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Le Canadien et les experts hockey qui ont l’air idiots

Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2025-03-24T15:40:05Z

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Il faut se le dire. La grande majorité des analystes de hockey au Québec dans les médias se sont plantés concernant le Canadien cette année.

J’arrive même en tête de liste. Je ne croyais pas du tout que le Canadien allait être dans la course aux séries.

En septembre, j’écrivais une chronique soulignant que les maisons de paris prévoyaient la cave au Canadien. Pour ceux qui m’accusent sans arrêt d’être un grincheux jaloux de Québec, je rappelle que je soulignais aussi dans ce texte que «ça me rendrait heureux si le CH causait la surprise».

Et pour ces mêmes crinqués fans du CH, je vous expose aussi que depuis 31 ans, la tendance allait pas mal en ma faveur. Quand on s’emballe en septembre, c’est trop souvent le côté sombre qui l’emporte finalement.

Rien d’encourageant

Encore plus cette année. Il n’y a pas grand-chose qui allait en faveur du CH.

L’an dernier, c’était l’équipe qui accordait le plus de revirements dans la ligue à 5 contre 5. Cette année, elle est parmi les meilleures.

En décembre, l’équipe était celle qui lançait le moins au filet depuis 20 ans dans la LNH. Cinq de ses attaquants étaient parmi les 50 pires de la ligue pour le nombre de buts attendus par match.

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À la fin du mois de février, Montréal était 29e pour le différentiel, 31e pour les buts accordés, 30e pour le nombre de tirs accordés.

Le 5 octobre, on publiait les prédictions de 33 de nos experts au Journal et à TVA Sports. On a été 29 à ne pas les classer en séries. Je ne vais pas commencer à parler des prédictions des médias concurrents, mais je vous confirme que ça allait dans le même sens.

Bref, sur les 33 chez nous, seulement Benoît Rioux, Maxim Lapierre, Louis-Philippe Neveu (grand patron de TVA Sports) et Denis Poissant (grand patron de la section des sports au Journal) ont prédit que le Canadien allait faire les séries.

Tous les autres, moi le premier, croyaient que c’était impossible: Jonathan Bernier, qui suit l’équipe quotidiennement. Même chose pour Renaud Lavoie, Alexandre Daigle, Marc de Foy, Kevin Dubé, Jean-Charles Lajoie, Patrick Lalime, Alexandre Picard... Tous des solides experts qui connaissent le hockey en batinse.

Bref, on a tous l’air idiots. Mais, c’est ça, se mouiller. Ceux qui ne se mouillent pas ne sortent jamais de chez eux.

Les fantômes?

Je ne peux pas répondre pour les autres, mais ça me fait un énorme plaisir d’avoir l’air idiot. C’est spectaculaire et inspirant, ce qui se passe avec le Canadien.

Les fantômes du Forum n’ont rien à voir là-dedans. Je pense, du moins.

Je suis allé à LCN, la semaine dernière, et on m’a remis dans la face à quel point je m’étais planté sur les prédictions du Canadien. J’ai essayé de me défendre, sans mon avocat. Mais je n’ai pas été bon. J’avais quelques secondes et j’aurais pu en parler durant une heure.

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Alors voilà, à mon avis, ce qui explique que le Canadien est là où pas tant de monde l’aurait cru. Et si vous le saviez déjà, pas obligé de lire la suite ni de m’écrire un courriel en majuscules avec des mots de toilettes que j’essaie d’interdire à mes enfants de 4 et 5 ans.

Voici donc cinq raisons qui expliquent pourquoi le CH a déjoué les pronostics.

La domination Suzukienne

Je me suis peut-être planté sur le CH cette année, mais sur Nick Suzuki,je voyais déjà venir à quel point il méritait qu’on lui donne plus de crédit l’an dernier. Certains doutaient encore au début de l’année à savoir s’il était un premier centre. Auj ourd’hui, on comprend qu’il est parmi les bons premiers centres de la ligue. Tout le monde savait qu’il était bon. On hésitait un peu sur sa vitesse, sa constance ou sa production. Oubliez ça. Tout le monde sous-estimait son intelligence. Tout le monde avait beaucoup trop rapidement accolé un plafond à son jeu. Nick Suzuki est bien meilleur que l’an dernier. Et il risque de l’être encore plus l’an prochain.

Sammy the goalie

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Oui, Samuel Montembeault s’est fait critiquer récemment. Ceux qui l’ont fait se sont pratiquement fait lapider, par contre. Je n’ai pas peur des roches. C’est vrai qu’il a été ordinaire récemment. Tout ça en ne perdant aucun match en temps régulier dans ses 10 derniers matchs. Je suis peut-être impitoyable. Désolé. Mais la réalité, c’est qu’il a été excellent cette saison. Meilleur que ce qui était prévu, un peu comme l’an passé, sur le plan des statistiques avancées, mais avec l’élément clairement non négligeable d’avoir à porter le fardeau de gardien numéro un à Montréal.

