Le Canada atteint la cible des 2% en dépenses militaires, une première depuis 1987

Raphaël Pirro
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OTTAWA | Le Canada a finalement atteint la cible de 2 % de son PIB en dépenses dédiées à la défense et vise toujours d’atteindre les 5 % au milieu des années 2030, ce qui portera le budget militaire canadien au-delà de la barre des 100 milliards $.
« Dans tous les cas, oui c’est nécessaire pour la défense de notre pays, mais il y aura de grandes retombées dans l’économie canadienne », a promis Mark Carney en conférence de presse à Halifax, jeudi.
C’est l’OTAN qui a rapporté cette nouvelle sur la base d’une nouvelle estimation des sommes dépensées par les pays membres publiée jeudi.
Le premier ministre Mark Carney et son ministre de la Défense David McGuinty étaient de passage dans la capitale de la Nouvelle-Écosse pour annoncer un investissement de 3 milliards $ afin d’y moderniser et élargir ses bases navales.

Le gouvernement Carney a multiplié les annonces de dépenses depuis qu’il a pris le pouvoir il y a un an.
Le seuil de 2 % du PIB canadien équivaut à plus de 60 milliards $ en dépenses annuelles.
Cette année, le Canada devrait allouer 63 milliards $ à la reconstruction de ses capacités militaires, après avoir atteint un plancher de 1 % à l’époque de Stephen Harper.
Le pays a recommencé à investir plus sérieusement dans ses capacités militaires après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, qui a chamboulé l’ordre géopolitique et provoqué un mouvement de réarmement massif chez les Européens.
Dans ce contexte, le gouvernement de Justin Trudeau visait initialement d’atteindre le seuil des 2 % au plus tard en 2032, avant de la devancer à 2027.
S’il a fallu autant d’années pour passer de 1 % à 2 %, le plateau des 5 % pourrait sembler alors hors de portée pendant des générations.

Or, Mark Carney assure que le Canada y parviendra d’ici une dizaine d’années : d’autres investissements colossaux sont prévus dans les prochaines années, a-t-il soutenu.
D’abord, Ottawa doit encore se décider sur la compagnie qui remportera le mégacontrat pour la nouvelle flotte d’avions-chasseurs, qui a lui seul devrait coûter des dizaines de milliards. Ajoutons à cela douze nouveaux sous-marins et de nouveaux radars dans le nord.
Le fédéral a également prévu des milliards pour développer des outils d’Intelligence artificielle, des outils quantiques et autres mécanismes liés au cyberespace.
Finalement, une grande partie du financement prévu devrait aller dans ce que M. Carney appelle le « double usage ». Cela comprend des infrastructures dont l’usage pourrait servir à l’armée comme à la société civile : des ports, entre autres.
Cela englobe aussi des écoles et des établissements de soins de santé, notamment dans le Grand Nord.
Cette approche budgétaire a été critiquée par des experts qui y voient dans ce dernier volet un tour de passe-passe du gouvernement pour gonfler les chiffres du budget militaire de manière artificielle.
Un exemple : Ottawa a fait passer la Garde côtière du ministère de Pêches et Océans au ministère de la Défense nationale l’année dernière. Ce faisant, Ottawa s’est approché du seuil des 2 % sans pour autant injecter de l’argent frais.