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Le Canada doit se préparer à une guerre de drones en Arctique

Les radars essentiels à la défense de toute l’Amérique du Nord sont une cible

Photo portrait de Anne Caroline Desplanques

Anne Caroline Desplanques

2026-03-21T04:00:00Z

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Le Canada pourrait être impliqué, sur son propre sol, dans une guerre de drones semblable à celle opposant le bloc États-Unis–Israël à l’Iran en ce moment.

Ce champ de bataille digne d’un film de science-fiction pourrait être en Arctique, où se trouvent les radars essentiels à la défense de toute l’Amérique du Nord.

« Ces radars pourraient absolument être visés », prévient le major général Gordon Skip Davis, retraité de l’armée américaine et ex-sous-secrétaire général adjoint de l’OTAN pour l’investissement de défense.

Pour cet expert, les guerres récentes montrent que les systèmes sans pilote mènent désormais la charge. En ciblant les radars, ils privent l’adversaire de sa vigilance aérienne, le laissant vulnérable aux assauts de l’aviation.

La côte arctique canadienne est parsemée d’une série de radars dont dépend le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), opéré conjointement par le Canada et les États-Unis. Ces systèmes sont essentiels pour repérer les missiles et les bombardiers qui tenteraient d’attaquer le continent.

Radar du NORAD à Cambridge Bay, au Nunavut.
Radar du NORAD à Cambridge Bay, au Nunavut. Photo collaboration spéciale, Mathieu Dupuis
Représailles à une intervention dans le détroit d’Ormuz

Selon Justin Massie, spécialiste en politique étrangère et en défense à l’Université du Québec à Montréal, si le Canada participait à une coalition internationale défensive pour sécuriser le détroit d’Ormuz, il est tout à fait plausible que l’Iran répliquerait en attaquant les radars du NORAD.

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Jeudi, le Canada a joint sa voix à celles de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, des Pays-Bas, du Japon et du Royaume-Uni, déclarant : « Nous sommes prêts à contribuer aux efforts appropriés pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit ».

« Il y a une communauté de répression iranienne au Canada [dont l’existence est confirmée par des documents]. Pourquoi ces groupes-là ne pourraient[-ils] pas utiliser des moyens violents pour limiter ou miner notre volonté de continuer un déploiement à l’étranger ? Ce n’est pas farfelu et on devrait le dire clairement aux Canadiens », prévient M. Massie.

Le mois dernier, l’ex-chef d’état-major de l’armée canadienne, Wayne Eyre, a déclaré que l’OTAN devait se préparer à des attaques hybrides dans le Nord, provenant principalement de la Russie et de la Chine. Lors du Sommet sur l’Arctique au Yukon, il a souligné que plus l’ordre mondial se délite, plus la région devient vulnérable.

Le major général Davis explique que les drones pourraient être largués depuis des navires ou des avions civils, ou encore depuis des sous-marins. Il souligne que la Russie, alliée de l’Iran, dont elle produit les drones Shahed (voyez l’encadré), a récemment mis à l’eau des submersibles indétectables, capables de s’approcher de nos côtes en toute discrétion.

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L’OTAN, pas prête pour une guerre de drones

Pour lui, comme pour la majorité des analystes, l’OTAN, incluant le Canada, n’est pas prête à faire face à une guerre d’appareils sans pilote.

Dix opérateurs de drones ukrainiens l’ont démontré en battant à eux seuls une armada de soldats lors d’un exercice l’an dernier en Estonie (voyez l’encadré). Ce n’est pas pour rien que Kyïv a envoyé des renforts au Moyen-Orient pour aider Washington à faire face aux drones iraniens.

En ce moment, les seules capacités de défense anti-drone de l’armée canadienne se trouvent en Lettonie, où elles protègent nos quelque 2000 soldats stationnés près de la frontière russe. En 2024, Ottawa a acquis ces appareils en urgence auprès de Saab en 2024, pour un montant de 227,5 millions de dollars.


Des drones kamikazes produits à la chaîne

Les drones iraniens Shahed sèment le chaos dans les villes du Moyen-Orient depuis le début du conflit. Produits massivement par Téhéran, ces engins kamikazes ne coûtent que de 20 000 $ à 50 000 $ pièce, alors que chaque tir du système Patriot pour les intercepter coûte entre 3 et 6 millions de dollars. La Russie utilise aussi des Shahed contre l’Ukraine. Elle en produirait près de 5000 par mois et travaille actuellement à des versions adaptées à l’Arctique. Pour les détruire, la compagnie ukrainienne Wild Hornets a développé le drone intercepteur Sting, qui coûte 2000 $ pièce.

