Le cœur brisé du guerrier abandonné
Brendan Gallagher ne méritait pas cette façon de sortir de Montréal

Jean-Nicolas Blanchet
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On a mis quelqu’un au monde, on aurait peut-être dû mieux l’écouter.
J’ai déjà été moins cliché pour commencer une chronique, mais je vous jure que c’est cette chanson d’Harmonium à laquelle j’ai pensé après avoir écouté Brendan Gallagher lors du bilan de fin de saison. Désolé, je suis d’humeur karaoké.
Montréal n’a peut-être pas mis Brendan Gallagher au monde. Il a travaillé fort. Mais les partisans du Canadien ont contribué à alimenter sa légende.
Ce ne sont pas tous les marchés qui sont capables de reconnaître la valeur et les sacrifices d’un gars lorsqu’il ne fait qu’une quarantaine de points (deux fois plus que 50 en 14 ans).
Taillé pour les fans de Montréal
À Montréal, contrairement à Toronto, ce ne sont pas juste des bureaux d’avocats ou des cabinets financiers qui sont présents aux matchs. Il y a beaucoup de partisans qui dépensent une partie de leurs économies et qui veulent voir des joueurs tout donner sur la glace. Gallagher a incarné ça.

Je comprenais parfaitement Martin St-Louis quand il a décidé de le laisser de côté.
À 2-2 contre Tampa, j’ai écrit que je ne comprenais pas trop pourquoi on n’essayait pas Gallagher à la place d’Oliver Kapanen. Je n’étais pas le seul. Gally a marqué un gros but au match numéro cinq, en plus de jouer les matchs six et sept.
À part son but, ça n’a pas été facile. Il a joué moins de sept minutes par match. On ne l’a plus revu des séries.
Encore là, je comprenais. Maintenant, je réalise que j’avais peut-être trop bu de Kool-Aid bleu, blanc, rouge.
Je me disais que Martin St-Louis avait sûrement raison, car il a presque toujours eu raison. St-Louis aurait pu décider de demander à ses joueurs de faire des lancers coups de poing, comme dans le film Les Mighty Ducks 2, et je me serais dit qu’il y a sûrement quelque chose de logique.

Pour le cinquième match contre la Caroline, j’ai encore écrit que, rendu là, pourquoi pas redonner une chance à Gallagher. Ça n’a pas été le cas, mais je me disais encore qu’il devait y avoir une explication sensée.
Mais non. Et ça m’a frappé en plein front lundi matin lorsque Gallagher s’est adressé aux médias. Il ne comprenait pas lui non plus pourquoi on n’avait pas fait appel à ses services. Il croyait qu’il aurait pu aider. Il racontait tout ça avec le cœur démoli, après avoir annoncé qu’il avait compris qu’on n’avait plus besoin de lui à Montréal.
Pas de dernière chance
Gallagher ne devait pas avoir sa chance par respect pour ce qu’il a accompli. Il aurait plutôt dû l’avoir pour ce qu’il pouvait apporter et que d’autres ne réussissaient pas à apporter contre la Caroline.
Peut-être qu’il a une mauvaise évaluation de lui-même et qu’il n’est plus le joueur qu’il croit être capable d’être. Mais c’est en se surévaluant toute sa carrière qu’il a réussi à être plus grand que prévu. On aurait dû l’écouter et lui donner une dernière chance.
En se frottant contre n’importe qui. En marquant 30 buts. En jouant 911 matchs dans la LNH quand il ne devait même pas en jouer un.
Brendan Gallagher ne méritait pas cette façon de sortir.