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Le cliché de la «meilleure amie grosse»: la télévision est-elle grossophobe?

Barbie Ferreira
Barbie Ferreira Getty Images via AFP
Photo portrait de Anne-Sophie Poiré

Anne-Sophie Poiré

2023-04-16T01:30:00Z

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De l’extérieur, Euphoria a tout du drame adolescent inclusif misant sur une distribution diversifiée pour aborder les derniers tabous de la société. Mais, de l’intérieur, certains clichés persistent, selon l’actrice et mannequin Barbie Ferreira, qui a confié avoir quitté la série parce qu’elle ne voulait plus jouer le rôle de la «meilleure amie grosse». La télévision et le cinéma auraient-ils encore du mal à donner une vraie place aux rondeurs?

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En août dernier, Barbie Ferreira avait annoncé qu’elle quittait définitivement la série à succès de HBO. 

Elle y interprétait Kat Hernandez, une jeune femme qui perd sa virginité dans le premier épisode. L’événement est filmé, puis la vidéo est partagée dans toute l’école avant d’être téléchargée sur un site pornographique. Celle qui se bat contre son image corporelle décide de monétiser la fuite de cette vidéo en devenant cam girl. 

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Son temps d’écran avait été largement réduit dans la deuxième saison, alors qu’un personnage riche, émancipé et éloigné des clichés était en train de se dessiner. 

L’audience — et Barbie Ferreira — n’a pas apprécié le déclin du personnage à l’intrigue désormais anecdotique et centrée sur la rupture avec son copain. 

«Je pense que Kat aurait pu prendre plusieurs directions. Mais je ne sais pas si ça aurait pu réellement s’intégrer dans la série. Je ne sais pas si ça lui aurait rendu justice et je pense qu’on savait tous que je ne voulais pas jouer la meilleure amie grosse. Je ne voulais pas me limiter à ce rôle, et je pense que le reste de l’équipe ne le voulait pas non plus», a confié l’actrice et mannequin au balado Armchair Expert avec Dax Shephard, le 3 avril dernier. 

De la diversité, mais pas trop

«Presque tous les gros dans la fiction sont méchants, niaiseux, tout le temps en train de manger ou sont des comic relief», remarque l’autrice et journaliste Gabrielle Lisa Collard, qui signait, en 2021, le recueil Corps rebelle – Réflexions sur la grossophobie

Elle cite l’exemple de Crabbe et Goyle dans Harry Potter ou de Fat Amy, interprétée par Rebel Wilson, dans Pitch Perfect: des protagonistes sans histoire relayés au second plan qui ne servent qu’à élever les personnages principaux. 

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«Est-ce qu’on veut que notre télé représente notre population? Je pense que ça serait important. Mais quand on met un personnage principal qui n’est pas blanc, mince et cis, on dira que c’est un show de noir ou de grosse. Et plein de monde risque de ne pas le regarder, pour ces raisons. Être blanc, mince et cis, c’est la norme à l’écran, mais ça ne l’est pas dans la société», affirme-t-elle. 

«On veut écrire l’histoire de personnes qui n’entrent pas dans les standards, mais on n’est pas prêts à leur offrir des rôles intéressants.» 

Gabrielle Lisa Collard salue le courage de Barbie Ferreira d’en parler publiquement. Elle salue un peu moins les créateurs de la série, qui ont donné le rôle de son personnage de soi-disant «gros pichou» à un mannequin «curvy». 

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«Ce genre de casting teinte notre vision de ce que c’est d’être gros. Ce qu’on voit surtout à l’écran, ce sont des personnages prétendument gros, qui ne le sont pas du tout», signale l’autrice. 

C’est de cette manière que le public a cru que Rose de Titanic, Séverine de Watatatow ou Natalie de Love Actually étaient des personnes volumineuses. 

«Aujourd’hui, on essaie moins de nous faire croire que dans les années 1990 ou 2000 une femme avec le moindrement de courbes est grosse», nuance Justine Philie, autrice pour la télévision et la scène depuis sept ans. 

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«Mais décrire une femme qui porte du 12 ou du 14 comme une personne grosse, ça ne fait pas partie de la diversité dans la population générale», souligne-t-elle. 

«À l’écran, ça l’est, mais dans la population, c’est beaucoup de monde.» 

«On n’accepte pas encore les gros»

Depuis plusieurs années, des créateurs font des efforts pour intégrer des personnages issus de la diversité au petit et au grand écran, dans des histoires qui ne tournent pas toujours autour de cette même diversité. 

À quand une série mettant en scène un personnage gros, dont la profondeur ne reposera pas uniquement sur sa bataille contre son poids et son image corporelle? 

Les deux autrices s’accordent pour dire que les préjugés sont encore tenaces. 

La race, l’orientation sexuelle, on a accepté que ce n’était pas des choix. Mais le body size, on ne l’accepte pas encore. On pense que la personne peut juste arrêter d’être grosse en fournissant des efforts», fait valoir Mme Collard. 

«Quand une personne grosse n’est pas au régime ou en train de se haïr activement, on ne comprend pas. Il y a un problème.» 

Justine Philie déplore elle aussi un manque d’empathie envers les personnes grosses. 

Comment pourrait-on mieux les intégrer à l’écran? 

«Ça aide d’avoir des consultants qui vivent ces situations», répond d’emblée Mme Philie. 

«Il ne me passerait jamais l’idée d’écrire sur un personnage autochtone sans être informée ou d’avoir discuté avec des personnes autochtones. Même chose si je veux écrire une série policière: je vais consulter des policiers. Je ne me sentirais pas outillée. J’ai besoin de poser des questions pour comprendre cette réalité.» 

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«Les rares fois où les grosses personnes sont écrites, on le sent que ce sont des personnages créés par celles et ceux qui ne le sont pas», soutient quant à elle Gabrielle Lisa Collard. 

Et c’est exactement ce que reproche Barbie Ferreira au créateur d’Euphoria, Sam Levinson. 

«Il écrivait des choses auxquelles il s’identifie. Je ne pense pas qu’il s’identifie à Kat», a-t-elle confié dans son entrevue à Armchair Expert. 

Optimiste, Justine Philie observe malgré tout un véritable changement en télévision. 

«Dans la nouvelle série Les Bombes, écrite par Kim Lévesque-Lizotte, les comédiennes ont été impliquées dans le processus créatif», illustre-t-elle. 

PHOTO COURTOISIE
PHOTO COURTOISIE

«Il y a un effort de la part des créateurs pour inclure des personnages gros dans la fiction, comme on parle plus de grossophobie depuis quelques années», assure l’autrice. «Depuis sept ans, je vois vraiment une grosse évolution de la manière que les gens réfléchissent. Ça sera plus facile de le constater dans les prochaines années.» 

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