Samuel Montembeault est assurément une des raisons pour lesquelles le Canadien est dans la course. Les débuts fulgurants de Jakub Dobes ont aussi permis au CH d’aller chercher de précieux points qui auraient changé complètement le portrait de la course aux séries s’il n’avait pas été aussi bon.

La profondeur que je dois mieux aimer

J’ai déjà voulu écrire qu’Alex Newhook devait s’acheter des patins à longue lame pour choisir un autre sport. J’ai déjà écrit qu’il fallait éviter de donner trop d’argent à Jake Evans. J’ai écrit que Christian Dvorak était plus utile qu’on le pense, mais moins utile que bien utile. Pour Josh Anderson, je suis allé à la télé pour indiquer qu’il fallait quand même se rappeler que c’était un gars de 20 points par année qui faisait seulement un tir par match en moyenne.

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Je sais, je suis pas fin. Je suis exigeant avec notre club. Bref.

Alex Newhook, il a seulement 23 points en étant sur le deuxième trio cette année. Mais depuis quelques matchs, je trouve qu’il joue le meilleur hockey de sa carrière. Il pourrait marquer six buts par match s’il ne lançait pas toujours dans la bedaine du gardien. Mais il utilise sa vitesse de façon beaucoup plus brillante et crée de belles choses. Il m’a fermé le clapet.

Jake Evans, c’est difficile à cinq contre cinq et sur les mises en jeu ces temps-ci. On le voit moins. Mais en désavantage numérique, c’est fou, ce qu’il fait. Il surprend tout le monde. C’est un art et il le maîtrise mieux que, je pense, pas mal tout le monde dans la ligue.

Christian Dvorak, je ne sais comment c’est possible, mais je commence à m’attacher. Il est solide sur les mises en jeu. Il ne fait pas d’erreurs. Il se dégêne un peu plus offensivement. Il a même souri quand il a marqué contre le Colorado.

Finalement, Josh Anderson est comme une balle rebondissante, comme a dit Martin St-Louis. Il est partout et fait tout pour son équipe. Personne n’est déçu du prix du billet quand on le voit travailler.

Le saint Martin

Photo Martin Chevalier
Photo Martin Chevalier

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Quand on a du plaisir au boulot, que notre patron n’est pas un fou, que nos collègues sont géniaux, que notre travail porte ses fruits, que tout le monde trime dur, qu’on ne se fait pas engueuler ou mettre dehors chaque fois qu’on fait une gaffe... c’est que ça va bien dans l’équipe ou dans l’entreprise.

Pour y parvenir, ça prend un leader qui aide à bâtir une culture au sein de l’équipe. C’est ce que Martin St-Louis a réussi à faire à son rythme durant trois ans.

On voulait parfois qu’il pète un plomb. Il ne le faisait pas. On voulait qu’il envoie tel joueur dans les estrades, il ne l’a pas fait. On voulait qu’il fasse jouer un gars un peu plus, mais il le laissait sur le banc.

Têtu, il a fait ce qui semblait à ses yeux être juste, malgré les distractions, afin de développer l’esprit d’équipe avec ce groupe, mais aussi pour maximiser le rendement de chaque joueur. Certaines décisions pouvaient nuire à l’équipe à court terme, mais il savait que ça allait payer à long terme.

Vous vous rappelez quand Cole Caufield devait tellement travailler sur sa défensive qu’il ne prenait plus de tirs? Aujourd’hui, Caufield est capable d’affronter n’importe quel trio.

Le leadership de Martin St-Louis, sa patience et sa confiance envers son équipe ont certainement été sous-estimés et ont contribué à déjouer les prédictions.

Lane et Mike

Évidemment, le rendement de Lane Hutson est bien au-delà de ce qui était anticipé. Tout le monde savait qu’il allait être bon. Avec un 40 points comme recrue, ça aurait été déjà fabuleux. Mais dès qu’il a sauté sur la glace en octobre, on a tous réalisé qu’il allait prendre le contrôle du jeu de puissance. Puis, on a réalisé qu’il avait un impact incroyable à cinq contre cinq. Puis on a réalisé qu’il se défendait très bien. C’est plus qu’un bon joueur. C’est un joueur spécial. Lane Hutson fait aussi partie du pourquoi le CH est dans la course.

Mention spéciale à Mike Matheson, aussi. Il est attaché à cette équipe et ça paraît. Je crois que le CH ne serait pas dans la course s’il n’était pas là. Au-delà de ses quelques gaffes avec la rondelle, il faut voir à quel point sa vitesse et ses deuxièmes efforts ont sauvé l’équipe.

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