D'un capitaine à l'autre: le conseil de Brian Gionta à Nick Suzuki
L’ancien capitaine du CH se rappelle ses années à Montréal


Jean-François Chaumont
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Brian Gionta avait 31 ans quand Jacques Martin l’a nommé capitaine du Canadien. Avant de voir Pierre Gervais lui broder cette lettre sur son gilet, il avait joué le rôle d’adjoint la saison précédente à Montréal et dans le passé avec les Devils du New Jersey.
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À l’aube de la saison 2022-2023, une saison axée sur la reconstruction, Nick Suzuki a hérité du titre de capitaine. À 23 ans, l’Ontarien a écrit une page d’histoire de l’équipe en devenant le plus jeune joueur du CH à recevoir cet honneur.
Dans une entrevue récente au Journal pour parler de la retraite de P.K. Subban, Gionta est revenu sur son règne de quatre saisons comme capitaine à Montréal (de 2010-2011 à 2013-2014).
« Pour moi, j’ai aimé toutes les secondes où j’ai porté le “C” à Montréal, a indiqué l’ancien ailier droit. Mais je n’étais pas à la même étape de ma carrière que Suzuki. J’étais plus vieux. Je m’y étais préparé. »
Jeune, mais intelligent
Gionta a pris une seconde ou deux pour réfléchir avant d’y aller d’un conseil pour le numéro 14 du Tricolore.
« Je lui dirais d’en profiter. Il doit vibrer au rythme de cette ville et de ses responsabilités, a mentionné l’Américain. Nick n’a pas à changer comme personne. S’il a reçu le titre de capitaine, c’est en raison de ses qualités comme meneur et comme homme. Il a gagné le respect de ses coéquipiers, de l’organisation et des partisans. »
« Je crois qu’il restera lui-même puisqu’il me semble un jeune homme très intelligent. Il connaît aussi Montréal, il y joue depuis trois ans. Il a apprivoisé son environnement et il saisit également toute l’importance de cette équipe pour la population. Il comprend aussi les interactions avec les médias. Même s’il est jeune, il a l’expérience de ce marché », a-t-il ajouté.
Un rêve
Originaire de Rochester, aux États-Unis, Gionta gardera toujours une place importante dans son cœur de son passage avec le Canadien. Encore aujourd’hui, on ressent toute la fierté dans sa voix quand il revient sur ses années à Montréal.
« J’étais un petit gars de l’État de New York qui aimait le hockey comme gamin. Premièrement, je ne croyais pas atteindre la LNH en raison de ma taille. Deuxièmement, je ne pensais pas jouer pour une équipe aussi prestigieuse. Et troisièmement, je ne pouvais m’imaginer comme capitaine un jour de cette équipe. »
« Oui, je trouvais ça vraiment spécial. Je connaissais l’histoire de cette équipe. Le Canadien n’est pas un marché comme un autre dans la LNH. Je n’étais pas au niveau des grands joueurs de l’organisation comme Jean Béliveau, Maurice Richard ou Guy Lafleur, mais je prenais ce rôle à cœur. Je voulais bien représenter l’équipe. J’aimais mes discussions avec les partisans dans la rue à Montréal. J’ai porté cette lettre avec énormément de fierté. Je voulais redonner à la ville. »
Après Koivu et Weber
L’an dernier, Shea Weber restait le capitaine du CH. Blessé, l’homme montagne avait conservé ce rôle d’une façon symbolique. Il était plus un fantôme qu’un meneur. Tout comme Suzuki, Gionta se retrouvait aussi devant une période de transition après le départ de Saku Koivu en 2009-2010 pour Anaheim.
« Ce n’était pas facile de suivre les traces de Koivu, a rappelé Gionta. Il était un héros à Montréal avec tout ce qu’il a traversé dans sa vie. Je ne voulais pas remplacer Saku, je désirais simplement jouer mon rôle à ma façon. »
« À mes débuts à Montréal en 2009-2010, Jacques n’avait pas identifié de capitaine. Il avait choisi des adjoints avec Andrei Markov, Michael Cammalleri et moi. Il voulait une période de transition pour nous donner du temps afin de comprendre cette ville et ce marché. »
« À ma deuxième saison, Jacques m’avait demandé de devenir le capitaine de l’équipe. Suzuki n’est pas vieux, mais il a encore plus d’expérience comme joueur du Canadien que moi à l’époque où j’ai hérité de ce rôle. J’en étais à ma deuxième saison avec le CH. »
Le français : une question de respect
À l’image de Saku Koivu, Brian Gionta n’a jamais offert une entrevue dans le vestiaire du Canadien dans la langue de Maurice Richard. L’ailier originaire de Rochester échangeait toutefois des salutations en français avec les journalistes avant l’arrivée des caméras.
Au téléphone, l’homme de 43 ans ouvre la conversation par « Bonjour et comment ça va ? »
C’est bien lui. Il n’a pas changé. Et plus tard dans la conversation, il sortira sa classique réponse : for sure (absolument).
De sa résidence de Buffalo, Gionta garde encore un œil sur les activités du Canadien. Il savait que Nick Suzuki avait glissé quelques mots en français le jour du tournoi de golf de l’équipe et qu’il s’était engagé à apprendre la langue.
Des efforts
À ses yeux, il n’y a aucun doute que le nouveau capitaine fait le bon choix.
« J’ai toujours gardé un esprit ouvert. Avec ma femme, nous voulions vivre l’expérience culturelle de Montréal et du Québec. Je voulais vivre une immersion. Avant de devenir le capitaine, j’avais embauché un professeur de français qui venait à la maison une fois par semaine pour la famille. J’essayais de l’apprendre, j’y consacrais des efforts. Pour moi, c’était une marque de respect. Je disais de petits mots ou de courtes phrases. C’était un signe de respect et de politesse. Parfois, c’est juste de dire merci. »
« Tu gagnes encore plus le cœur des partisans en échangeant des mots simples. Je conseille à Suzuki d’y consacrer des efforts. Est-ce qu’il deviendra bilingue ? Je ne le sais pas. Mais s’il dit qu’il veut déjà s’y attaquer, je trouve ça très intelligent de sa part. Il respecte la population où il pratique son métier », a fait remarquer Gionta.
« Mes enfants fréquentaient une garderie francophone et ils parlaient avec des amis du voisinage en français. Ça me rendait toujours heureux », s’est-il rappelé.