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Le camp où l'ado québécois de 7 pi 3 po a dit «allô» à la planète du basket

Son passage et ses performances au réputé camp MSHTV en septembre ont fait le tour du monde

Photo portrait de François-David Rouleau

François-David Rouleau

2025-02-01T05:00:00Z

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À 7 pi 3 po, Jérémy Gohier est un spécimen rare qui fait tourner les têtes sur tous les parquets où il drible le ballon et «dunk» au panier. Si sa taille est valorisée dans son sport, elle est toutefois un véritable défi dans la vie quotidienne. Du haut de ses 14 ans et 2,22 mètres, il essaie de voir la vie du même œil que n’importe qui. Plongeon dans l’univers d’un espoir de la NBA en 2030.


Le nom de Jérémy Gohier circule dans l’univers du basket juvénile au Québec et au Canada depuis un bon moment. Il a aussi franchi la frontière américaine. Mais ce n’est qu’en septembre dernier qu’il a percé l’imaginaire à l’international avec sa présence au camp MSHTV.

Du Brésil au centre de l’Europe en passant par l’Asie, des séquences vidéo de l’athlète lavallois sur le parquet du centre athlétique des Pacers de l’Indiana (NBA) ont fait le tour du monde. C’est là où «Jay» a littéralement dit «allô» à la planète du basket.

Jérémy a livré d’impressionnantes performances dans le centre d’entraînement des Pacers de l’Indiana lors du MSHTV Camp.
Jérémy a livré d’impressionnantes performances dans le centre d’entraînement des Pacers de l’Indiana lors du MSHTV Camp. Photo tirée de Facebook, GENEVIÈVE BROSSEAU

Depuis des années, ce camp est LA véritable vitrine pour observer les vedettes de demain dans la NBA. Le garde de 20 ans des Timberwolves du Minnesota, Rob Dillingham, y est passé en 2019 en y faisant sensation. La recrue figure cette saison parmi les meilleures de la NBA.

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Quel est l’objectif de ce camp? Permettre aux jeunes joueurs de gagner en visibilité et en popularité, tant sur les courts que... sur les réseaux sociaux!

Photo tirée de la page Instagram, DYLANMRADER
Photo tirée de la page Instagram, DYLANMRADER

Car selon les instigateurs du projet, toutes les vidéos mises en ligne auraient été visionnées plus de 500 millions de fois. Leurs camps sont courus par les plus grands médias, magazines spécialisés et entreprises de divertissement des États-Unis.

Dans la troisième semaine de septembre dernier, des séquences de «Jay» sont devenues virales sur les réseaux sociaux. On le voit exécuter des dunks et se moquer littéralement de ses petits adversaires dès qu’il saisit le ballon. Des observateurs lui apposent l’étiquette d’espoir à l’encan 2030 de la NBA. Certaines de ses séquences atteignent plusieurs millions de visionnements.

Du bon et du moins bon

Deux mois après son retour, ses conseillers racontent qu’ils avaient d’abord écarté la participation à ce camp, mais qu’ils se sont ravisés. Une bonne décision, car ils ont pu évaluer consciemment la popularité de Jérémy et les impacts de son passage en Indiana.

En plus de s’y être amusé, il y a livré de très bonnes performances devant des centaines de spectateurs et des dizaines de recruteurs. L’engouement créé a permis à son clan d’ajuster le plan en conséquence et d’évaluer les avantages comme les inconvénients.

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Jérémy a gagné en popularité en faisant écarquiller les yeux, mais il a aussi été catalogué à 13 ans en plus d’être identifié sur les réseaux sociaux.

Photo Pierre-Paul Poulin
Photo Pierre-Paul Poulin

«On veut que Jérémy suive une courbe normale dans son développement», expliquent ses conseillers et entraîneurs, Emmanuel Borno et Daniel Mulumba, face à une situation jamais vue. Aux États-Unis, les listes de classement commencent à un très jeune âge. Les joueurs sont aussi placés très tôt sur un piédestal et les experts cherchent toujours à identifier the next one.

«Il fallait donc faire attention et le protéger, ajoutent-ils. On a vu que c’est très intense et que ce marché est gigantesque, propulsé par une énorme machine.»

Des tonnes d’appels

Depuis ce camp dans l’Indiana, le téléphone de Mulumba ne dérougit pas. À la blague, il croit que son numéro a circulé sur le dark web tellement il est surpris par ceux qui le joignent.

