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Le décès d’une juge fait monter la tension

Photo AFP
Photo portrait de Pierre Martin

Pierre Martin

2020-09-22T09:00:00Z

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Le remplacement de Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême provoquera une confrontation partisane titanesque aux retombées politiques imprévisibles et potentiellement profondes.

Vendredi dernier, l’annonce du décès de cette tête de file du mouvement d’affirmation des droits des femmes aux États-Unis est venue ébranler la campagne électorale.

L’effet des luttes qui entoureront son remplacement sur l’élection est difficile à anticiper, mais si le président et ses alliés du Sénat installent un nouveau juge avant janvier prochain, ce qui est fort probable, les conséquences seront colossales, et ce, même si Joe Biden devient président.

Conséquences incalculables

Ce décès laisse en place trois juges de tendance libérale et cinq juges conservateurs, dont le juge en chef John Roberts, qui parvenait néanmoins à maintenir la légitimité et la crédibilité de la Cour en s’alliant occasionnellement avec les libéraux. 

Un sixième juge conservateur fera pencher la Cour résolument à droite, et pour longtemps. 

L’évolution démographique fait perdre du terrain au conservatisme aux États-Unis et les conservateurs sentent le pouvoir leur échapper, mais une majorité assurée à la Cour suprême pourrait leur permettre de freiner tout virage progressiste et même de renverser le progrès social déjà accompli pour recréer cette époque révolue où l’Amérique était, à leurs yeux, « Great ». 

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Monumentale hypocrisie

Dès l’annonce du décès de la juge Ginsburg, le président et le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, annonçaient leur intention d’expédier la nomination d’un ou d’une juge de leur choix. 

Pourtant, en 2016, McConnell avait refusé de considérer le juge proposé par Barack Obama, selon le « principe » qu’il ne fallait pas nommer un nouveau juge pendant une année électorale. La promesse de Trump de nommer des juges ultraconservateurs a pesé lourd en sa faveur en 2016.

Aujourd’hui, McConnell et les républicains font preuve d’une monumentale hypocrisie en jetant ce « principe » par la fenêtre. En fait, le seul principe qui compte pour eux est le pouvoir, et rien ne les empêchera d’aller de l’avant s’ils ont les 50 votes nécessaires, avant ou après l’élection.

Deux sénatrices ont déjà annoncé leur refus d’appuyer ce processus, mais il ne serait pas étonnant que leurs collègues, qui salivent déjà à l’idée de cimenter le contrôle républicain sur la branche judiciaire, aient le dernier mot.

Des effets imprévisibles

Les effets de cette confrontation sur l’élection sont incertains et s’avéreront probablement marginaux. L’enjeu profitera peut-être à Trump s’il détourne l’attention de sa performance catastrophique sur la pandémie. Ses opposants croient cependant qu’il fouettera l’ardeur des démocrates. 

Si les républicains réussissent à nommer un juge conservateur avant l’élection ou dans l’intérim, cela pourrait avoir des effets dévastateurs sur la perception de la légitimité de la Cour. 

Les États-Unis, sous haute tension depuis plusieurs mois, se dirigeaient déjà vers une possible crise de légitimité politique en marge de l’élection de novembre. Avec le décès de la juge Ginsburg et la crise qui s’amorce autour de son remplacement, la tension vient de monter de plusieurs crans.

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