Le collagène: cure de jouvence ou simple tendance?
Isabelle Vallée
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Le mot collagène est sur toutes les lèvres. On lui attribue des pouvoirs presque magiques : peau plus ferme, rides estompées, cheveux plus forts, ongles plus résistants. Mais cette protéine tient‐elle réellement ses promesses ? Pour le savoir, nous avons consulté plusieurs spécialistes.
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Le collagène est l’une des protéines les plus abondantes du corps humain. On le retrouve dans la majorité de nos tissus : os, peau, muqueuses, muscles, tendons et cartilages. Il assure l’élasticité, la cohésion et la régénération de ces structures.
Dans le derme, il agit comme un véritable échafaudage : il garantit la fermeté et l’élasticité de la peau, participe à la cicatrisation et contribue à maintenir l’hydratation en aidant à retenir l’eau.
Mais dès la vingtaine, notre production naturelle commence à diminuer d’environ 1 % par année. À la périménopause, la chute peut atteindre 2 % annuellement. Résultat : la peau perd en fermeté, les rides apparaissent et les traits se relâchent.
La version IN: les suppléments
Dans l’industrie de la beauté, le collagène se décline en poudres à ajouter aux boissons, comprimés, bonbons gélifiés et même en ingrédients intégrés aux aliments. La promesse ? Lutter contre les signes du vieillissement en raffermissant la peau, en améliorant son élasticité et son hydratation, et en réduisant la profondeur des rides.
« Dans le corps humain, il existe 28 types de collagène ayant des structures et des fonctions différentes, explique la nutritionniste Myriam Beaudry. Ceux que l’on retrouve le plus souvent dans les suppléments sont les types I à V. »
Les types I et III, notamment, participent au maintien de la tonicité cutanée, améliorent la texture de la peau et contribuent à la résistance des cheveux et des ongles.
Les suppléments sont d’origine bovine ou marine. Aucune donnée probante ne démontre la supériorité de l’un sur l’autre : il s’agit avant tout d’un choix personnel. Quant au collagène végétalien, il n’existe pas à proprement parler. « Les produits dits végétaliens contiennent plutôt des acides aminés et des peptides qui imitent certains fragments du collagène, sans être issus d’une source animale », précise la chimiste et vulgarisatrice scientifique Sarah Bélanger.
Pour choisir un produit sécuritaire au Canada, Isabelle Huot recommande d’opter pour un supplément portant un Numéro de Produit Naturel (NPN) à huit chiffres délivré par Santé Canada. Ce numéro atteste que le produit a été évalué pour sa qualité, sa sécurité et sa conformité réglementaire.
Autre mention à surveiller : collagène hydrolysé. Le collagène est une grosse protéine qui, à l’état naturel, traverse difficilement la barrière digestive. Le collagène hydrolysé — aussi appelé peptides de collagène — est fragmenté en plus petites molécules, ce qui en améliore l’absorption.
Des résultats mesurables ?
Les études suggèrent que les suppléments de collagène hydrolysé pourraient améliorer l’élasticité et l’hydratation de la peau et atténuer l’apparence des rides, avec des effets observables après 8 à 12 semaines. Certaines données indiquent également un renforcement des ongles et des cheveux.
Cependant, ces recherches sont souvent de petite envergure, parfois financées par l’industrie, et manquent de recul à long terme. « Rien ne garantit que le collagène ingéré atteindra un tissu précis du corps », rappelle Myriam Beaudry. L’organisme l’utilisera là où il en a besoin.
Les spécialistes s’entendent : les risques sont faibles pour une personne en bonne santé, puisqu’il s’agit d’une protéine que nous synthétisons déjà. Mais l’efficacité demeure modeste et variable d’un individu à l’autre. De plus, pour observer des résultats, il est important de prendre les suppléments de collagène en continu. En cas de problème de santé ou de prise de médicaments, une discussion avec un professionnel demeure essentielle.
Pour un apport suffisant en collagène, on s’assure de consommer suffisamment de protéines, sans oublier les fruits et légumes, car ils jouent un rôle complémentaire : les protéines fournissent les acides aminés constitutifs (glycine, proline), tandis que les fruits et légumes (riches en vitamine C, zinc) sont essentiels à la synthèse et à la protection du collagène.
Les cinq types de collagène les plus importants
- Type I (le plus abondant): peau, tendons, os, ligaments — fermeté et structure
- Type II: cartilage — santé et souplesse des articulations
- Type III: peau, muscles, vaisseaux sanguins
- Type IV: couches profondes de la peau — filtration rénale et structure tissulaire
- Type V: peau, cheveux, cornée, tissus placentaires
La version OUT: les soins topiques
Le collagène s’est aussi imposé dans les cosmétiques. Toutefois, sous sa forme brute, la molécule est trop volumineuse pour pénétrer jusqu’au derme.
« Les molécules de collagène appliquées en surface hydratent la peau et forment un film qui limite les pertes d’eau », explique Sarah Bélanger. Elles procurent donc un effet repulpant temporaire.
Les peptides de collagène hydrolysés, plus petits, pénètrent mieux et peuvent envoyer un signal aux cellules pour stimuler la production naturelle de collagène. Cela dit, les données sur leurs bienfaits demeurent limitées. Pour des résultats visibles, mieux vaut privilégier des actifs dont les bénéfices sont appuyés par des preuves scientifiques robustes, tels que la vitamine C et le rétinol. Ces deux ingrédients sont reconnus pour stimuler efficacement la production de collagène.
« Le collagène appliqué de façon topique hydrate la peau grâce à ses propriétés humectantes et filmogènes », explique Sarah Bélanger. Il procure donc un effet repulpant temporaire, mais ne peut pas pénétrer jusqu’au derme pour remplacer le collagène perdu.
Les méthodes éprouvées
En médecine esthétique, stimuler le collagène passe par une logique simple : provoquer une microlésion contrôlée afin que la peau enclenche son processus de réparation.
« Les traitements minimalement invasifs — microaiguillage, radiofréquence, ultrasons de haute intensité et certains lasers — figurent parmi les méthodes les plus efficaces pour stimuler le collagène », affirme la Dre Nadia Hagenimana. Le choix dépend de la zone traitée et de l’objectif : raffermir, lisser les rides ou améliorer l’élasticité.
Les ennemis du collagène
Si le vieillissement est inscrit dans notre génétique, certains facteurs accélèrent la dégradation du collagène : tabac, alcool, excès de sucre, exposition solaire, stress et manque de sommeil. Ces éléments fragilisent les fibres existantes et ralentissent la production de nouveau collagène, favorisant l’apparition des rides et le relâchement cutané.
Les suppléments peuvent constituer un complément intéressant pour certaines personnes, mais ils ne remplacent ni une alimentation équilibrée, ni une routine de soins adaptée, ni de saines habitudes de vie. En matière de collagène comme en beauté, la constance et la prévention restent les véritables alliées du temps.
Un grand merci à la Dre Nadia Hagenimana, M.D. | FRCSC, à la nutritionniste Myriam Beaudry, à la vulgarisatrice scientifique Sarah Bélanger et à la docteure en nutrition Isabelle Huot pour leur précieuse collaboration à cet article.