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LNH: le détour européen de «l’exceptionnel Québécois» de 2015

Anthony Martineau

2021-04-18T16:50:16Z

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Il y a déjà près de six ans, le Québécois Joe Veleno voyait Hockey Canada lui offrir le statut de «joueur exceptionnel», et il devenait du même coup le premier joueur de 15 ans à pouvoir évoluer dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ).

Aujourd’hui, comme mentionné en exclusivité par TVA Sports, le talentueux attaquant vient d'être promu sur l'escouade de réserve des Red Wings de Detroit, et il est sur le point d’effectuer ses débuts dans la Ligue nationale de hockey (LNH).

«Les dirigeants des Red Wings veulent m’observer quelques jours, mais s’ils sentent que je suis prêt, ils vont me laisser jouer», a tout récemment confié Veleno.

Fraîchement débarqué de Malmö, troisième plus grande ville de Suède, où il a disputé la dernière saison dans la SHL (la ligue élite suédoise), le Montréalais de 21 ans a dû se soumettre à une quarantaine d’une semaine à son retour en Amérique du Nord.

«Je m’attends à rejoindre les Red Wings lundi à Dallas. L’équipe y joue aussi mardi. Je ne crois pas que je jouerai ces matchs-là, mais je pourrai pratiquer avec le grand club. Ça me permettra de retrouver une bonne forme physique, puisque je suis isolé dans un hôtel depuis une semaine.»

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«Théoriquement, je suis toujours sur le protocole des commotions cérébrales, car j’ai eu une petite blessure à Malmö. Mais c’est une question de jours avant que je sois apte à reprendre l’action. Je crois vraiment être prêt pour la LNH.»

Évidemment, après toutes ces années de dur labeur, Veleno est très excité d’enfin voir son rêve être à portée de main.

«C’est sûr que de savoir que mon premier match professionnel est proche à ce point-là, c’est gros. J’ai travaillé fort toute ma vie pour ça.»

Attentes élevées

C’est le 4 juin 2015 qu’Hockey Canada accepte la demande de Veleno et lui offre le statut de «joueur exceptionnel». À 14 ans, le longiligne gaucher vient de connaître une saison de 52 points en 41 matchs avec les Lions du Lac St-Louis dans le midget AAA.

Encore aujourd’hui, le Québécois pense avoir pris la bonne décision en insistant auprès des dirigeants canadiens pour obtenir le titre.

«Je voulais vraiment jouer dans la LHJMQ à 15 ans. Je croyais être prêt pour cette aventure-là, et c’était important pour moi d’affronter des joueurs plus vieux et plus costauds rapidement.»

Et Veleno, repêché par les Sea Dogs de Saint-Jean, s’est assuré de rassurer tout le monde dès ses débuts dans la LHJMQ. À sa première saison dans le circuit Courteau, il récolte 43 points en 62 matchs. Des chiffres très respectables pour un jeunot de 15 ans.

La saison suivante, il se montre encore plus convaincant et inscrit 40 points en 45 parties.

C’est toutefois à sa troisième campagne que le natif de Kirkland prend vraiment son erre d’aller. Nommé capitaine des Sea Dogs avant le début de celle-ci (en 2017), il compte 31 points à ses 31 premiers duels. Il est alors échangé aux Voltigeurs de Drummondville... où il explose. Avec sa nouvelle équipe, il dispute les 33 dernières parties du calendrier et obtient 48 points.

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En juin 2018, les Red Wings font de Veleno leur choix de première ronde et lui suggèrent ensuite de retourner dans la LHJMQ pour une dernière saison. Jumelé notamment à Maxime Comtois (évoluant aujourd’hui pour les Ducks d'Anaheim), Veleno survole le circuit junior québécois et termine la campagne avec 104 points en 59 matchs. De quoi impressionner ses nouveaux patrons de Detroit. En janvier, il vit aussi pour une première fois l’expérience internationale U20 et représente le Canada au Championnat mondial junior.

