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Le 18 octobre, marchons contre la banalisation de la prostitution!

Photo ADOBE STOCK
2025-10-17T17:46:47Z

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Lorsqu’une entrevue anodine devient le miroir d’un enjeu de société, il est urgent de mettre en question ce que l’on banalise à heure de grande écoute.

À l’approche de la Marche mondiale des femmes, nous refusons que la prostitution soit présentée comme une solution ordinaire. Le 1er octobre dernier, en rentrant du travail, je suis tombée sur un segment de l’émission Ça rentre au poste sur la chaîne de Radio Énergie 94,3, où on interrogeait naïvement une «créatrice de contenu» d’OnlyFans sur ses activités. Même en étant consciente des enjeux que perpétuent de telles plateformes, l’entrevue m’avait presque convaincue que ce n’était peut-être pas si mal comme moyen d’arrondir les fins de mois. Cette entrevue était-elle aussi inoffensive qu’elle prétendait l’être? Quels impacts auraient de tels propos sur la population à heure de grande écoute? À l’aide de quelques amies engagées, nous avons décidé de mettre nos réflexions sur papier. Quelques heures plus tard, ces mots ralliaient neuf organismes travaillant auprès de femmes, dont six Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) en provenance de partout au Québec. Derrière cette entrevue se dissimule un enjeu majeur, celui de la banalisation de la prostitution. À quelques jours de la Marche mondiale des femmes, élevons nos voix pour contrer ce phénomène de société.

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Déresponsabilisation

Ce sont en majorité des femmes qui se font acheter par des hommes. Bien souvent, pour sortir de la pauvreté. «Pourquoi?» lui demande-t-on. «Pour offrir une meilleure vie à mes enfants», répond-elle. Ces femmes, qui sont des filles, des mères, des sœurs, des amies. Ces mêmes femmes qui forment des groupes d’entraide se recommandent leurs «bons clients» parce qu’elles sont solidaires et ont développé leur tissu social, se sont liguées pour survivre. Ne l’oublions pas, elles sont comme tout le monde, avec les mêmes besoins, les mêmes droits et aspirent, elles aussi, à une vie meilleure.

Mais qu’importe.

«C’est sûr qu’il faut être ouverte d’esprit pour faire ce que je fais», répond-elle. Malheureusement, cette ouverture d’esprit coûte cher à celles qui s’aventurent sur cette voie. Saviez-vous que les personnes dans la prostitution ont un taux de stress post-traumatique aussi élevé, sinon plus, que celui vécu par les vétérans de guerre? Combien d’hommes utiliseront cet argument pour inciter les femmes à performer des actes qu’elles ne désirent pas? Combien de temps les femmes devront-elles taire leurs besoins, leurs désirs, pour que les hommes assouvissent les leurs?

«C’est mon choix», disent-elles parfois.

«C’est son choix», disent-ils souvent.

Qu’en est-il du principe de dignité humaine, encadré par la Charte des droits et libertés de la personne et censé protéger l’intégrité physique et psychologique de toutes et de tous?

Mais qu’importe. Ceux qui payent pour des services sexuels ont comme dénominateur commun d’être des hommes, souvent mariés et de niveaux socioéconomiques divers. Des gars que vous et moi qualifierions certainement de «bons gars», du moins pour la plupart. Après tout, les mauvaises personnes sont celles qui exploitent des enfants, non? Avez-vous pensé au fait que les femmes que ces «bons gars» achètent sont en fait ces enfants devenus grands? Parce que oui, 80% des personnes adultes qui se livrent à la prostitution ont commencé alors qu’elles étaient mineures.

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Et n’oublions surtout pas que les personnes exploitées sont souvent des femmes issues de communautés marginalisées, notamment les peuples autochtones, les femmes racisées et les individus sans statut ou en situation de précarité.

Mais qu’importe

Modèle égalité. Le connaissez-vous, ce modèle? Celui où les personnes qui offrent des services sexuels ne sont pas pénalisées? Celui où elles peuvent recevoir du soutien pour faciliter leur sortie de ce système? Celui qui lutte contre les proxénètes et dans lequel l’achat de services sexuels est interdit? Ce modèle venant de Suède est aussi appelé le modèle égalité. Il cherche à promouvoir l’égalité des sexes en reconnaissant la prostitution comme une forme d’exploitation.

Qu’en est-il donc lorsque l’audience à l’écoute de Radio Énergie est encouragée à visiter le compte OnlyFans de la femme interrogée, comme on référerait au compte Instagram ou TikTok d’une chanteuse ou d’une auteure, et ce, en toute impunité?

Cela vous importe-t-il que cette entrevue encourage des actes illégaux comme les achats d’actes sexuels? Cela vous importe-t-il que les «rencontres en personne» n’aient pas été nommées pour ce qu’elles étaient réellement: de la prostitution?

La banalisation de la prostitution et de l’exploitation sexuelle dans le cadre d’une entrevue diffusée sur les ondes à heure de grande écoute, ça ne marche pas pour les femmes! À l’approche de la Marche mondiale des femmes, réfléchissons à notre responsabilité collective face à de tels enjeux humains.

Parce que nous, ça nous importe!

Katherine Hébert-Metthé, MA en études féministes, employée en santé publique 

Maude Desbois, militante écoféministe, artiste et auteure engagée 

Marie-Michèle Whitlock, intervenante au Calacs Agression Estrie 

Martine B. Côté, doctorante en droit

Avec l’appui des organismes suivants:


Le CALACS Agression Estrie
Le CALAS de l’Outaouais
Le CALACS La Chrysalide
Le CALACS L’étoile du nord
La pointe du Jour CALACS Sept-Îles
Le CALACS des rivières Haute-Yamaska Brome-Missisquoi
Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)
Coalition féministe contre la violence envers les femmes (CFVF)
Centre d’intégration au marché de l’emploi (CIME)

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