Le 19 mai 1996, Jean-Claude Morrissette nous a offert notre coupe Stanley

Jonathan Bernier
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Le hockey québécois perd un grand bâtisseur. Ces mots sont de Martin Lapointe, mais je suis persuadé que c’est ce qui a traversé l’esprit de tout le monde en apprenant le décès de Jean-Claude Morrissette mercredi matin.
Pour le Granbyen que je suis, M. Morrissette est celui qui fut l’architecte de l’équipe qui m’aura fait vivre les plus belles émotions de partisan.
Il est celui qui a mis sur pied la grosse machine de hockey que furent les Prédateurs de Granby de la saison 1995-1996. Celle qui est parvenue à rapporter la coupe Memorial au Québec après une disette de 25 ans.
Toute ma vie, je me souviendrai de cette soirée du 19 mai 1996. Au son de la sirène, une fois la victoire de 4 à 0 confirmée à Peterborough, quelques milliers de personnes avaient envahi le centre-ville de Granby. Mon père et moi avions décidé de faire de même. Pendant au moins deux heures, mon père, assis au volant de sa rutilante Pontiac Parisienne, et moi, jeune adolescent de 16 ans, à ses côtés, avions arpenté la rue Principale du haut jusqu’au bas de la ville.

Je n’avais jamais vu autant d’ambiance dans mon patelin et je n’en ai jamais vu autant depuis. Des gens qui dansaient dans la rue, des voitures qui faisaient des shows de boucane, Simply the Best, la chanson fétiche des Prédateurs, qui résonnait dans les haut-parleurs de la ville: c’était complètement surréel.
Mon père avait même tué son klaxon à force d’appuyer dessus. On venait de gagner notre coupe Stanley.
En quête de respect
Tout ça avait été rendu possible grâce au rêve, à la vision et au plan de Jean-Claude Morrissette. Un plan dont il avait jeté les bases en emmenant un noyau de joueurs en provenance du Titan de Laval. Un groupe au sein duquel se trouvait le capitaine Francis Bouillon.
«Il a souvent dit qu’il donnerait sa vie pour gagner la coupe Memorial. Il répétait qu’il voulait qu’on soit les premiers, a indiqué Bouillon, joint au téléphone. Et il ne voulait pas le faire juste pour nous. Il voulait le faire pour le Québec, pour qu’on puisse enfin être respecté.»
«Il avait même fait descendre la mascotte à Peterborough pour montrer à tout le monde qu’on était chez nous et qu’on ne se ferait pas intimider par personne», a-t-il également raconté.

Les Prédateurs avaient beau être dirigés par Michel Therrien, être menés par d’excellents joueurs tels que Bouillon, Marc Chouinard, Xavier Delisle, Daniel Goneau, Jason Doig et Georges Laraque, il n’était pas question que M. Morrissette les laisse oublier la mission dont il les avait investis.
«Ça n’a pas toujours été rose. On a eu des réunions à la fin desquelles on sortait en pleurant parce qu’il nous montrait qu’on s’en allait à la guerre», a raconté celui qui occupe le poste d’entraîneur du développement des joueurs du Canadien.
«Quand on a gagné la coupe du Président [les séries de la LHJMQ], on n’a pratiquement pas célébré. Dès le lendemain, on a eu une pratique pour que l’on comprenne qu’on n’avait encore rien gagné», a-t-il poursuivi.
Les valeurs des Morrissette
Bouillon estime que c’est ce qui a fait la différence entre cette équipe et les formations québécoises qui l’avaient précédée au tournoi de la coupe Memorial.
«Les équipes arrivaient mal préparées. Nous, le message était clair depuis le début de la saison. On savait exactement dans quoi on s’embarquait.»
Ses coéquipiers et lui s’embarquaient dans un voyage avec une seule issue possible. La route n’a pas été facile, l’adversité a souvent été présente et, à l’interne, on n’acceptait pas de demi-mesures.
Ce fut difficile, mais assurément formateur.
«On a grandi là-dedans, a assuré l’ancien défenseur. Les Morrissette nous transmettaient vraiment leurs valeurs. Tu n’avais pas le choix de devenir un professionnel dans ta tête.»
«Ça m’a tellement aidé pour la suite de ma carrière, a-t-il poursuivi. Si je n’avais jamais joué pour eux, je n’aurais jamais su ce que ça prenait pour devenir un pro.»
Et le Québec, complexé face à l’Ontario et à l’Ouest canadien, n’aurait peut-être jamais su ce que ça prenait pour gagner la coupe Memorial.