«Tout au long de mon parcours junior, je n’ai jamais senti que le titre de joueur exceptionnel me faisait vivre une pression quelconque. Je voulais simplement jouer au hockey et prouver aux gens que je pouvais performer comme moi je le croyais.»

«Un gros ajustement»

Le sympathique hockeyeur l’admet d’emblée, ses débuts chez les Griffins de Grand Rapids dans la Ligue américaine (LAH) en octobre 2019 ont été laborieux: trois points à ses 14 premiers matchs, combinés à une fiche de -14.

Mais Veleno, à ce moment, n’est âgé que de 19 ans et la LAH, comme on le sait, peut parfois se montrer impitoyable envers les jeunes joueurs. Qu’importe ce qu’en pensent les gérants d’estrade, la LAH est un circuit très compétitif où tous les joueurs se battent pour améliorer leur sort.

«Ç’a été un gros ajustement. Dans le junior, tu te frottes à des gars de ton âge ou plus jeunes que toi. Mais dans la LAH, tu dois affronter des adultes d’une trentaine d’années, parfois.»

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Le joueur de centre est toutefois habitué aux défis et parvient à se ressaisir. Il termine la campagne avec 23 points en 54 matchs (seulement deux points derrière Evgeny Svechnikov, qui est de trois ans son aîné), mais aussi avec trois buts gagnants.

En général, dit Veleno, sa première saison professionnelle est très bien perçue par les dirigeants des Wings.

«Si je me base sur les commentaires des dirigeants, l’équipe a été très heureuse de mon rendement, surtout en deuxième moitié de saison. Les entraîneurs m’ont confié qu’ils avaient beaucoup aimé mon impact global sur le jeu.»

Savoir se réinventer

Si Veleno ne joue que 54 matchs à sa première campagne professionnelle, c’est que la COVID-19 force la LAH à mettre ses activités sur pause. Comme plusieurs joueurs de hockey, le jeune homme se retrouve subitement enfermé chez lui, à Kirkland. Après quelques semaines, il ne tient plus en place et décide, de façon ingénieuse et à l’image du grand passionné de hockey qu’il est, de tirer profit de cette pause forcée.

Il enfile, comme dans son «jeune temps», ses patins à roues alignées, prend un bâton et une rondelle et transforme littéralement sa rue en circuit d’habiletés.

«Le hockey, c’est une passion pour moi, et c’est quelque chose qui fera partie de moi toute ma vie. J’étais tanné de ne pas pouvoir m’entraîner et de ne pas pouvoir sauter sur la glace. J’ai donc décidé de m’organiser moi-même. Ça me donnait ma dose quotidienne de hockey, et ça me faisait du bien.»

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Direction la Suède

Plaisant, le hockey de rue... mais le rêve de Veleno, lui, demeure de jouer dans la LNH. Et ce n’est pas en demeurant chez lui qu’il y parviendra.

En septembre 2020, Veleno n’a pas joué au hockey sur glace depuis huit mois. Il ne se contient plus.

«J’ai contacté mon agent et je lui ai dit que je voulais jouer. Il a rejoint les dirigeants des Red Wings et ils ont tous travaillé très fort pour me trouver un environnement où je pourrais évoluer dans un cadre compétitif et où je serais bien traité. On a tous réalisé que la LNH et la LAH ne commenceraient qu’en janvier. Je devais jouer.»

«Un autre espoir des Red Wings, Malte Setkov, évoluait à ce moment à Malmö, dans la ligue élite suédoise. Un soir, Niklas Kronwall [bras droit de Steve Yzerman et ex-joueur des Wings] s’est rendu là-bas pour le voir jouer et il a parlé de moi au directeur général de l’équipe, qui s’est montré très intéressé. Les Red Wings m’ont alors contacté pour me demander si l’aventure suédoise me tentait. J’ai évidemment accepté. À ce moment, je voulais juste rivaliser contre des adversaires dans un cadre compétitif. C’était une belle opportunité pour moi.»

