

«Aujourd’hui, les féministes parlent de masturbation, de désir, de jouissance, de menstruations, mais Janette le faisait alors que c’était l’opprobre. Elle a pavé le chemin pour qu’on puisse avancer», a mentionné la jeune femme de 31 ans, saluant son «courage exceptionnel».
Ce documentaire regorgeant d’images d’archives fait œuvre utile et est «un devoir de mémoire» pour la réalisatrice, qui s'est aussi entretenue avec des héritières de Janette Bertrand, que sont Chris Bergeron, Régine Bertrand, Gabrielle Boulianne-T, Martine Delvaux, Claudia Larochelle, Kim Lévesque Lizotte, Noémi Mercier et Guylaine Tremblay. Cette dernière dit que Janette «a déniaisé le Québec».
«J’ai vraiment réalisé que les nouvelles générations devaient prendre conscience de son legs, de son héritage, car on a la mémoire courte», a indiqué Léa Clermont-Dion, qui a également coréalisé le documentaire «Je vous salue salope: la misogynie au temps du numérique».
- Écoutez l'entrevue avec Léa Clermont-Dion à l’émission de Sophie Durocher diffusée chaque jour en direct 14 h 38 via QUB radio :
Chris Bergeron, une femme trans qui est vice-présidente Créativité inclusive chez Cossette, se désole dans le documentaire de «la lenteur de l’évolution» et ajoute qu’«il aurait fallu 10 Janette Bertrand».
«Oui, il y a des progrès, mais tu ne changes pas la mentalité des gens [rapidement]. Il y a encore des femmes qui se trouvent "nounounes", qui disent "je ne sais rien", qui pensent qu’elles sont inférieures, et il y a des hommes qui se trouvent supérieurs. Ça, c’est très difficile à changer, c’est l’éducation, ça prend des années à changer», a relaté Janette Bertrand, qui ne souhaitait pas que «L’amour avec un grand A» prenne fin.
«Ce n’est pas moi qui suis partie. À un moment donné, le directeur est mort pendant le temps des Fêtes. [...] Puis on m’a dit qu’il n’y aurait plus de dramatiques. La vocation a changé et je n’avais plus de place.»
Encore des projets
Janette Bertrand est impatiente de célébrer son 100e anniversaire, elle qui continue de «prouver» jour après jour sa valeur à son défunt père. D’ici au 25 mars 2025, elle ne manque pas de projets et son besoin de «s’occuper l’esprit» ne s’essouffle pas.
Elle a plus d’un livre en chantier et vient de signer une chanson pour Lynda Lemay, «Parle-moi», traitant notamment de violence dans un couple.
Le documentaire «Janette et filles» est présenté le mercredi 12 octobre, à 20 h, à Télé-Québec.