Le billet d’Eve-Marie: les mots qui nous relient
Ève-Marie Lortie
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Salut bonjour, chers lecteurs! Cette semaine, je viens vers vous pour vous parler de mon amour des livres et des mots. La réflexion a été amorcée après le passage de l’auteur Simon Boulerice à l’émission. Notre collaborateur est aussi le porte-parole de la Semaine pour l’école publique (SPEP) et cette année, le thème proposé pour la Semaine est la célébration de la langue française, pilier de l’identité culturelle québécoise.
Simon aime les mots. Il en lit, il en écrit et il en dit... c’est un sympathique verbomoteur! De son plaidoyer pour la langue française, j’ai retenu ce bout de notre entrevue: «La langue française se décline en plusieurs registres. Autant Yves Duteil parle de la langue française avec beaucoup de superbe et de beauté, autant la langue de Richard Desjardins ou de Lisa LeBlanc doit être célébrée. La langue est vivante, elle n’est pas muséale. On peut la triturer avec nos doigts sales, on peut se l’accaparer avec notre québécitude et surtout utiliser les expressions qui nous façonnent.»
Simon Boulerice rencontre souvent les jeunes dans les écoles pour leur porter ce message; avouons qu’il le porte avec cœur et passion et enlève tous les complexes qu’on pourrait avoir sur l’usage de la langue.
Grandir en lisant
Aussi, cette semaine, notre collaboratrice Tatiana Polevoy nous a parlé des bienfaits de la lecture à haute voix avec nos enfants, qu’ils soient petits ou grands. Ses explications sont d’ailleurs publiées plus loin dans ce magazine. Et c’est là que j’ai pris le chemin des souvenirs...
J’avais 2 ans quand j’ai lu mon premier livre.
Je me souviens du titre: Minouche prend son bain. Ma grande sœur Manon, qui avait alors 8 ans, faisait venir ses amies à la maison en leur disant: «Ma p’tite sœur sait lire! Venez voir ça!» J’étais une vraie bête de foire. Mais vous avez bien deviné que je ne savais pas lire. C’est que ma maman m’avait lu ce livre tellement souvent, que j’avais compris quels mots allaient avec quelle page et je récitais l’histoire par cœur. J’ai même une photo de maman et moi avec le Minouche, je vous la partage avec émotion.
J’aime lire depuis la petite enfance. Chaque anniversaire, je recevais des livres; la bibliothèque municipale était mon endroit préféré. J’ai même déjà créé ma propre bibliothèque imaginaire à la maison! J’ai écrit des codes de classement dans nos livres et offert des cartes de membre en carton pour les invités qui passaient par chez nous.
Un mois de juin de fin des classes, ma mère m’a interdit de lire le premier tome des Filles de Caleb. Ce n’est pas en raison du contenu — chez nous, on pouvait tout lire et poser toutes nos questions. Mais ma mère savait que si je commençais le roman d’Arlette Cousture, je mettrais mes travaux de fin d’année de côté. Elle ne me l’a remis qu’à la première journée des vacances.
Des bibliothèques aux rencontres réelles
Encore aujourd’hui, je lis beaucoup. Je m’étonne d’être souvent la seule dans une salle d’attente avec un livre en main au lieu du téléphone. J’ai toujours quelque chose à lire sous la main: soit pour le travail, soit pour m’évader. Parce que c’est ça, la beauté de la lecture. C’est de prendre le large avec les mots des autres.
Je vous ramène à mes années à la bibliothèque municipale. Je suis alors une toute jeune ado à Arvida au Saguenay. J’ai pris mon vélo 10 vitesses pour me rendre à la bibli chercher les deuxième et troisième tomes d’une série que je viens de découvrir et qui m’enchante au plus haut point. C’est la série Marie Laflamme, de l’autrice Chrystine Brouillet. Je glisse les livres dans mon sac à dos, avec quelques bandes dessinées. Je vais passer au travers de ça dans le temps de le dire. C’était ma première rencontre avec Chrystine. Je l’ai lue avant de la connaître pour vrai. Imaginez ma joie quand elle se trouve à côté de moi à Salut Bonjour. Imaginez ma joie quand elle m’invite à sa table pour partager un bon repas chez elle avec des amies. Tout ça est possible... grâce aux livres et aux mots.
Amitiés,
Eve-Marie