Immeuble endommagé par une attaque iranienne de drone à Manama au Bahreïn le 10 mars.
Immeuble endommagé par une attaque iranienne de drone à Manama au Bahreïn le 10 mars. Photo AFP

2,5 milliards $ pour acheter 11 drones américains

L’armée canadienne a commandé onze drones semblables à ceux que les États-Unis utilisent au combat en Iran, les MQ-9 Reapers. Baptisés MQ-9B SkyGuardian, ces appareils d’une vingtaine de mètres d’envergure auront une autonomie de vol de plus de 30 heures et seront capables d’opérer dans les conditions climatiques extrêmes de l’Arctique, assure le fabricant américain General Atomics. Les premières livraisons sont attendues pour 2028, pour une facture totale estimée à 2,49 milliards de dollars. En comparaison, chaque drone Wing Loong-2 chinois coûte entre 4 et 6 millions de dollars. La Chine est le plus important exportateur de drones militaires au monde avec une production annuelle de 4 millions d’unités.

Drone SkyGuardian produit par la compagnie américaine General Atomics. La Défense nationale du Canada en a commandé onze. Les premiers doivent être livrés en 2028.
Drone SkyGuardian produit par la compagnie américaine General Atomics. La Défense nationale du Canada en a commandé onze. Les premiers doivent être livrés en 2028. Photo courtoisie General Atomics
Centre de contrôle en pleine ville

La future flotte de drones des Forces armées canadiennes sera pilotée depuis la banlieue sud d’Ottawa. La Défense y construit un nouveau centre de contrôle de 7200 mètres carrés, un projet de 115 millions de dollars dont les travaux doivent s’achever fin 2028. Près de 200 personnes y seront affectées, tandis que les appareils seront positionnés en Colombie-Britannique, en Nouvelle-Écosse et en Arctique. Un seul opérateur pourra superviser jusqu’à 200 appareils.

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Le ministère de la Défense nationale construit un nouveau centre de contrôle pour sa future flotte de drones à la base des Forces armées Uplands, à Ottawa. Les semelles et les murs de fondation sont en cours de construction. Les travaux doivent être achevés en 2028. La construction est effectuée par la compagnie Bird Construction.
Le ministère de la Défense nationale construit un nouveau centre de contrôle pour sa future flotte de drones à la base des Forces armées Uplands, à Ottawa. Les semelles et les murs de fondation sont en cours de construction. Les travaux doivent être achevés en 2028. La construction est effectuée par la compagnie Bird Construction. Photo Anne-Caroline Desplanques
16 000 soldats mis en échec par des drones

En mai 2025, lors d’un exercice militaire en Estonie, dix opérateurs de drones ukrainiens ont neutralisé à eux seuls deux bataillons de l’OTAN – soit 16 000 soldats – en seulement 24 heures. Grâce à une surveillance constante par drones et données satellitaires, ils ont démontré leur capacité à détecter et contrer en temps réel chaque mouvement adverse. Dans ce nouveau mode de combat, un seul opérateur peut superviser jusqu’à 200 appareils. Parmi les troupes vaincues figuraient des Canadiens qui dirigeaient le groupement tactique d’artillerie multinational. La Défense nationale a toutefois refusé de préciser le nombre exact de nos soldats ayant participé à cette simulation.

Un pilote de drones australien s’entraîne au Royaume-Uni dans le cadre de l’exercice Interflex, durant lequel des spécialistes ukrainiens des combats de drones ont partagé leurs connaissances avec des soldats de l’OTAN.
Un pilote de drones australien s’entraîne au Royaume-Uni dans le cadre de l’exercice Interflex, durant lequel des spécialistes ukrainiens des combats de drones ont partagé leurs connaissances avec des soldats de l’OTAN. PHOTO COURTOISIE, OTAN
Des drones au fond des océans

En plus du ciel, les engins autonomes investissent désormais les océans, de la surface jusqu’à 9000 mètres de profondeur. S’ils servent à la surveillance et à la cartographie, ils peuvent aussi être utilisés pour saboter des infrastructures critiques, tels les gazoducs ou les câbles de fibre optique vitaux pour les communications mondiales. En mai 2025, la Marine royale britannique a d’ailleurs lancé une flotte de drones sous-marins pour protéger ses réseaux des menaces russes. Le Canada, pour sa part, accuse un retard, ne disposant pas encore de tels équipements. La Marine royale canadienne espère toutefois que ses futurs sous-marins pourront un jour déployer leurs propres drones.

La marine britannique a dévoilé le drone sous-marin Excalibur en mai 2025. Il pèse 19 tonnes et mesure 12 mètres de long.
La marine britannique a dévoilé le drone sous-marin Excalibur en mai 2025. Il pèse 19 tonnes et mesure 12 mètres de long. PHOTO COURTOISIE, Royal Navy
Une firme québécoise se démarque

En novembre dernier, de nouvelles technologies antidrones ont été testées en plein cœur d’Ottawa pour identifier les innovations les plus prometteuses en matière de défense urbaine. C’est l’entreprise québécoise DARIT Technologies qui a décroché le premier prix, assorti d’une bourse de recherche et développement d’un million de dollars. Sollicitée pour un entretien, la firme de Sherbrooke a décliné notre demande, invoquant la « nature confidentielle et sensible» de ses travaux. 

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