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Le Canadien est-il au-dessus de la guerre?

Kent Hughes prend la pose avec un jeune oligarque russe controversé

Capture d'écran tirée de X, Roman Rotenberg
Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2024-12-19T16:23:02Z

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Sur cette photo, Kent Hughes prend la pause, tout souriant, en compagnie du controversé Roman Rotenberg. Un jeune oligarque russe qui fait partie des «membres clés du cercle intime» de Vladimir Poutine qui ont été sanctionnés par le gouvernement du Canada en lien avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

On peut prendre plusieurs angles pour une nouvelle. On peut simplement dire que la direction du Canadien s’est rendue en Russie pour s’assurer que le développement d’Ivan Demidov, leur dernier choix de première ronde, se déroule mieux.

On peut se limiter à ça, enfiler notre chandail du Canadien et rêver d’un premier trio avec Demidov, Caufield et Suzuki.

Mais c’est beaucoup plus que ça, à mon humble avis.

Le directeur général du Canadien, Kent Hughes, son conseiller Vincent Lecavalier ainsi que le codirecteur du recrutement, Nick Bobrov, sont à Saint-Pétersbourg, en Russie, pour voir Demidov et la direction de son équipe, le SKA. C’est le média russe MatchTV qui a sorti cette nouvelle, rapportant des propos de l’entraîneur du SKA, Roman Rotenberg, voulant que des «négociations» aient lieu.

Photo Getty Images/AFP
Photo Getty Images/AFP

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«Nous discuterons de la manière dont Ivan Demidov se développe et des façons d’améliorer sa progression», a raconté Rotenberg.

Mon collège Nicolas Cloutier a publié un long reportage en octobre qui dressait le portrait de Rotenberg (c'est à lire ici).

C’est tellement n’importe quoi

Ne prenons pas de détour: c’est du grand n’importe quoi que ce gars-là soit entraîneur. C’est une mascarade qui expose à quel point la KHL, c’est une farce. C’est du copinage, de l’incompétence et de la politique.

Il a été nommé entraîneur-chef alors qu’il n’avait jamais été entraîneur de sa vie. C’était un homme d’affaires qui était vice-président d’une banque russe. Il est le fils de Boris Rotenberg, un autre grand ami de Poutine également sanctionné dans le cadre de l’invasion de la Russie en Ukraine.

Donc, c’est Roman Rotenberg qui a la mission d’entraîner Ivan Demidov cette année. On comprend le Canadien d’être inquiet.

Photo AFP
Photo AFP

Si vous avez suivi, vous constatez que Demidov connaît une saison exécrable. Pas en termes de point, mais pour tout le reste. Il est cloué au banc sous prétexte qu’il ne fait pas bien son travail, qu’il doit apprendre à mieux jouer pour mériter son poste.

C’est tellement n’importe quoi. C’est politique.

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Il a 20 points en 34 matchs et présente un différentiel de +14.

Mais il joue en moyenne 10 minutes par match, selon les statistiques du site de la KHL. Mettez-le à 20 minutes par match, comme c’est la moyenne des meilleurs attaquants de la ligue, et Demidov est... le meilleur pointeur de la KHL, facilement. Son différentiel de +14 est déjà parmi les meilleurs de la ligue.

Ce n’est pas si pire pour un joueur qu’on blâme pour son jeu défensif. Je le répète, c’est n’importe quoi.

Depuis le début de l’invasion de la Russie en Ukraine, aucune autre direction d’équipe de la LNH n’a osé se pointer le nez au pays de Vladimir Poutine, à moins d’y être allée secrètement. Même Daniel Brière n’a pas mis le pied en Russie dans l’épineux dossier Matvei Michkov.

C’est effectivement fortement déconseillé de se rendre en Russie alors que la guerre avec l’Ukraine a déjà fait près de 300 000 morts, selon le Wall Street Journal.

Comme partisan du CH, c’est génial. L’organisation constate que son joyau n’est pas entre de bonnes mains, que ça pourrait compromettre son développement et part, comme un chevalier, délivrer ou aider le divin enfant.

Malaisant

Mais voyons ça maintenant comme quelqu’un qui n’en a rien à cirer du Canadien ou du hockey.

La direction du Canadien s’en va dans un pays indirectement ennemi du Canada dans le cadre d’un conflit armé où le président de ce pays est accusé de plusieurs crimes de guerre. Le Canada a engagé près de 20 G$ pour aider un autre pays à se défendre face au pays envahisseur.

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Photo AFP
Photo AFP

Et le CH n’arrive pas là en cachette. C’est dans l’allégresse, avec une photo rendue publique. En fait, peut-être que Kent Hughes ne voulait rien savoir que cette photo soit diffusée publiquement. Du moins, je l’espère.

Ça reste plutôt malaisant de voir la direction du Canadien négocier avec la KHL dont le président est le controversé oligarque de 23 G$ Gennady Timchenko, ancien président du club de Demidov.

Timchenko fait aussi partie d’un cercle restreint du pouvoir russe en tant qu’homme d’affaires et ami intime de Vladimir Poutine. Il a aussi fait l’objet de plusieurs sanctions internationales en lien avec l’invasion de la Russie en Ukraine. Son yacht a été saisi et ses actifs ont été gelés.

Tout est politique

Donc oui, pour les partisans du Canadien, on comprend le séjour de Kent Hughes. Mais pour le symbole et le message que ça envoie, c’est là qu’on peut se poser des questions.

Imaginez qu’on explique ça à une veuve à Kharkiv qui a aussi perdu un enfant après que sa maison eut été bombardée par des frappes russes. Qu’un directeur général d’une équipe de hockey du Canada est allé prendre une photo, tout sourire, avec un proche de Poutine dans le but d’aider la reconstruction de son équipe.

Photo AFP
Photo AFP

Je ne suis pas certain qu’elle trouverait ça normal.

On comprend que c’est injuste ce qui arrive à Demidov, mais il n’est pas non plus dans un goulag à manger un gruau par jour. Il n’y a pas beaucoup d’Ukrainiens qui doivent être révoltés par le temps de jeu de Demidov en KHL, disons.

Vous me direz qu’il ne faut pas mélanger politique et sport. Désolé, mais tout est politique dans ce dossier-là. Tout est politique dans la KHL.

– Avec la collaboration du Bureau d’enquête, de Kevin Dubé et de Jessica Lapinski

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