Le départ de Guilbeault, l’occasion du Bloc dans Laurier–Sainte-Marie


Guillaume St-Pierre – analyse
Partager
OTTAWA | L’ex-ministre Steven Guilbeault a toujours été un bon joueur d’équipe depuis qu’il a fait le saut en politique. Encore hier, il a annoncé qu’il resterait au sein du caucus libéral jusqu’à sa démission prévue cet été.
Il aurait pu claquer la porte immédiatement, siéger comme indépendant, faire des vagues. Dans son discours d’adieu, aucune flèche, aucune critique envers son parti qui accumule les reculs en environnement.
Il a plutôt choisi de partir sans trop faire de bruit, à l’image des nombreuses couleuvres qu’il a dû avaler en silence au fil des ans.
Pas de flammèches
Il évite donc un choc frontal avec Mark Carney et protège la faible majorité de son parti.
Un militant plus frondeur en aurait sans doute profité pour brasser le cocotier de son patron. Mais non, celui qui a escaladé la tour du CN pour l’environnement s’est depuis longtemps assagi. Il offre ainsi un répit au premier ministre, mais ce n’est que partie remise.
Steven Guilbeault laisse une circonscription du centre-ville de Montréal peu habituée à voter libéral. Avant lui, Laurier–Sainte-Marie n’avait pas été rouge depuis les années 1980.
Cette circonscription est surtout connue pour être le fief de Gilles Duceppe, le tout premier élu du Bloc.
Le départ de Steven Guilbeault représente-t-il une occasion pour les bloquistes ? Il fallait voir le sourire du chef Yves-François Blanchet lorsque la question lui a été posée au Parlement.
« Pour des raisons de contenu et de sujets et d’historiques, on va être hautement compétitif dans Laurier–Sainte-Marie », a-t-il lancé. « Ce sera une tribune exceptionnelle pour ramener les valeurs progressistes du Bloc Québécois. »
Par ces « valeurs », Yves-François Blanchet parle évidemment de l’environnement, un intérêt qu’il partage avec Guilbeault.
Mark Carney ne va pas pleurer le départ de celui qui était devenu un caillou inconfortable dans sa chaussure. Il a d’ailleurs minimisé l’importance de son départ.
« Je sais depuis quelques mois que c’est une possibilité », a-t-il affirmé au sujet de la démission du député montréalais. « Je comprends bien sa décision et je lui souhaite le bonheur. »
Pipeline n’est plus un mauvais mot
Il faut dire que l’opinion publique a bougé depuis que Justin Trudeau a recruté l’activiste.
Un récent sondage indique que 61 % des Canadiens pensent maintenant que la croissance économique doit primer lorsqu’il est question de politique énergétique.
Il y a sept ans, 55 % des répondants jugeaient que l’environnement devait être la priorité.
Toutefois, ces nombreux reculs environnementaux au profit de l’économie n’ont pas encore été soumis à l’épreuve de la réalité.
On construit rarement un pipeline ou quelque grand projet sans casser des œufs.
Ceux qui ont porté Steven Guilbeault au pouvoir auront bientôt l’occasion de juger le bilan des nouveaux libéraux sous Mark Carney.
Le premier ministre fera alors face à tout un test au Québec.