Le développement du hockey au Québec «n’est pas juste de la chnoute», selon Jocelyn Thibault, qui a officiellement remis son plan stratégique à Hockey Québec


Kevin Dubé
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Hockey Québec doit continuer de «cultiver l’excellence et le développement des talents afin d’accroître [les] performance[s] à l’échelle provinciale et nationale», estime son ancien directeur général, Jocelyn Thibault. Cet objectif fait d'ailleurs partie du plan stratégique qu'il a remis juste avant de quitter la fédération, il y a trois semaines.
Car le Québec ne fait pas complètement fausse route en matière de développement de joueurs de hockey, estime Thibault, qui a inscrit sept grandes orientations à ce plan sur lequel il travaillait depuis un an, et qui guideront Hockey Québec pour la prochaine période se terminant en 2027.
Le développement des talents est d'ailleurs un sujet d'actualité, alors que le Québec a mauvaise presse depuis quelques années. Particulièrement lors des deux dernières, durant lesquelles un nombre historiquement peu élevé de joueurs d’ici ont été repêchés dans la LNH.
Dans son plan stratégique, Thibault estime qu’il faut notamment «définir les parcours et les modèles de développement des joueur.euse.s dans le volet Excellence, en s’inspirant des avancées scientifiques et des meilleures pratiques pour rester à l’avant-garde du domaine.»
Par là, il estime notamment qu’il faudra statuer sur une question fondamentale: à quel âge doit-on commencer à parler d’élite?
«Ce n’est pas juste de la chnoute, ce qu’on fait au Québec, tempère-t-il tout d’abord. Il y a de bonnes choses qui se font, mais il y a aussi beaucoup de travail à faire. On spécialise nos jeunes trop tôt et je pense qu’on pourrait retarder un peu.
«Il faut que nos joueurs deviennent des athlètes plus complets, poursuit-il. Malheureusement, la fédération se bat contre des mentalités d’entrepreneurs privés ou de parents qui font la course du développement et qui pensent qu’un jeune doit être 28 heures sur la glace par semaine sinon il n’aura pas de chances de jouer dans la LNH.»
Thibault pense notamment aux pays scandinaves, la Suède en premier lieu, qui ne commence à spécialiser ses jeunes hockeyeurs qu’à partir de l’âge de 14 ans (M15).
Une croissance révélatrice
Et il est pertinent de regarder de ce côté pour comprendre ce qui se fait de bien en matière de développement, selon le directeur général sortant.
Thibault a compilé le nombre total de joueurs qui ont joué au moins un match dans la LNH lors de la saison 2000-2001, puis a refait l’exercice lors de la dernière saison, en 2023-2024.
Trois pays ont connu une croissance importante: les États-Unis (hausse de plus de 13%), la Suède (5%) et la Finlande (1,5%).
Le Canada en général est quant à lui en baisse de 13%.
«Ce que les États-Unis et les Suédois offrent notamment et qu’on a de la difficulté à offrir ici, c’est un développement à long terme de l’athlète. En Europe, un joueur qui est repêché dans la LNH peut retourner dans son équipe et y jouer quelques années, jusqu’à ce qu’il soit prêt à faire le saut. Aux États-Unis, un joueur peut jouer généralement jusqu’à quatre ans avant de devoir signer avec son équipe. Ici, au Canada, tu n’as que deux ans pour signer. Avec le nombre de contrats maximum dans la LNH, cette réglementation nous fait mal.»
Identifier l’athlète
Mais au-delà des règles de la LNH, Thibault reconnaît qu’il faut faire mieux en matière d’identification du potentiel des athlètes. Depuis un certain temps, de nombreux recruteurs de la LNH déplorent le fait que le Québec ne pense pas en fonction du potentiel professionnel d’un joueur et que certains des meilleurs athlètes, laissés de côté à un bas âge, se tournent plutôt vers d’autres sports, dont le basketball, le soccer et le football.
Hockey Québec a d’ailleurs commencé à penser en fonction du «potentiel développable» d’un joueur, depuis quelques années, estime Thibault, si bien qu’à certaines occasions, il a laissé de côté des joueurs plus productifs au détriment de hockeyeurs ayant un meilleur potentiel à long terme, pour des événements d’envergure.