Une expérience unique

À 21 ans, Veleno débarque en Suède pour la première fois de sa vie en octobre dernier. Le contraste avec l’Amérique du Nord, confirme-t-il, est frappant. Cela dit, il avoue être tombé amoureux de Malmö et des charmes de la vie suédoise.

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«J’ai adoré mon expérience là-bas. L’environnement hockey était de grande qualité, mais la qualité de vie était également fantastique, honnêtement. Les installations de l’équipe étaient très impressionnantes. Et Malmö est la troisième plus grande ville de Suède, donc il y a toujours quelque chose à faire.»

«Au sein du club, la chimie était extrêmement forte. L’une des grandes différences avec l’Amérique du Nord, c’est qu’après les matchs et les entraînements, en Suède, tous les gars restent ensemble et font des activités. Nous allions manger au restaurant, voir des matchs de soccer, de hockey. Nous allions aussi prendre un café sur le bord de l’eau. Le genre de petites choses de la vie qui sont agréables et qui soudent une équipe. Dans la LAH ou dans la LNH, les gars rentrent souvent à la maison après les entraînements. Ils vont retrouver leur copine ou leur famille...»

Veleno a adoré à ce point la Suède qu’il projette déjà d’y retourner quand la vie le lui permettra.

«C’est sûr que quand mon horaire sera moins chargé, peut-être après ma carrière, j’aimerais y retourner pour écouler mes étés. Je m’y suis fait des amis pour la vie là-bas. C’est un endroit fantastique.»

Une ligue difficile

C’est bien beau les cafés et les promenades sur la plage, mais après tout, c’est pour jouer au hockey que le jeune homme s’est rendu en Suède. D’ailleurs, un peu comme il a dû le faire à ses débuts dans la LAH, Veleno a besoin de quelques matchs pour prendre son rythme.

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La SHL, avance-t-il, est un circuit très hostile où les attaquants talentueux doivent puiser dans leurs ressources pour être en mesure de se démarquer.

«C’est une ligue où il est très difficile de se créer des opportunités. Le jeu est très fermé et les gars sont là pour gagner. Plusieurs ont joué dans la LNH ou dans la LAH, donc ce n’est pas une ligue facile. Les entraîneurs suédois demandent énormément aux joueurs sur le plan défensif. Ils veulent que les patineurs excellent sans la rondelle.

«Au départ, j’ai dû m’habituer à cette nouvelle mentalité et à la grosseur de la patinoire, tout comme j’ai dû apprendre à connaître de nouveaux coéquipiers. Les premiers matchs ont représenté un beau défi, mais j’aime les défis et j’ai pris un malin plaisir à le relever.»

Figurant parmi les plus jeunes joueurs de son équipe, Veleno complète la saison au troisième rang des buteurs et au quatrième rang des pointeurs au sein du club de Malmö, avec 11 buts et neuf mentions d’aide en 46 matchs.

Un «nouveau» Joe Veleno

Alors qu’il s’apprête à rejoindre les Red Wings pour la première fois de sa jeune carrière, Veleno ne craint pas d’affirmer que son passage en Suède l’a énormément changé. Il remercie d’ailleurs l’encadrement que lui ont offert les Wings.

«Je parlais souvent avec Shawn Horcoff et Daniel Cleary [du personnel de développement des joueurs]. Ils s’occupaient de décortiquer mes matchs avec moi via Zoom. Ils m’ont beaucoup aidé et me tenaient au courant de leurs observations et des ajustements que je devais apporter. Niklas Kronwall, lui, venait toujours me voir à l’aréna après les matchs. Je me considère chanceux d’avoir pu compter sur les conseils d’ex-grands joueurs comme ça.»

Et qu’a-t-il le plus amélioré, selon lui?

«J’ai vraiment travaillé sur l’amélioration de mon jeu sur 200 pieds. Je crois avoir beaucoup progressé sur le plan défensif. Je suis plus agressif et intelligent sans la rondelle. Je sais davantage où aller et quand y aller lorsque c'est l’adversaire qui attaque.»

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