Quand ce ne sont pas des appels d’entraîneurs de la NBA ou de grands programmes collégiaux, ce sont des instructeurs à l’international qui le contactent pour discuter de son jeune protégé et vanter leurs programmes.

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À cet égard, la visibilité gagnée au camp a porté ses fruits.

«Tout le monde veut l’avoir dans son programme. Mais quelle est l’urgence à son âge?, questionne Borno. Il n’y en a pas. Il faut suivre sa maturité et savoir l’écouter. C’est une question d’équilibre. Tant qu’il ne plafonnera pas dans son développement, il restera dans notre programme.»

Et sur le web, c’est aussi mission accomplie. Car sa maman et «gestionnaire des réseaux», Geneviève Brosseau, a vu une nette différence. Uniquement sur son compte officiel d’Instagram, fiston avait gagné près de 12 000 abonnés en 72 heures.

Flatté par les bons mots et aussi malaisé par ceux qui l’idolâtre dans leurs messages, Jérémy ne s’attendait pas à une si grosse vague sociale.

Pause décrétée

Des médias américains et du monde entier ont cherché à le joindre pour planifier des entrevues. Devant l’engouement, l’entourage de Jérémy a simplement décidé de verrouiller la porte à quadruple tour.

«On a décidé de laisser la poussière retomber et que la fumée se dissipe après un feu intense, relatent ses conseillers et sa mère. On nous conseillait d’en profiter au maximum, mais il fallait agir. Jérémy approchait de ses 14 ans. Il doit être dans le gym à jouer, s’amuser et lancer des ballons avec ses amis. Il ne faut pas stresser l’enfant avec tout ça.»

Le jeu des réseaux sociaux: la réalité toute crue

PHOTO CAPTURE D'ÉCRAN YOUTUBE
PHOTO CAPTURE D'ÉCRAN YOUTUBE

Les parents de Jérémy Gohier comprennent le jeu des réseaux sociaux et la quête du nombre d’abonnés pour un ado unique qui aspire à atteindre la NBA, mais l’argument trop souvent entendu en promettant une augmentation d’abonnés pour les inciter à inscrire leur fils dans un tournoi ne tient pas la route.

«C’est toujours ça. Mais ça vaut quoi?, questionne sa maman, Geneviève Brosseau. On ne commencera pas à lui faire manquer des cours à l’école, voyager et courir partout pour gagner des abonnés sur internet. Ça ne fonctionne pas comme ça.

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«C’est l’fun pour lui quand on prend la décision d’aller dans un événement, mais on ne fera pas ça toutes les semaines ou tous les mois, sinon ce ne sera plus l’fun, ajoute celle qui n’a pas lésiné sur les déplacements pour accompagner son fils en 2024. Ce doit être vraiment exceptionnel. Il faut évaluer tous les effets et les risques.»

Calmez-vous

Mme Brosseau est chargée de gérer les pages officielles de fiston sur les réseaux sociaux alors qu’il s’est aussi créé des pages personnelles pour fouiner comme tout ado.

«À 13 ans, compter des milliers d’abonnés, ce n’est pas rien, lâche-t-elle à propos de la page de son fils comptant maintenant près de 14 000 abonnés sur Instagram, entre autres. Elle y filtre les commentaires et ne prend aucune décision sur une participation à un fil ou une collaboration sans lui en parler.

PHOTO CAPTURE D'ÉCRAN YOUTUBE
PHOTO CAPTURE D'ÉCRAN YOUTUBE

«C’est beaucoup de gestion et de discussions, surtout sur les réactions. C’est quasiment un travail à temps plein, indique avec humour la gérante de district pour la Fromagerie St-Guillaume. Je bloque tout contenu inapproprié et la bouette. On la reconnaît vite.»

Après le camp MSHTV, elle dit avoir lu de trop nombreuses comparaisons entre Jay et la star de 7 pi 4 po des Spurs de San Antonio, le Français Victor Wembanyama.

«Je me disais “Ayoye, prenez un p’tit sucre. Calmez-vous, il a 13 ans, pas de poils au menton et il commence à dunker”», relate-t-elle avec couleur.

MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTREAL
MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTREAL

C’est sans compter toutes les séquences qu’elle aperçoit sur les canaux YouTube.

Selon Jérémy, la visibilité est importante, mais pas au détriment de son développement.

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