«Avec cette vision, quand tu fais une sélection pour Équipe Québec, ça se peut que tu laisses de côté un joueur qui est deuxième meilleur marqueur de sa ligue. On a commencé à penser en fonction du potentiel développable et ça implique que, parfois, il faut laisser de côté un joueur qui fait plus de points pour un autre, un peu plus grand, avec des pieds un peu moins habiles, mais avec un meilleur potentiel à long terme. On a eu de la chaleur pour ça. Le téléphone a sonné pas mal dans nos bureaux parce que des gens n’étaient pas contents. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs», raconte-t-il.
La gouvernance, le premier domino qui doit tomber

Sans aucune surprise, la première orientation proposée par Jocelyn Thibault dans son plan stratégique à Hockey Québec porte sur la saine gouvernance puisque, tant que ce problème ne sera pas réglé, il sera très difficile de changer quoi que ce soit d’autre, estime-t-il.
Cette première orientation s’intitule: «implanter un modèle sain de gouvernance dans toutes les instances du hockey au Québec» et ses objectifs sont clairs, notamment de «clarifier et définir les rôles, responsabilités et pouvoirs des membres de direction au niveau provincial, régional et local pour optimiser la gouvernance de la fédération» et «établir une séparation claire entre les décisions stratégiques et les opérations quotidiennes par des cadres de gouvernance adaptés au niveau provincial, régional et local».
Il s’agit de la base, pour Thibault, afin d’opérer de vrais changements.
«Pour moi, la gouvernance, c’est le solage d’une maison. C’est la structure, les assises d’une organisation, et c’est par là que ça passe. Si ce n’est pas solide, le reste de la maison va en souffrir et ça va craquer dans les joints. C’est pourquoi c’est très important et qu’on l’a placé comme première orientation.»
L’homme de hockey l’a répété : ça va prendre des années avant d’être où il aurait aimé que ce soit à son arrivée. Par contre, avant de quitter, il constatait des progrès dans la volonté des associations régionales à changer leurs façons de faire et à accepter les recommandations de Hockey Québec.
«À certains endroits, on sent que les conseils d’administration s’éloignent tranquillement des organisations. On voit des postes de conseillers techniques et de directeurs opérationnels être créés.
«Ce qui demeure complexe, et c’est l’une des raisons de mon départ, c’est que les régions sont autonomes. Si elles ne veulent pas suivre ce que Hockey Québec recommande, rien ne les oblige.»
Optimiste
Même s’il sait que ce n’est pas gagné d’avance, Thibault se dit optimiste pour la suite des choses.
«Si j’ai un souhait pour la fédération, c’est qu’on soit vraiment capable de mettre la politique de côté et qu’on fasse du hockey. Ce n’est pas simple, mais il faut commencer à penser en fonction de notre structure du futur. Il y a de la compétition et si les familles n’ont pas une bonne expérience au hockey, elles vont aller ailleurs. Il faut arriver avec une structure agile, apolitique, axée sur le développement du sport et qui laisse les jeux politiques de côté. Il faut faire du hockey. Si on fait ça, et c’est là que le nouveau conseil d’administration veut se diriger, je pense que ça va aller.»
Les sept orientations du plan stratégique de Jocelyn Thibault
1. Implanter un modèle sain de gouvernance dans toutes les instances du hockey au Québec.
2. Viser l’excellence administrative et organisationnelle en plaçant l’accent sur le financement et le capital humain pour s’assurer d’une viabilité financière.
3. Optimiser nos stratégies de communication pour atteindre directement les membres et les différents partenaires impliqués dans la pratique du sport.
4. Améliorer l’encadrement et développer un accompagnement enrichi pour les entraîneur.e.s et officiels.
5. Organiser différemment notre hockey pour assurer une interaction du plaisir et de l’apprentissage à tous les niveaux de pratique du hockey.
6. Cultiver l’excellence et le développement des talents afin d’accroître leur performance à l’échelle provinciale et nationale.
7. Accroître notre membership.